Transmettre la Shoah


Ne pas donner en héritage le traumatisme de la Shoah

Pourquoi la psycho-généalogie est importante :

Le danger de transmettre en héritage à nos enfants et petits-enfants le traumatisme est réel. Héritière de la Shoah et de la fureur bolchevique, sans personne à interroger, le plus simple est de constater les faits.

Ensuite, lire des livres d’histoires et essayer de se situer. Le traumatisme laissé par cet héritage augmente avec le temps.

Un « Fantôme » est une absence de représentation des morts sans sépultures, trépassés dont le deuil se poursuit avec le temps. La notion de fantôme est un des concepts clés de l’analyse trans-générationnelles.

La psycho-généalogie parle de « fantôme » pour désigner un deuil non fait, soit que le corps ait disparu, soit que la mort ait suscité une trop grande souffrance, un choc paralysant, un sentiment d’injustice inacceptable. Dans le cas de la Shoah on peut parler de morts qui vivent en nous.

Les « Fantômes » sont des énergies du passé qui continuent à s’inscrire dans le présent sous la forme d’une représentation psychique inconsciente.

À ce traumatisme, il faut y ajouter l’exil. L’arbre perd ses racines.

Le traumatisme ne disparaît pas, bien au contraire. Les héritiers sont aux prises avec la mémoire collective et ne peuvent pas s’en débarrasser. Cela concerne les héritiers des victimes tout autant que des bourreaux.

Le Nazisme continue au XXI siècle à faire des ravages, des victimes. Lorsque des événements d’une extrême violence ont eu lieu, connaître les faits historiques du passé des ancêtres peuvent se révéler décisifs pour prendre la mesure du traumatisme.

Le mot « génocide ou Shoah » n’est qu'un mot. Il résume des faits, mais peut aussi les banaliser. Tant qu’on n’a pas pris contact avec l’émotion due à l’affrontement intérieur, la perte des repères, le basculement dans l’effroyable que cela a pu susciter pour des êtres humains, la douleur ne peut être remise dans le passé et continue à se matérialiser dans le corps et l’âme des descendants comme une plainte qui ne peut s’éteindre.

Rien ne pourra jamais anéantir la trace de cette appartenance que l’on porte en soi pour toujours. Reprendre contact avec ses racines, faire revivre la mémoire permet de se relier à une identité collective, dont on ne peut se couper sans risque pour soi et ses descendants. Un arbre sans racine ne peut continuer de grandir ?

La souffrance transmise à nos descendants tisse un véritable réseau dans l’arbre généalogique. Tous s’accordent pour reconnaître la nécessité d’agir contre le négationnisme. Comment transmettrons-nous la mémoire de la Shoah si nous sommes incapable de lutter contre ce traumatisme collectif ?

Depuis le 8 août 2006 une « maison juive » a été créée. Quel est le lieu le plus approprié pour affronter cet héritage, si ce n’est la ville d’Oswiecim ?

Le lieu existe, situé dans la vieille ville.

Un petit groupe de 3 personnes peut y séjourner. L’appartement a été aménagé afin de s’y sentir le mieux possible.

Après une étude approfondie de la société polonaise contemporaine, de la Shoah et de sa transmission, je cherche une fondation juive intéressée pour reprendre ce lieu. Il est essentiel dans cette ville symbole d’y avoir une présence juive. Peu importe qu’il y ait un changement régulier d’occupants. L’essentiel est cette présence juive.

Chantal Maas, Oswiecim août 2010