Danger mortel (1)


Nous le savons, Rabbi Na'hman de Breslev était opposé à l'enseignement de la philosophie. Lorsque cet enseignement pénètre l'esprit d'une personne, elle rend son rapprochement avec le Divin extrêmement difficile. Il est important de noter que cette difficulté s'opère à l'insu du premier intéressé ; de fait, celui-ci pense que c'est grâce à son savoir qu'il a mis une certaine distance entre le spirituel et lui-même. Ce qu'il ne sait pas, c'est que le vers était dans le fruit et que cet éloignement n'est pas le résultat de ses propres réflexions. En d'autres termes, ce n'est pas après avoir réfléchi à la question qu'il s'est éloigné du Divin, c'est le savoir philosophique qui capturé son esprit et l'a éloigné de ses racines saintes.

Doit-on mourir idiot ?

La réaction à cet enseignement de Rabbi Na'hman est le plus souvent la suivante : “D-ieu Lui-même ne nous a-t-il pas donné notre intelligence pour que nous nous en servions ? Le Créateur craindrait-Il la concurrence ?” En agissant de la sorte, nous ressemblons à un jeune enfant à qui l'on vient d'interdire l'utilisation d'un jeu : celui le désire d'autant plus !

À l'occasion, une autre réaction est possible : celle où l'on donne à la philosophie le pouvoir de nous faire découvrir des trésors de sagesse. C'est cette sagesse –croit-on alors – qui nous permettrait de mieux connaître l'être humain et en fin de compte, nous-même. Partant, nous ne comprenons pas cette opposition si forte à l'encontre d'une matière qui semble posséder tant d'attraits.

Permettez-moi de commencer ma brève réponse par une autre interrogation. Imaginez qu'on apprenne qu'un professeur réputé de philosophie ait menti à sa femme pendant de longues années et qu'il ait entretenu une relation extraconjugale avec une tierce personne. Cette nouvelle remettrait-elle en cause la qualité de son enseignement ? La faculté où ce professeur enseigne aurait-elle le droit et le devoir de se séparer de ce professeur ?

À ces deux questions, j'imagine sans mal le visage dubitatif des mes lecteurs. “Pour quelle raison la qualité de l'enseignement de ce professeur devrait-elle être remise en cause ? De plus, pour quel motif son université pourrait-elle penser le licencier ?” Ces deux réponses s'expliquent par un fait simple et apparemment évident : la personne est une chose, son enseignement en est une autre. Ce qui est demandé à un professeur de philosophie est de connaître la matière qu'il enseigne et ce qu'il fait de sa vie privée ne nous concerne pas. Cette réaction est une des deux raisons principales pour lesquelles la philosophie est dangereuse.

La seconde raison se trouve dans un des fondements de l'enseignement philosophique : la négation du fait religieux ou – pour le dire d'une façon plus directe – de l'existence de D-ieu. Il est impossible de séparer ce présupposé de la philosophie. La littérature philosophique abonde d'ouvrages qui s'attaquent au spirituel et il est très prétentieux de vouloir étudier une matière si ouvertement opposée à l'émouna (la foi) en pensant pouvoir garder ensuite la liberté de faire le choix : croire ou non au Divin. C'est ce que je voulais dire plus haut lorsque je disais que le vers est dans le fruit.

Pour autant, nous avons l'obligation d'utiliser au maximum notre potentiel intellectuel : le Maître du monde ne nous l'a pas donné en vain. Ainsi, il est faux de croire ou de penser que le rapprochement avec le Divin doit se faire aux dépends de l'intelligence. Les personnes qui le prétendent utilisent ce prétexte pour justifier leur propre éloignement, plutôt que de se remettre en question.

Dans un prochain article, je répondrai – avec l'aide de D-ieu – à ces deux questions et j'expliquerai de quelle façon chaque personne censée devrait utiliser au mieux son intellect.