Paracha Vayéchev - Renforcez-vous ! (1)


Cette section de la Tora présente l’histoire de Yossef, le fils préféré de Ya'aqov. Celui-ci l’envoie dans la ville de Chékhem où se trouvent ses autres frères, occupés à faire paître le bétail.

Ce commentaire se propose d’analyser plusieurs versets de notre paracha (Genèse. 37:15-17) : « Un homme le rencontra errant dans la campagne ; cet homme lui demanda : « Que cherches-tu ? ». Il répondit : « Ce sont mes frères que je cherche. Dis-moi donc où ils font paître leur bétail ». L’homme dit : « Ils sont partis d’ici, car je les ai entendus dire : « Allons à Dothan ». Bien que la tradition, rapportée par Rachi dans son commentaire, se propose d’identifier cet homme à un messager céleste, il est possible de procéder à une autre lecture, non moins intéressante.

Le mot hébraïque « ich » qui désigne un homme, est composé de trois lettres : aleph-youd-chin. La lettre centrale - youd - est reliée à la pensée, enfouie dans l’esprit de l’homme, et qui se dévoile par la parole. Les lettres restantes forment le mot « ech » , le feu.

La définition de l'homme

Ich, l’homme, se définit d’après cette explication, comme une pensée en perpétuel mouvement, semblable à une flamme dansante. En d’autres termes, « ich » représente la conscience de Yossef, son esprit. Le premier mot du verset 15 est « vayimtsaéhou », littéralement « il le trouva ». Ce mot peut se lire : « vayimtsa - - Vav », ce qui signifie : « Il trouva le et le Vav ». La lettre représente la prière, alors que la lettre Vav correspond à l’étude de la Tora.

Lorsque nous nous attachons à Hachem en priant et en étudiant, « vaymtsa », il est alors possible de retrouver une certaine forme de sérénité dans le tourbillon de la vie. Notre esprit - ich - devient plus pénétrant, car débarrassé des pensées parasites qui le harcelaient. L’homme se pose alors les vraies questions et s’examine sous un nouveau jour, plus authentique.

Que remarque-t-il ? « Véhiné to’é bassadé » : « Voici qu’il erre dans le champ ». Par « champ », la Tora désigne le corps, siège des taavot ra’ot, les mauvais désirs. Un clin d’œil : les lettres du mot « bassadé » - dans le champ - sont les mêmes que « ched ba », les forces du mal s’y trouvent … Tant que l’homme ne s’est pas réellement immergé dans la Tora et la Prière, il demeure incapable de soumettre ses instincts. Il erre donc dans le champ de ses appétits coupables … L’étude et les prières qu’il doit réaliser n’ont qu’un seul but : faire naître en lui le questionnement.

En d’autres termes, deux étapes sont nécessaires :

Tout d’abord « Vayimtsaéhou » : créer un climat, une ambiance qui va permettre de faire le vide pour pouvoir s’adonner à l’étude et à la prière. Puis dans une seconde étape « Vayichaléhou haïch », littéralement « l’homme lui demanda » : il s’agit du questionnement de la conscience.

Quelle est donc cette interrogation ?

« Ma tévakesh ? » - Que cherches-tu ? Es-tu venu chercher la satisfaction de tes désirs ? Es-tu venu chercher gloire et honneurs ? Non. La voix intérieure dit à Yossef, en retournant les mots de la question : « Tévakesh Ma » : Tu rechercheras Ma, c’est-à-dire l’humilité. Quand Moshé et Aaron se retrouvent dans le désert, pris à partie par le peuple mécontent, ils se contentent de dire : « vana’hnou ma ? » : Et nous, que sommes-nous ? Si l’homme s’annule et s’efface devant son Créateur, la délivrance ou guéoula est à sa porte. En effet, « ma » - quoi ? - et guéoula ont la même valeur numérique : 45. Yossef apprend donc que dans tous les objectifs qu’il devra viser dans son existence, « tévakesh ma », tu rechercheras à t’annuler.

Grâce à ton humilité, tu pourras alors te libérer de tes errances dans le champ des désirs de ce monde. Mais si un homme parvient à entendre cette voix, il n’en est pas de même pour l’ensemble de l’humanité … Car une délivrance individuelle peut déboucher sur une certaine forme d’enfermement : je suis délivré certes, mais la délivrance n’est pas totale…

Mon âme n’est que le maillon d’une chaîne qui doit vibrer à l’unisson. Tant que l’ensemble des consciences restent endormies, la symphonie ne peut pas être jouée comme il se doit, puisqu’il y a dans l’orchestre des musiciens qui ignorent même jusqu’à l’existence de la partition …!

Par conséquent, le véritable éveil intérieur conduit obligatoirement à une prise de conscience de ma position vis-à-vis de mon prochain. À la question : « Que cherches-tu ? » Yossef répond : « Je cherche mes frères ». Remarquez qu’il emploie le terme « anokhi » - je - plutôt que le pronom classique « ani ». Ceci constitue une allusion aux « Dix Paroles » du Sinaï qui débutent par un autre « Anokhi », celui de D-ieu Lui-même.