Transformer l'anodin en Divin


Nous poursuivons notre série sur les prières du peuple juif. Ces articles s'inspirent de la pensée du Rav Chim'on Schwab z.ts.l. telle qu'elle a été exposée dans l'ouvrage “Rav Schwab on Prayer”, Ed. Artscroll, 2001, (en anglais).

Après avoir commencé notre journée en rendant hommage au Créateur (voir l’article précédent), nous récitons maintenant la bénédiction d’“Acher Yatsar” (“Qui a façonné”). Cette bénédiction et récité chaque fois que nous sommes allés aux toilettes et elle est l’occasion de montrer à Hachem que nos remerciements ne sont pas de simples pensées pieuses. De fait, c’est en mettant de l’avant le “véhicule” de notre Service divin que nous nous adressons à D-ieu.

Un corps puissant… mais vulnérable

Il est relativement facile d’avoir des idées élevées de nos fonctions dans le monde. Certains peuvent avoir envie d’exercer une influence dans le milieu humanitaire, tandis que d’autres peuvent choisir le milieu économique. Certaines personnes pensent que l’engagement écologique est une nécessité, tandis que d’autres estiment que le politique offre les réponses à nos problèmes.

Peu importe la nature de notre choix, nous savons tous que l’être humain est une formidable machine à gagner… ce qu’il désire vraiment. Pourtant, nous oublions souvent que toutes nos actions ne sont envisageables qu’à la condition où notre corps nous laisse nous mouvoir et fonctionner d’une façon normale.

La personne la plus forte au monde se retrouve immobilisée dès l’instant où un minuscule moucheron entre dans un de ses yeux. Également, il suffit d’une petite épine dans la plante du pied pour mettre un frein à tous nos gestes et nos bonnes volontés. Quel déséquilibre entre notre potentiel physique et les obstacles que nous pouvons rencontrer !

Pris dans son sens le plus simple, la vie peut être perçue simplement comme une suite d’évènements chanceux ou pas. Un café bu en vitesse le matin, et c’est une journée de travail chargée qui se présente devant nous. Un petit bobo à un endroit sensible de notre corps, et c’est l’immobilisation dans notre lit jusqu’au soir. Tout dépend de la Volonté divine.

C’est ce lien avec le Divin que nous permet d’établir régulièrement la bénédiction d’“Acher Yatsar” (“Qui a façonné”). En l’absence de ce lien, notre corps devient un véhicule pour des motifs futiles ou même dangereux. Des concours de beauté aux séances interminables de bronzage, en passant par le bodybuilding, l’homme ne manque pas d’imagination pour détourner le véhicule qu’on lui a confié à ses propres fins.

Un corps pour servir Hachem

Présenté sous son aspect le plus simple, notre rapport avec la beauté est incontournable. Il nous suffit de savoir si nous poursuivons la beauté extérieure ou intérieure. Dans le premier cas, nous nous attachons au superficiel, au provisoire ; dans le second, nous poursuivons un but élevé, digne de l’être humain que nous sommes. Tout est une question de choix.

Peu importe si la personne qui désire remporter un concours de beauté n’est pas très belle à l’intérieur : cela n’intéresse personne. Cela ressemble à la personne qui rend service à beaucoup, sans s’interroger à propos de son tour de taille. Dans les deux cas, une priorité est nettement favorisée. Pourtant, il existe une distance immense entre ces deux personnes.

La vision juive du monde physique en n’est pas une où le superficiel et le provisoire tiennent une grande place. Certes, l’âme juive ne peut pas oublier entièrement qu’elle réside dans un corps et que celui-ci a été formé par la Volonté divine. Ce ne serait-ce que pour cette raison, nous devons entretenir notre corps, le respecter et tenir compte de ses besoins. Pourtant, personne ne nous demande de l’adorer.