Une chaise vide

Une chaise vide

Ofer,

Nous devions nous retrouver ce matin pour étudier et voilà que tu es parti. Lorsque je t’ai quitté hier, je ne savais pas que je n’étudierai plus avec toi… au moins pendant quelques temps. Je ne t’en veux pas : tu ne le savais pas toi-même.

Je te dois beaucoup. Ta vigueur d’esprit, ton exigence envers toi, ta douceur avec les autres... Combien de qualités pourrais-je ainsi énumérer ! Je sais que tu n’aimerais pas cela. Tout de même, tu me manques déjà.

Ce matin, lorsque je suis allé te dire au revoir, j’ai beaucoup pleuré. Je n’étais pas le seul ; pensais-tu avoir autant d’amis ? Quand j’ai vu ta femme s’approcher de toi pour te dire ses adieux, j’ai vu une personne effondrée. C’est le mur sur lequel je m’appuyais qui m’a retenu.

Avancer à deux

Te souviens-tu de nos fous rires ? Combien d’heures avons-nous passé à essayer de comprendre une Guémara, une page du Choul’han ‘Aroukh ? Jamais abattu, tu me disais toujours : “Lis encore une fois, nous allons bien finir par comprendre !” Et le plus souvent, tu avais raison. Combien de fois aurais-je abandonné sans ta présence.

Ta patience m’étonnait toujours. Lorsque je m’énervais de mon lenteur d’esprit, c’est toi qui me réconfortais. Les heures que nous avons passées ensemble sont un cadeau merveilleux que tu m’a fais. Merci mille fois.

Maintenant, nous allons s’occuper de ta petite famille. Ta femme a du courage ; elle en a besoin. Tes trois pierres précieuses vont se demander où est leur Aba. Nous ne pourrons pas leur donner l’amour que tu leur as toujours transmis. Ce que nous allons faire, c’est alléger leur vie matérielle. Pour le reste, demande à Hachem de trouver quelque chose. Après tout, tu es plus près de Lui que je le suis !

Ofer, je t’aime tant que mon amour ne peut faiblir avec ton absence. Si je ne croyais pas en D-ieu, je pesterais de me retrouver sans toi. Désormais, qui m’aidera dans mes études ? Cependant, je sais que le Maître du monde ne pouvait plus longtemps se passer de toi. Qui l’aurait pu ?

Merci pour tout. Merci pour ton sourire ; merci pour ta gentillesse ; merci pour le temps que tu m’as accordé ici-bas. Cet après-midi, j’ouvrirai ma Guémara sans ton ombre à mes côtés. Je m’en fiche : je continuerai quelques temps à te parler, comme si tu étais encore là !

Je te demande pardon pour mes fautes. Les nuits blanches que nous avons passées ensemble vont me sembler plus longues. Dis-en un mot à Hachem : j’ai besoin d’un nouveau partenaire.

Prends soin de toi et réserve-moi une place auprès de toi. L’envie ne me manque pas de te rejoindre le plus vite possible, mais je comprends que c’est au Créateur de décider mon heure de départ, pas à moi.

Je t’embrasse très fort.