S'échauffer pour se relever

S'échauffer pour se relever

Avez-vous vu jouer Roger Federer ? Quelle force ! Quelle puissance ! Je disais récemment à ma femme que j'aimerais bien me trouver sur un cours de tennis en face du numéro un mondial afin de constater ce qu'il me serait possible de faire face à un tel monstre sportif.

Je ne vous décrirais pas la mimique que fit ma femme. Cela est à inclure dans les choses qu'il m'est impossible de décrire à propos de la personne qui a le courage – depuis tant d'années – de partager sa vie avec la mienne. Cependant, les personnes qui possèdent une vague connaissance de Jerry Lewis et de ses mimiques peuvent se faire une idée approximative du visage qu'il me fut donné de voir.

L'échauffement : voilà le secret !

Sans doute, ma femme n'a pas tort. Après tant d'années à apprécier sa dafina et son couscous, mes chances d'être un danger pour Federer sont minces. Peu importe que ma conversion à la cuisine séfarade n'ait pas toujours été facile : les années de surconsommation de makroud et de montéacaos ont fait leur œuvre. Heureusement qu'il me reste encore un peu de force dans les doigts pour écrire, sinon je ne servirais plus à rien !

Lorsque nous pensons à D-ieu, nous nous sentons le plus souvent tellement éloignés des concepts de Sainteté, d'élévation spirituelle ou de rapprochement avec le Divin que nous regardons nos grands Sages et leur dévotion en pensant que nous ne sommes pratiquement pas faits comme eux, presque d'une autre race.

Pourtant, si nous faisions ce que tous les sportifs font avant de jouer – c'est-à-dire de s'entraîner – nous pourrions certainement améliorer nos exploits. Dans le domaine spirituel aussi l'échauffement existe. De fait, il s'agit de la partie la plus important dans notre relation avec Hachem : celle où nous essayons de nous rapprocher du Créateur, même si nous avons maintes fois l'impression de pédaler dans le vide.

Dans le Liqouté Moharan I:21, Rabbi Na'hman de Breslev fait une comparaison qui peut être d'une utilité de premier ordre. Nous savons tous que le mouvement échauffe. Plus un objet se meut vite, plus il devient chaud. Les adeptes d'aérospatiale savent que le bouclier noir de la navette spatiale américaine possède une seule raison : celle de la protéger d'un échauffement excessif, dû à sa grande vitesse lorsqu'elle rejoint la terre.

Si notre cœur est froid à l'idée du spirituel, il faut donc l'échauffer par un mouvement. Cela est possible en faisant travailler notre intellect, c'est-à-dire en étudiant les voies de D-ieu. Ainsi, grimpant d'un niveau à l'autre – chaque personne selon ses capacités – notre intellect se meut au fil de notre compréhension et de notre assiduité. Le plus nous étudions, le plus il évolue.

Ce mouvement intellectuel crée un réchauffement : celui du cœur. Si dans le monde matériel, c'est la surface externe d'un objet qui chauffe lorsque celui se meut, dans le domaine spirituel, le mouvement de l'intellect cause l'échauffement du cœur. Même si nous n'y avons pas pensé au début, notre étude fait naître en nous une flamme. Ce désir brûlant naît en notre cœur et nous pousse à vouloir D-ieu.

Voici le secret des personnes dont le désir de servir le Créateur brûle en elles : elles alimentent ce feu en étudiant les conseils que nous a légués le Maître du monde. Le jour où nous comprendrons que les mitswoth que D-ieu nous a données ne sont pas des entraves à notre liberté, mais plutôt une forme de combustible spirituel, nous ne voudrons plus sortir de cette station service d'un nouveau type. Nous aurions bien tort de nous priver de ce plaisir : il s'agit du seul plein que nous pouvons faire sans devoir ensuite passer à la caisse !