Vouloir vouloir


Vouloir est ce qui reste à la personne qui a tout perdu. Celle qui ne possède plus rien, celle a qui on a tout volé et tout pris ne garde plus que sa volonté. Avec le démuni, réside la volonté d'être dans l'opulence.

Que nous reste-t-il de notre Service divin ? Nous avons perdu – depuis bien longtemps – notre proximité avec Hachem. Depuis la destruction du Temple de Jérusalem, notre cœur et notre âme semblent s'être détachés de leur racine commune. Tout ce qui n'est pas juif nous attire comme un aimant attire le fer. La culture, la mode vestimentaire, la musique, la façon de parler, de penser… tout ce qui ne nous appartient pas frappe à notre porte et essaie d'entrer – de gré ou de force – en nous. Lorsque nous fermons la porte, les forces extérieures frappent à la fenêtre. Lorsque nous baissons le store, elles se faufilent par la porte du jardin…

Un bilan désolant

Le bilan de notre service religieux n'est guère reluisant. Nous ne sentons plus la Sainteté, nous ne savons plus apprendre, nous ne parvenons plus à contrôler nos pensées… Pauvre de nous ! Le Maître du monde possède toutes les raisons de pleurer devant notre éloignement.

Plus grave encore, nous ne nous sentons pas coupables. “Je ne suis pas le grand Sage de la génération !” ; “Suis-je donc le Ba'al Chem Tov pour qu'on me demande de telles choses ?” Etc. Notre indifférence face à notre pauvreté spirituelle est ce qui est le plus blessant. Être loin d'Hachem est grave, s'en complaire est désolant.

Notre indifférence n'est pas anodine. Elle nous est inspirée par la société moderne dans laquelle nous vivons. Avoir du plaisir, passer du bon temps et chercher les plaisirs rapides et provisoires sont devenus nos principales activités. Notre âme pleure, mais nous ne l'entendons pas. Celui qui fait le sourd peut nous faire croire qu'il ne nous entend pas, mais nous savons qu'en réalité, c'est son désir de ne pas nous écouter qui en est la raison.

Chaque pas que nous faisons vers D-ieu représente une quantité d''efforts incroyables ; à l'inverse, nous courrons à grandes enjambées pour tomber dans les bras d'un monde qui n'est pas le nôtre. Dans ces conditions, l'enfer s'est invité sur terre et notre vie n'en n'est plus une.

Des raisons pour être joyeux

Tous les espoirs seraient-ils perdus ? N'y aurait-il aucune chance pour remonter la pente ? Serions-nous donc obligés de vivre comme Robert, Paul et Jean ? Nullement, et ce mode de pensée est également l'œuvre des forces du mal, de la mort.

En réalité, nous avons de nombreuses raisons d'éprouver de la joie et d'être heureux. Peu importe si nous faisons tout de travers, si nous ne comprenons rien à ce qu'attend de nous le Créateur… Ce qui nous reste est l'essentiel et nul ne peut nous le prendre. Ce qui se trouve en notre cœur est beau, pur et nous permet de garder intact ce sentiment de proximité avec le Divin.

Nous ne faisons plus grand-chose comme nous le devrions, mais nous désirons néanmoins y arriver. Nous faisons toutes les fautes du monde, mais nous pleurons de nos erreurs. Nous sommes des aveugles perdus dans un monde de fous, mais nos larmes sont les témoins de notre désir de retrouver le palais du Roi.

Nos larmes pour notre rapprochement avec D-ieu sont notre passeport pour la Sainteté. Sans elles, notre âme est proche de la mort clinique. Nous ne devons pas échanger une seule de ces larmes pour toutes les sommes du monde. Un million d'euros ne vaut absolument rien face à une larme pour D-ieu.

Quoi ? Vous ne pleurez pas de votre éloignement ? Vous ne vous sentez pas éperdus d'être devenus des aveugles spirituels ?

Quelle sottise de croire que cela est problématique. Nous sommes tous des pauvres à qui tout à été volé. Cependant, sur notre sécheresse spirituelle et notre relatif bien-être à la vivre, nous pouvons également pleurer.

“Maître du monde ! Aide-moi, et maintenant ! Je suis perdu et je me sens bien de l'être ! Je ne vis pas ma vie et cela m'est égal ! Que m'est-il arrivé ? N'est-ce pas Toi qui a décidé de me faire naître parmi un peuple saint ? Et voilà que je vis la vie des autres ! Je T'en supplie : viens à mon aide ; je me noie. Je sens l'eau entrer dans narines. Le temps presse. Vois me yeux : ils sont secs comme une pierre. Qu'il Te plaise que les larmes apparaissent ! Je désire recouvrer la vie, la vraie, celle pour laquelle Tu m'as créé.”