Une attente profitable


Le monde semble vraiment injuste. Du jour où une personne décide de se rapprocher d'Hachem, les choses se compliquent. Cela commence généralement par notre travail qu'il faut quitter : nous ne pouvons plus travailler le samedi. Ensuite, ce sont les amis qui se lassent de nous : la recherche de restaurants kachers n'est guère de leur goût. La famille elle-même s'y met : que de remarques désobligeantes contre notre volonté de vouloir accorder à notre âme la place qui lui revient !

Rapidement, une question surgit dans notre esprit : pour quelle raison D-ieu rend-il notre rapprochement si difficile ? En fin de compte, s'Il nous aimait vraiment, ne devrait-Il pas agir exactement d'une façon opposée ? Sans attendre le tapis rouge, on aimerait pour le moins que les obstacles ne se lèvent pas contre notre volonté. En suivant ce raisonnement, certaines personnes en arrivent à la conclusion malheureuse qu'Hachem ne les aime pas et elles abandonnent toutes les bonnes décisions qu'elles s'étaient jurées de tenir ferme.

Une attente salutaire

Savoir attendre fait partie intégrante du Service divin. Notre manque d'enthousiasme à attendre s'explique facilement : qui aime attendre à la banque, à la poste, chez le médecin ? Cependant, si nous comprenons que dans le domaine spirituel l'attente nous est bénéfique, nous avons de grandes chances de la vivre d'une façon différente. Une histoire – en guise d'exemple – peut nous aider à atteindre cet objectif.

David a beaucoup d'estime pour Ilan. Les deux étaient d'excellents amis à l'école et malgré les années qui ont passées, rien ne les a séparés. David est devenu ingénieur dans les travaux publics, tandis qu'Ilan est devenu un érudit dans la Tora. La sagesse d'Ilan – ainsi que sa force de travail – lui ont permis d'atteindre un niveau de connaissance exceptionnel et les personnes du monde entier cherchent maintenant ses conseils.

David a appris qu'Ilan est de passage dans sa ville. Immédiatement il lui a téléphoné pour arranger un rendez-vous. Ilan n'a pas hésité une seconde : “Ma journée est remplie de rendez-vous, mais si tu viens une bonne heure avant le premier entretien que je dois avoir, nous aurons amplement le temps de discuter ; cela me fera extrêmement plaisir.” David est aux anges : il va pouvoir recevoir les bons conseils de son ami le Rav pendant tout ce temps !

En fin de compte, David a perdu beaucoup de temps sur le périphérique et c'est tout penaud qu'il arrive chez Ilan… cinq minutes avant l'heure du premier rendez-vous. Ilan aussi est déçu, mais l'amour qu'il a pour son ami est sans fin. “Attends ici et si une personne ne se présente pas à son rendez-vous, nous pourrons en profiter pour nous voir. Dans le pire des cas, nous passerons la fin de soirée ensemble : je ne désire absolument quitter la ville sans t'avoir parlé.” David apprécie l'attitude de son ami ; il sait très bien qu'en fin de journée celui-ci sera très fatigué. Le fait qu'il désire cependant le voir le touche profondément.

Dès huit heures le matin, la première personne se présente et chaque demi-heure une autre arrive. À chaque nouvelle entrée, on propose à David d'entrer dans le bureau du Rav : “N'étiez-vous pas ici avant moi ?” Cependant, David refuse poliment. Sans en expliquer la raison, il sait pertinemment que pour chaque personne qu'il laisse passer devant lui, se rapproche d'autant plus l'heure tant attendue de sa rencontre !

Dans ces conditions, l'attente se fait douce aux yeux de David. Chaque heure qui passe est l'objet d'une pensée agréable : “Bientôt, je pourrai lui parler.” À aucun instant l'énervement et l'impatience n'effleurent David. La journée – et la longue attente – se passent sans difficulté, avec le sourire qui ne quitte pas son visage.

Pas une seule personne n'a manqué à l'appel. David a patienté 10 heures, sans s'énerver, sans s'irriter. En fin de journée, lorsqu'Ilan ouvre la porte, il découvre le visage souriant de son ami. Maintenant, ils vont pouvoir parler…

D-ieu nous fait attendre pour notre bien

En nous faisant attendre, Hachem nous permet de nous raffiner, nous purifier. Le Créateur sait qu'en nous acceptant de suite, nous serions encore encombrés de toutes nos mauvaises attitudes, nos mauvais désirs… Chaque jour, chaque moi, chaque année qui passe nous permet de nous élever et de nous nettoyer. En fait, c'est l'attente elle-même qui nous rapproche de D-ieu.

L'attente doit nous permettre de multiplier nos prières et notre enthousiasme de voir la porte s'ouvrir. En aucun cas, elle doit être le prétexte d'un énervement quelconque. Nous pouvons trouver cela difficile, mais si nous transformons cette difficulté à comprendre ce concept en d'interminables prières, nous aurons fait de grands pas vers le Maître du monde. Heureuse est la personne qui y parvient !