Être silencieux : clarification

Être silencieux : clarification

(Réponse à la lettre de Yossef Muller.)

Yossef,

L'apport des lettres comme la vôtre est irremplaçable. Grâce à vos remarques, vous me permettez de clarifier une incompréhension que vous avez – à juste titre – soulevée. Dans l'enseignement de Rabbi Na'hman que je citais précédemment (cliquez ici pour le lire), il n'est évidemment pas question de se faire ravir un droit qui nous revient ou un service que nous attendons. Ainsi, je vous rassure, dans le cas d'un voleur qui pénètrerait la maison d'une tierce personne, celle-ci aurait le droit – même selon Rabbi Na'hman – d'exprimer son mécontentement, pour dire le moins.

De fait, en me servant de ce qu'à dit Rabbi Na'hman à propos d'hitbodédouth (la prière personnelle, isolée et faite dans notre langue natale), il est possible de dire que le silence dont il est question n'empêche nullement la personne de parler. À propos d'hitbodédouth, Rabbi Na'hman relève qu'il est possible de “crier” vers Hachem, même dans des endroits où il serait inapproprié d'élever la voix (endroits fréquentés par le public, parmi les non juifs...). Dans ce cas, le cri reste dans le cœur et il n'y a pas une seule parole qui sort de la bouche. Un cri silencieux.

Dans notre cas, l'inverse est aussi vrai : si une personne vous passe devant dans une file d'attente et que vous lui faites remarquer gentiment son “erreur”, Rabbi Na'hman lui-même admettrait que vous être restés silencieux Un silence parlé.

En fin de compte : le silence, c'est quoi ?

Le silence dont il est question, consiste à conserver notre calme et notre sang-froid, même lorsque nous sommes insultés-es. Résumé en peu de mots, voici ce que l'on peut en dire :

C'est Hachem qui règle notre vie, dans le moindre détail et à la perfection. Ainsi, une personne qui nous insulte n'est pas le fruit du hasard (un mot définitivement à bannir de notre vocabulaire) ; plutôt, elle a été envoyée par D-ieu pour nous tester. Si nous savons que derrière cette personne méchante se cache la main de D-ieu et que nous restons calmes (pas d'injures de notre part et notre sang ne bout pas), nous montrons un niveau élevé d'émouna en D-ieu. Nous ne contestons aucune décision du Créateur.

À l'inverse, si nous rétorquons, nous disons à Hachem que nous sommes mécontents-es du sort qu'Il nous a réservés-es, ce qui est un manque d'émouna évident. Nous comprenons mieux maintenant la raison pour laquelle la Guémara fait référence à la colère comme un attribut qui ressemble à l'idolâtrie. De fait, s'énerver, c'est rejeter l'autorité de D-ieu, que D-ieu nous préserve.

Pour conclure, il est important de préciser que les insultes ne sont pas toujours celles auxquelles on pense. Une “insulte” peut être aussi prononcée par un de nos enfants : lorsqu'il nous répond “non !” Si nous lui rappelons gentiment qu'il n'est pas correct pour un enfant de parler de la sorte à son père, nous n'avons pas répondu à l'insulte. D'autre part, si nous sentons notre autorité – notre ego – attaquée et que nous perdons notre calme, nous avons rétorqué à l'insulte. C'est sans doute pour cela que D-ieu confie aux parents des enfants à élever : pour que les premiers s'éduquent.