Une conversion ? C'est de l'amour !


“Cher David-Yit'shaq,

La conversion et être juif sont deux choses totalement différente. Quand on s'attache à vivre le judaïsme, on s'attache à aimer. Point besoin de conversion pour étudier, pour pratiquer ; les rabbins sont là pour baliser et non pour imposer. Une âme juive s'attachera à suivre les mitswoth, à pratiquer – pour les femmes – les lois de la pureté familiale, à faire Chabbath, etc. Une femme s'en ira parler à D-ieu pour Lui demander conseil. Est-ce l'homme rabbin ou D-ieu qui jugera ?

Dans le contexte actuel des guerim (convertis), on leur demande beaucoup de choses. Je pense que les personnes sont tellement sous pression qu'on oublie la notion essentielle qui consiste à aimer D-ieu. Vous l'avez compris, je ne suis pas d'accord sur la façon dont les conversions s'opèrent. Pour ma part, je poserais une seule question au candidat ; cette question résume tout : “Pour vous, que signifie être juif-ve ?” (Corine R., France)

Chère Corine,

Merci pour votre lettre. Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'on demande beaucoup de choses aux personnes qui désirent se convertir. Vos paroles sont belles lorsque vous faites le lien entre la conversion et l'amour qu'on doit porter à Hachem ; si tout le monde pouvait s'en souvenir, au moment de se convertir ou d'accepter une conversion ! Cependant, je suis en désaccord avec vous sur les autres points que vous abordez dans votre lettre. Permettez-moi de les citer et d'expliquer ma différence.

Pour commencer, j'utiliserai une parabole : imaginons un jeune homme qui désire épouser une jeune fille. Celui-ci déclare sa flamme à l'élue de son choix et lui dit : “Je t'aime plus que tout. Sache que je ne désire pas savoir ce que tu attends de moi, ni ce que tu aimes dans la vie, la seule chose qui compte à mes yeux est le sentiment que j'éprouve pour toi.” Honnêtement, conseilleriez-vous à cette jeune fille de convoler en justes noces ?

Aimer… réellement

Votre attitude ressemble un peu à celle du jeune homme. Une personne qui désire se convertir déclare à D-ieu : “Je t'aime tellement que je désire faire partie de Ton peuple.” Quelle belle déclaration ! Cependant, si en même temps, le jeune homme avertit le Maître du monde qu'il fera ce que bon lui semble, que vaut réellement cette déclaration ?

Hachem a donné la Tora à l'humanité afin que nous sachions ce qu'Il désire. La moindre des choses que nous pourrions attendre d'une personne qui désire se convertir est qu'elle déclare en même temps sa volonté ferme de suivre la Volonté divine. Autrement, il me semble évident que la personne ment et qu'elle n'aime pas D-ieu. Comment peut-on dire aimer le Créateur lorsqu'on n'apprend pas sérieusement ce qu'Il attend de nous et que nous ne faisons pas notre maximum pour remplir Sa volonté ? Que diriez-vous d'un mari qui agirait de la sorte avec sa femme ?

C'est pour cette raison que les autorités rabbiniques proposent une formation aux candidats-es à la conversion. Cette formation possède deux objectifs : 1) informer les personnes intéressées de la nature de la Volonté divine (si l'on ne sait pas ce que veut D-ieu, comment peut-on faire Sa volonté ?) et 2) jauger de la motivation réelle des candidats-es (si la conversion n'est pas liée à D-ieu mais perçue comme une démarche administrative qui permet de se marier avec l'élu-e de son choix, en vaut-elle vraiment la peine ?)

Les rabbins ne s'abrogent aucun droit, aucun privilège. C'est la Tora elle-même qui leur donne l'autorité d'agir comme ils le font. Nous viendrait-il à l'idée de suspecter un moniteur de tennis de s'approprier à tort une autorité qui ne lui appartiendrait pas lorsqu'il enseigne à ses élèves ? N'est ce pas lui qui connaît le sport qu'il est censé enseigner ! Il en va de même avec les autorités religieuses : il s'agit de personnes qui ont atteint un haut niveau de connaissance.

Pour finir, et en guise de boutade, je vous propose de réfléchir à votre attitude si un candidat à la conversion répondait de la sorte à votre question (“Pour vous, que signifie être juif ?”) : “Conduire le Chabath en savourant un sandwich au jambon !”