La souffrance du guer (converti)


Cher David-Yits'haq,

Je suis guer (converti). Cette condition est une souffrance pour la vie. Cette souffrance évolue avec le temps, on assume plus ou moins sa condition, mais il est vrai que le sentiment de solitude est important, et que je ne suis pas sûr que l'on s'y habitue.

Pendant le processus, vous êtes juif chez les non-juifs, et non juif chez les juifs ; vous êtes dans un no man's land. Là nait la solitude immense, dont vous garderez des séquelles à jamais. Même si vous avez la chance de trouver un conjoint qui vous aime et vous comprend, votre meilleur ami, c'est encore Hachem.

Mais votre credo est différent de celui des autres juifs qui sont pétris par la tradition et les chemins et conseils à suivre transmis par votre famille.

Alors qu'en tant que guer, vous risquez de suivre les chemins qui vous sont conseillés par ... tout le monde, et vous êtes un peu perdu, car en fait ce sont des chemins qui s'adressent à des juifs de naissance ayant déjà une famille, un vécu des traditions, un flambeau familial à porter, transmis par des générations. Nous n'avons pas les mêmes soucis de vie.

Les moments difficiles


1) Dans le processus de conversion, qui dure quelques années, vous n’échappez pas aux situations où vous êtes le dixième pour faire un minyan (nombre de 10 hommes qui se réunissent pour prier), où pour le zimoun (prononcer les bénédiction d'après le repas) vous êtes le dixième, où à Sim’hath Tora (le fête du don de la Tora) on vous donne le Sefer Tora ; bref, vous vous trouvez dans des situations pas possible à devoir expliquer d’un coup et à tout le monde que : “bien voilà, je ne suis pas juif, et que donc, on ne peut pas faire, enfin, vous comprenez quoi, mais que ... ”

2) Les réactions positives à l’égard du guer ne sont pas positives unanimement, sauf peut être dans certains milieux.

3 ) Enfin, c’est l’épreuve du candidat à la conversion, qui se sent épié pour qu’on puisse vérifier s’il exécute vraiment bien les mitswoth au quotidien, ou mieux à Chabath ; épié par des personnes juives de naissance “qui n’ont rien à prouver, et qui n’ont pas demandé à se convertir, bref des juifs normaux quoi...”

En fait, il y a ces scènes de vie, et la façon dont on les ressent. Ce sont deux facettes. Si les scènes de vie sont peu fréquentes, mais que vous êtes psychologiquement sensibles, alors vous devenez honteux. Pendant 10 années, je n’ai jamais osé avouer à mon entourage que j’étais converti; j’en connais qui ont résisté comme cela encore plus longtemps.

Et donc, ça varie entre les gens. Vous avez le droit de vous sentir honteux ; et on doit lutter pour que cela ne véhicule des sentiments négatifs comme ce que vous avez traduit comme une “injure.” On doit lutter, mais ce n’est pas au guer de gérer cela, il a assez de boulot à gérer, lui (ou elle).

Mais bref, il ne faut en vouloir à personne et se dire pour se rassurer : “Ces souffrances qu'Hachem impose aux Justes par amour, pour leur permettre d’acquérir plus de mérites, et leur assurer une immense récompense dans le Monde à venir." (Berakhoth 5a)

Et puis, il y a plus rassurant encore : le Rabbin Jacky Milewski cite dans son livre “Conversion au judaïsme dans l'œuvre de Maïmonide” (page 72) : “Parce que – dit Maïmonide – la Tora a répété 36 fois l'interdiction de blesser le prosélyte. De plus, lui écrit-il (à son rabbin) : “Sache que la Tora a contraint le juif d'appliquer une injonction importante à l'égard du prosélyte. Car la Tora ne nous a pas ordonné d'aimer les parents mais seulement de honorer alors qu'elle nous a commandé d'aimer le prosélyte ... Et le Saint Béni soit Il Lui même aime les convertis.”

Alors, comme tous, on a juste besoin de partager notre amour..., même si des fois on est maladroit, voire honteux ...

Yossef Muller

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