La souffrance du guer (2)


(Réponse à ma lettre par Yossef Muller. Pour lire ma lettre, cliquez ici.)

Bonjour,

Je vous informe que … vous êtes dans le vrai ! Je vous le dis avec le profond de “chez moi.” Votre message est une véritable bouffée d’oxygène.

Quand je pense que ce matin, j’ai réalisé quelque chose que je n’ai jamais faite auparavant : respirer le parfum d’une rose d’un rosier que j’ai récemment acheté. Et après, en arrivant au travail, je reçois votre email. Franchement, j’ai du mal à rester sérieux, vous me faites sourire. Seriez vous vous aussi l’instrument de la Volonté divine ?

Alors vous êtes Breslev … et vous avez, je pense, fondamentalement raison.

“Mr Muller, arrêtez de vous apitoyer” m'a-t-on dit l’autre jour.

Cela m’a fait un peu de peine de lire cela car en fait, je voulais raconter ma vie, non pas pour me plaindre, mais pour qu’elle serve d’illustration sur une conversion qui ne s’est pas bien déroulé. En effet, j’ai voulu devenir ce que certains voulaient que je sois “très rapidement”, c’est à dire “comme eux”, c’est à dire pas “moi-même.”

C’est en cela que je me suis mal exprimé, car le lecteur ne retient au final que plaintes et gémissements. C’est vrai, la misère des autres, ça va …

Or, mon objectif était d’informer les candidats à la conversion sur le parcours et de les prévenir, non pas tant sur les difficultés, mais sur le danger qu’ils possèderaient en eux-mêmes. C’est comme si, pour rendre service, j’apprenais à conduire à quelqu’un en lui disant “fais ceci”, ou “ne fais pas cela sinon, tu risques de faire un accident.” Et au final, le futur conducteur se dit “c’est trop compliqué de conduire”, ou “ce moniteur est trop mauvais.” Bon, je m’y suis alors mal pris.

Je n’ai pas voulu donner de message trop positif sur la conversion, pour ne pas provoquer de faux espoirs, enthousiastes certes, mais faux quand même. Cela fait longtemps en France que je réponds à des questions, parfois naïves, mais majoritairement issues de personnes jeunes désirant se convertir. Trop souvent elles veulent le faire, comme moi, par amour pour une personne. Je voudrais faire savoir aux gens que notre plus grand ennemi, c’est nous même. Mais dit comme cela, sans illustration, ça laisse un peu rêveur.

Le manque de joie

Un jour, mon grand frère – converti lui aussi – m’a dit : “Viens chez le Rav Pinto, tu lui exposes ta situation, il va te donner sa bénédiction.” J’étais sceptique, mais je me suis dit que “comme je n’avais rien à perdre, autant y aller.” Alors ce dernier m’a dit qu’une seule chose : “manque de sim’ha (joie).” Sur le moment, je l’ai trouvé “original” et pas crédible. Et puis après, en creusant l’affaire … j’ai dû remettre beaucoup de choses en questions, jusqu’à ma vie elle-même. J’ai tout remis à plat, et cela a finalement amené à un divorce.

J'ai “changé” beaucoup de choses dans ma vie, pour au final, un peu mieux me retrouver et redécouvert qui j'étais vraiment. Aujourd'hui, je vais mieux ... depuis que je me suis remis en question. Et je suis devenu un peu plus clément vis à vis des autres ... et de moi même. Mais toutes les histoires ne sont peut être pas comparables ?

Il est certain qu’il existe des points communs nombreux avec les ba'alé téchouva (les personnes nouvellement religieuses) et leur évolution. Si un ba'al téchouva est déjà marié, gare à la casse. S’il ne l’est pas, tant mieux, et en même temps, comment trouver une épouse dans un milieu qui ne nous correspond plus, ou dans un milieu que nous ne fréquentons pas encore assez ?

Là, c’est une vraie torture. La meilleure arme, c’est l'émouna (la foi) et la patience et … la joie des Breslev ! Et effectivement je n’ai pas su les utiliser. C’est un travail au quotidien, un travail de tous les instants.

Je vous adresse mon plus cordial chalom, mon plus sincère chalom, et je retiens de vous : “Servez D-ieu dans la joie ! Parlez-lui avec le bonheur de savoir qu'Il vous écoute et que vous êtes unique.”

C’est merveilleux. Merci de m’avoir lu.

Yossef Muller