Des montagnes à abattre



Avancer n'est pas toujours facile. Avancer physiquement n'est pas toujours évident, par exemple : lorsqu'on n'a pas envie de se lever! L'avance spirituelle est aussi remplie d'embûches lorsqu'on écoute le mauvais penchant. Dans tous les cas, la sensation est la même : nos gestes semblent figés et notre immobilité éternelle. Pourtant…

À un moment donné, nous finissons bien par bouger. La peur d'arriver en retard au travail est souvent une motivation suffisante pour lever le coin de couette qui nous gardait au chaud. Dans le domaine spirituel, c'est souvent l'impression de s'embarquer dans un mauvais chemin qui nous fait prendre les bonnes décisions.

Ces choix sont personnels et ce qui est un pas de géant pour moi sera un pas de fourmi pour un autre.

À chacun sa montagne

Prenons le cas d'une personne qui s'éveille à peine à l'idée de retour vers D-ieu. L'idée de prier est nouvelle pour elle et lorsqu'elle apprend qu’un homme juif doit prier trois fois par jour, l'Himalaya semble lui tomber sur la tête. La personne fait son calcul : trois prières par jour pendant un mois, cela fait environ 90 prières ! La somme paraît tellement éloignée de ce qu'elle peut faire…

Je conseille souvent aux personnes qui retournent vers D-ieu d'avoir des objectifs modestes dans leur avance vers le Divin. Ainsi, en ce qui concerne les prières, je recommande de dessiner un tableau mensuel dans lequel on fera une marque à chaque prière prononcée (qu'il s'agisse de celle du matin, de l'après-midi ou du soir). À la fin du mois, faisons le compte : 25 marques ? 45 marques ? Peu importe. L'objectif du mois suivant sera d'en avoir une de plus. Cela ne vous semble-t-il pas raisonnable ?

Cette démarche est peut être minimaliste, mais elle a le mérite d'amener de la satisfaction à la personne qui la suit. Contrairement aux décisions grandioses (“C'est décidé ! À partir d'aujourd'hui, je prierai trois fois par jour.”), elle possède plus de chances d'être couronnée de succès. Car là se trouve l'essentiel.

Le Maître du monde n'attend de nous que nous fassions des miracles. Plutôt, si nous faisons un pas de plus vers Lui – chaque jour si possible – nous Lui procurons un plaisir immense. Le type de pas que je peux faire étant lié à l'endroit où je me trouve, sa nature est forcément différente du pas que peut faire mon voisin. Il est un fait connu que deux personnes ne se trouvent jamais au même endroit.

Nous devons donc nous souvenir de cela : si se lever à l'heure pour aller prier ou au travail n'est pas une chose difficile pour nous, il peut en être autrement pour une tierce personne. Pour notre part, mettre les téfilines chaque jour peut être un défi de taille à relever… mais pas pour une autre personne. Dans ce domaine, l'essentiel consiste à faire les efforts que nous pouvons et à ne jamais regarder ce que fait le voisin dans le but d'apporter un jugement de valeur sur ses efforts.

Encore une fois : un centimètre pour moi est peut être un mètre pour un autre et un 10 centimètres pour lui sont 3 mètres pour moi. Dans le spirituel, les mesures sont toutes relatives.