Le mauvais juif qui désirait aller danser (1)



Jacques a tout appris à propos de l'importance de ne pas poser ses yeux sur les femmes. Il sait également à quel point il faut fuir les lieux dans lesquels les rencontres faciles ont lieu : bars, boîtes de nuit et autres endroits de ce type. En fait, Jacques s'est procuré les disques d'un Rav qui décrit à merveille les nombreux dangers que font courir ces lieux à l'âme juive. Ainsi, personne ne sait mieux que lui les risques encourus à traîner dans ces places.

Malgré tout cela, la semaine passée au travail a été particulièrement difficile pour Jacques. En cette fin de semaine, il se sent saisi d'une envie irrésistible : aller danser toute la nuit au bruit assourdissant du dernier succès à la mode. Les yeux de Jacques font plusieurs fois l'aller-retour entre les disques du Rav posés sur sa table de salon et les clés de sa voiture posées à côté. Le débat qui a lieu est celui entre la raison et le cœur. Jacques essaie de se retenir, de se raisonner.

D'un coup, il se lève, saisit les clés de sa voiture et sort précipitamment de chez lui. La sagesse est remise au lendemain ; ce soir, Jacques a décidé d'aller s'amuser et d'aller traîner ses guêtres dans la nouvelle boîte de nuit qui vient d'ouvrir au centre ville et dont tout le monde parle. Les disques attendront.

Une danse épuisante

Au volant de sa voiture, Jacques sent au fond de lui une certaine tension, un sentiment d'insatisfaction. Certes, ce soir il s'est juré de “s'éclater”, mais il a l'impression qu'en agissant de la sorte, c'est à son corps qu'il fait plaisir, qu'il a rendu les armes. D'autre part, s'il écoutait un peu plus la petite voix de son âme, il serait prêt à parier qu'il l'entendrait crier : “Je t'en supplie ! Ne vas pas là-bas ! Il est encore temps : reprends-toi ! As-tu donc oublié les paroles du Rav ?”

Heureusement que le feu vient de passer au vert : encore quelques secondes et Jacques sentait qu'il allait se laisser séduire par cette petite voix intérieure !

Appuyant de plus belle sur l'accélérateur, la destination n'est pas longue à atteindre. Tel un pur-sang qui a décidé d'en découdre avec ses adversaires, Jacques descend en courant les quelques marches qui mènent à la porte d'entrés du club de nuit. Le portier le connaît bien : il lui ouvre la porte sans que ce dernier ait eu à prononcer une parole.

Soudainement, la musique se fait enivrante et étourdissante. Quelques minutes plus tard – un verre de whisky à la main – Jacques est heureux. Après toutes ces heures de travail, il peut enfin se décontracter et se régaler à remuer son corps d'athlète.

Chaque mouvement de hanche semble être un cri de guerre : “Je veux vivre ! Je désire m'exprimer ! Qui pourra m'entendre ? Je ne suis pas simplement un employé de bureau : j'ai vingt-cinq ans et il me semble que le monde m'appartient ! N'y a-t-il personne qui pense de la sorte ?”

Les battements de mains suivent le rythme affolant de la guitare électrique et Jacques a l'impression qu'il est seul sur la piste de danse. Après quelques verres de whisky, la musique semble ne faire qu'un avec lui. Quel plaisir !

Après une heure ou deux à danser de la sorte, Jacques a besoin de se reposer. À bout de souffle, il s'affale sur un des canapés disponibles afin de reprendre son souffle. Tandis que sa respiration revient petit à petit à un rythme normal, son esprit se remet également à fonctionner. Soudainement, une chose extraordinaire se produit.