La rafle du Vel d'Hiv


En juin 1940, la France perd la guerre. Le 16 juin le chef du gouvernement Paul Reynaud démissionne. Dès le 17 juin Pétain annonce la cessation des combats. L’armistice est signée à Rethondes le 22 juin.

Pétain obtient les pleins pouvoirs et instaure "l’État français" dont le siège est à Vichy. La devise du nouveau régime est "Travail, Famille, Patrie" qui remplace la formule républicaine "Liberté, Égalité, Fraternité. Le régime est exclusif et dans les exclus se trouvent les juifs (révocation de la fonction publique, persécutions...) alors qu’il n’y a pas de pression allemande directe avant 1942. 76 000 juifs de France sont morts en déportation.

En juillet 1940, Pierre Laval devient vice-président du Conseil ; l’État mène une politique de collaboration avec les Allemands. L'ordonnance du 27 septembre 1940 imposent aux autorités administratives françaises de ficher les personnes qui appartiennent à la religion juive.

Le maréchal Pétain signera le premier acte portant sur le statut des juifs (loi du 3 octobre 1940) qui suit de quelques jours l'ordonnance allemande du 27 septembre

Au début de l'été 1942, les Allemands informent le Gouvernement français qu'ils ont décidé de déporter tous les Juifs résidant en France, sans distinction entre Juifs de nationalité française et Juifs étrangers ou apatrides.

René Bousquet était un haut fonctionnaire français, puis membre du gouvernement de Pierre Laval en tant que Secrétaire général de la police du régime de Vichy du 18 avril 1942 au 31 décembre 1943.

Pierre Laval, président du Conseil sous la Troisième République, il est, immédiatement après Philippe Pétain, la personnalité la plus importante de la période du régime de Vichy et le principal maître d’œuvre de la politique de collaboration d’État avec l’Allemagne nazie.

Le 22 octobre 1940, Laval rencontre Hitler à Montoise et propose que les deux pays s’allient très étroitement. Le 27 mars 1942, trois semaines avant le retour de Laval au pouvoir, le premier convoi de dépotés juifs en direction d’Auschwitz a lieu au départ de Drancy et Compiègne.

En avril 1942 Pierre Laval nomme René Bousquet au secrétariat général à la police. Il occupe un rôle important dans la collaboration policière de Vichy avec l’occupant allemand. Il organise la rafle de l’été 1942 (Rafle du Vel d’Hiv) mettant en œuvre l’initiative de Laval de faire rafler et déporter également les enfants. Bousquet suggère aux Allemands de déporter non seulement les Juifs étrangers de la « Zone occupée » mais encore de la « Zone libre ».

Début juillet 1942, selon une notice conçue par son attaché Camille Gaspard, Pierre Laval propose de livrer les Juifs étrangers vivant en zone non occupée en y joignant leurs enfants, en échange de l’exemption collective des Juifs de nationalité française des deux zones. Ses responsabilités dans la rafle parisienne du Vel’ d’Hiv’ du 16-17 juillet 1942 et dans celle perpétrée le 26 août 1942 en zone sud sont accablantes.

Le Commissariat général aux questions juives, dirigé par Darquier de Pellepoix, est sous l’autorité directe de Laval depuis juillet 1942. Le 30 septembre 1942, dans un télégramme aux ambassades françaises à travers le monde, il reprend une rhétorique antisémite pour justifier les récentes déportations : "Le seul moyen de conjurer le péril juif était le rapatriement de ces individus dans l'Est de l'Europe, leur pays d'origine."

97 % des Juifs déportés périssent dans les chambres à gaz ou sont exterminés par le travail dans les camps de concentration. Des 11 000 enfants de moins de 16 ans déportés, la plupart sur l’insistance personnelle de Laval, aucun n’est revenu.

Rafle du Vel d’Hiv

La rafle du Vélodrome d'Hiver (16-17 juillet 1942), souvent appelée rafle du Vel' d'Hiv, est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. En juillet 1942, le régime nazi organise l'opération « Vent Printanier » : une énorme rafle de Juifs dans plusieurs pays européens. En France, le régime de Vichy mobilise la police française pour participer à l'opération : à Paris, 9 000 policiers et gendarmes rafleront les Juifs. Le 17 juillet, en fin de journée, le nombre des arrestations dans Paris et la banlieue était de 13 152, selon les chiffres de la préfecture de police.


Les instructions du directeur de la police de Paris Emil Hennequin, le 12 juillet 1942 stipulent :

1. Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux

2. Ils n'ont pas à discuter non plus sur l'état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire. Les opérations doivent être effectuées avec le maximum de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire.

René Bousquet, le secrétaire général de la police nationale, accompagné de Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives, rencontre le 4 juillet, au siège de la Gestapo à Paris, les SS Knochen et Dannecker, général SS qui dirige la police allemande en France.

Un nouvel entretien, dans les bureaux de Dannecker avenue Foch, afin d'organiser la rafle prévue pour le 13 juillet 1942, se tient le 7 juillet en compagnie de Jean Leguay, l'adjoint de Bousquet, accompagné de François, directeur de la police générale, Hennequin, directeur de la police municipale, André Tulard, en charge des questions juives à la préfecture, Garnier, sous-directeur du ravitaillement à la préfecture de la Seine, Guidot, commissaire de police à l'état-major de la police municipale et enfin Schweblin, directeur de la police aux questions juives.

Le capitaine SS Dannecker déclare : « Les policiers français – malgré quelques scrupules de pure forme – n'auront qu'à exécuter les ordres! »

1. La rafle vise les Juifs allemands, autrichiens, polonais, tchèques, russes et les indéterminés, âgés de seize à cinquante ans. Des dérogations exceptionnelles pour les femmes « dont l'état de grossesse sera très avancé » ou « nourrissant leur bébé au sein » sont prévues, mais « pour éviter toute perte de temps, ce tri ne sera pas fait au domicile mais au premier centre de rassemblement par le commissaire de la voie publique »

2. Les nazis prévoient de faire arrêter par la police française 22 000 Juifs étrangers dans le Grand Paris, qui seront conduits à Drancy, Compiègne, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Pour cela, « le service de M. Tulard fera parvenir à la Direction de la police municipale les fiches des Juifs à arrêter (…) Les enfants de moins de quinze ou seize ans seront confiés à l'Union générale des Israélites de France qui à son tour les placera dans des fondations. Le tri des enfants sera fait dans les centres primaires de rassemblement. »

Le SS Dannecker s'entretient le 10 juillet 1942 avec Adolf Eichmann, tandis qu'une nouvelle réunion se tient le même jour au siège du Commissariat général aux questions juives (CGQJ) en compagnie des SS Dannecker, Röthke, Ernst Heinrichsohn, et de Jean Leguay, Pierre Gallien, adjoint de Darquier de Pellepoix (chef du CGQJ), quelques cadres de la préfecture de police ainsi que des représentants de la SNCF et de l'Assistance publique.

Les autorités allemandes évitent d'ordonner la rafle pour le 14 juillet, bien que la fête nationale ne soit pas célébrée en zone occupée, ils craignent une réaction de la population civile. Celle-ci a donc lieu le lendemain soir.

12 884 Juifs sont arrêtés (4 051 enfants, 5 802 femmes et 3 031 hommes). Un nombre indéterminé, prévenu par la Résistance ou bénéficiant du manque de zèle de certains policiers, parvient à échapper à la rafle. Les conditions sont très dures : les personnes arrêtées ne peuvent prendre avec elles qu'une couverture, un pull, une paire de chaussure et deux chemises. De plus les familles sont séparées ; la plupart ne seront plus jamais réunies.

Une partie des Juifs est emmenée par autobus dans le camp de Drancy (au nord de Paris). Une autre partie est envoyée vers le Vélodrome d'hiver (situé dans le XVe arrondissement), qui sert de prison provisoire). Les prisonniers seront conduits dans les camps de Drancy, Beaune-la-Rolande (dans le département du Loiret) et Pithiviers, avant d'être déportés vers les camps d'extermination allemands.