Une juive à Oswiecim, Pologne (2)

Une juive à Oswiecim, Pologne (2)

(Ceci est la deuxième partie d'un article publié récemment)

Cheana M : III e type… Ne me dites pas des néo-nazis ?

Chantal : Si ! Je pensais avoir eut une hallucination. C’était bien réel. De plus cela se passait devant le crématoire du KL Auschwitz. Ensuite après ma « première » fois à Birkenau - j’ai un texte sur cette expérience intense - lorsque je me dirigeais vers la sortie, je les ai revus (skinheads), passant le portail de Birkenau. Ma clarinette est devenue une arme pour les chasser. Ils ont disparus.

Le comportement des personnes - touristes - entrant en même temps qu’eux fut choquant. Ils détournaient les yeux. 

Cheana M : Choquant. Manque de courage ; honteux.Comment entré à Birkenau en même temps que des Skinheads ??

Chantal : Sans oublier que ces Skin avaient le sourire aux lèvres. Ils ne nient pas, au contraire ils sont fiers de ce qui s’est passés. Retournée en Transylvanie, j’ai bouclé mes valises. Tout emballer.

Le 8 Août j’irai à Oswiecim avec tout le contenu de ma maison (maisonnette de 30M2) de Cluj (Koloszvar). J’avais réglé mes comptes - en partie - avec mon passé. On m’avait expulsée. J’étais dangereuse du haut de mes 4 ans et demi !!

J’y suis retournée - la première fois en décembre 1987) - j’ai réussi à acheter cette maisonnette. Lorsque j’ai refermé définitivement la porte derrière moi, c’était au moment où je le décidais. J’avais gagné.

J’ai fait le même trajet que ma famille. Avec une différence énorme. Ils se dirigeaient vers la mort. Je me dirigeais vers la vie.

Cheana M : Vous habitez dans un immeuble construit par des juifs avant la guerre ?

Chantal : Encore une belle victoire. Même si je ne suis que locataire.

Cheana M : C’est un combat ?

Chantal : Combat contre l’oubli le négationnisme. Pas seulement.

Un jour, je me trouvais devant ce fameux portail de Birkenau. Je me suis dit : non, je n’entre pas ; Je n’ai pas envie ! Lorsqu'on est juive cela n’est pas banal du tout. Je décide de rentrer chez moi. De me faire un café... En tournant le dos à ce portail, j’ai pris conscience d’une chose essentielle. Ma grand-mère n’a pas eu cette possibilité. Avoir la liberté d’y entrer ou pas lorsqu’on est juive, c’est avoir LA VICTOIRE sur les bourreaux. Car envers et contre tout et tous je suis vivante et libre !

Cheana M : Fameuse victoire ! On doit vous voir comme le symbole vivant de la Shoah ? Cela doit faire peur à certains ?

Chantal : Peut-être.Je ne suis pas et ne veut pas être le symbole de la Shoah. Mais si cela secoue certains…Je suis vivante par miracle.

J’ai affronté de face et en tête-à-tête la Shoah. Je risquais d’être broyé par elle. Ce risque, je l’ai pris. En le connaissant et avec la détermination d’^être victorieuse.

Je l’ai domptée ? Cela certains ne peuvent le tolérer. Mais être seul face à la Shoah c’est aussi être seul face à soi. On se voit tel que l’on est et non tel qu’on se l’imagine.

Cheana M : Êtes-vous pieuse ?

Chantal : Oui, sans cela je n’aurai pas gagné contre la Shoah. J’ai mis en péril ma foi. Elle est bien ancrée ; même si elle a vacillé, elle est là. Cela grâce à mon grand--père.

Cheana M : Une juive vivante et pieuse cela doit embêter pas mal de monde ??

Chantal : On préfère les Juifs en papier, ou de passage à la rigueur. Il arrive - parfois - des personnes veulent voir... une espèce en voie de disparition, une sorte d’attraction... Venir voir surtout prier, célébrer les fêtes ou le Chabath, par cette "juive''... Comme si je faisais partie d’une attraction complémentaire à ce que j’appelle « Shoah Business ». 

Cheana M : Cela fait froid dans le dos cette Shoah Business.

Chantal : À vomir. Je suis photographe. J’estimais indécent de photographier les camps. Ou à la limité de l’extérieur. J’ai vu de tels comportements indécents, irrespectueux, qu’il a été nécessaire de faire un reportage. Pas sur les camps mais sur les touristes.

Des parents entrent dans le crématoire, photographient le bébé ! Je n’ai jamais réussi et n’en ai pas l’intention de rentrer dans le crématoire.

Il y a aussi les commentaires. Une dame âgée française, s’exclamant en sortant de ce crématoire : oh, je suis déçue. Je m'attendais à mieux ! À quoi s ‘attendait-elle ? 

À Birkenau des Italiens fumant devant un ancien crématoire débattant sur... Shoah ou pas Shoah ?

Il y a les groupes scolaires. On estime à plus de 80% d’adolescents qui ne voient rien de rien. Parfois jusqu’à 99%. Ils n’ont qu’une envie partir s’amuser à Cracovie.

Ou…Des commentaires à Birkenau : Oh, ce n’étaient que des Juifs !

Cheana M : Wow! Vous avez créé un anti-musée ?

Chantal : Tout à fait. De façon inconsciente ! Marre des musées de la vie juive sans Juifs. Avec des mannequins en costume traditionnel ! Nous sommes encore vivants.

Il existe une « maison juive » dont personne ne fait la promotion. Avec une vraie juive qui... vit ! Cela doit être trop ??

J’aimerais qu’il y ait une relève. Un jour, je serai trop vieille. Même si cela se fait par roulement. Mais il faut une présence juive.

Cheana M : Vous êtes optimiste et vous croyez au miracle ?

Chanta : Oui, j’y crois. La preuve, je suis vivante. Si ce n’est pas un miracle, c’est quoi ?

Cheana M : Dernière question pour aujourd’hui : si quelqu’un veut vous aider, que peut-il faire ?

Chantal : M’acheter des photos. Les gens trouvent mes photos superbes, mais personne ne veut les acheter. Je n’ai pas tout compris !!! C’est mon gagne pain. Peut-être trouver un appui fort. Une personnalité qui me soutiendrait moralement.

Cheana M : Je fais circuler l’information.

Cheana Maas/Chantal Maas

Oswiecim 21/7/2010