Paracha Yitro - Rabbi Nathan de Breslev


« Moché alla au-devant de son beau-père (Yitro), (…) il l'embrassa et ils s'informèrent mutuellement de leur bien-être... » (Exode 18:7) 

La rencontre entre Moché (Moïse) et Yitro représente celle de deux extrêmes. D'un côté, le Tsadiq (l'homme pieux) d'une perfection spirituelle difficilement imaginable. De l'autre, l'individu qui se trouve à une distance infiniment grande de la Sainteté ; de fait, il n'existait pas une seule forme d'idolâtrie dans le monde que n'avait pas pratiquée Yitro.

Cette rencontre, même si elle est celle de deux personnages qui semblent avoir strictement rien en commun, révèle pourtant la grandeur unique du Tsadiq. Loin de l'image de l'érudit coupé du monde et dont le cercle proche de ses connaissances est rempli seulement d'individus de son calibre, Moché n'a pas hésité une seule seconde à aller à la rencontre de Yitro, à l'embrasser et à s'informer de son bien-être.

Moché venait d'un autre monde que celui de Yitro. Il avait reçu la Tora d'Hachem lui-même, l'expérience qu'il avait vécue sur le mont Sinaï – lors du don de la Tora – en avait fait un être humain unique.

En même temps, Yitro désirait se convertir au Judaïsme, même si son passé l'avais mis en contact avec toutes les formes d'impureté spirituelle qu'il est possible de trouver en ce monde. Malgré tout, Yitro ne s'était pas laissé tromper d'une façon définitive et maintenant, il désirait se joindre au Peuple juif.

Lorsque Yitro rencontra Moché, il n'était pas encore convertit au Judaïsme ; plutôt, il brûlait de désir de s'identifier au peuple qui venait de sortir d'Égypte et à cette fin, il souhaitait rencontrer le Tsadiq qui allait pouvoir l'aider dans cette démarche.

Le passé et le statut de Yitro n'eurent poutant aucune influence sur la volonté de Moché pour répondre à son attente. C'est à l'image de deux amis que leur rencontre peut être comparée, un peu comme si deux compères se retrouvaient après une longue séparation.

Voici la caractéristique principale d'une personne dont le niveau spirituel est élevé : être disponible pour chaque âme, peu importe son origine et son passé. Dès l'instant où une créature de D-ieu exprime son désir de s'en rapprocher, l'érudit en Tora lui ouvre la porte et lui prodigue ses conseils. 

Malgré son élévation spirituelle, l'homme pieux (le Tsadiq) « descend » de son monde pour venir en aide à l'âme qui en fait la demande. Si l'étude et les prières sont les éléments essentiels d'une personne qui souhaite s'élever en Sainteté, cette élévation ne peut pas se faire en ignorant les autres créatures du Maître du monde.

Chaque fois qu'un érudit en Tora conseille, écoute et suggère la démarche à suivre pour une âme spécifique, il acquiert un aspect de la personnalité de Moché Rabbénou (Moïse, notre Maître). Ces instants de partage ne sont nullement du temps perdu pour l'étude ni la prière ; plutôt, ils représentent l'essence de la personne qui a atteint un niveau de Sainteté suffisamment élevé pour comprendre les raisons de sa présence dans le monde présent.

Ainsi, il ne faut pas s'étonner d'apprendre que Moché soit venu en aide à Yitro. Il faut plutôt comprendre que c'est parce qu'il lui est venu en aide qu'il était Moché.

(Traduit et adapté de Rabbi Nathan de Breslev, Liqouté Halakhoth, Yoré Dé'a, halakhoth Bekhor Béhéma, 4:22)