Une banque spéciale

(Netream)

Les journées de Chmouel sont réglées comme du papier à musique. À la première heure du matin, tandis que tout le monde dort encore, Chmouel se lève avec précipitation. Il enfile son pantalon, sa chemise, ses sandales et sort de chez lui en courant. Pour rien au monde il ne voudrait rater son rendez-vous matinal d'un type particulier.

Arrivé le premier à sa banque, il attend avec impatience l'arrivée de l'employé. Les minutes passent et l'espoir de voir la banque s'ouvrir grandit d'autant plus. À l'heure prévue, le guichetier se présente derrière son comptoir. Reconnaissant son visiteur habituel du matin, l'employé tend à Chmouel un chèque de 86 400 €. L'échange s'est effectué rapidement et Chmouel ressort avec le sourire qu'on imagine. Rentré une heure plus tôt, l'attente en méritait la peine.

La matinée passe très vite pour Chmouel. Avec cette somme dans la poche, le monde lui semble beau, plus facile à vivre. Les quelques visages tristes qu'il rencontre n'atteignent pas son moral. Chmouel a l'impression que rien au monde ne peut l'atteindre, le toucher. À peine quelques heures sont passées, voilà que Chmouel pense déjà à ce qu'il doit faire l'après-midi.

De fait, à 14 heures, Chmouel reprend le chemin... de la banque. Avec une excitation identique à celle du matin, notre personnage se présente à l'endroit habituel. Il n'est pas vraiment dans la nature de Chmouel d'être ponctuel, mais les rendez-vous à sa banque méritent bien un effort. 14 heures : la banque ouvre de nouveau ses portes et un chèque d'un montant identique attend Chmouel. L'employé lui tend le bout papier ; un regard furtif pour s'assurer du montant : il est bien inscrit 86 400 €. Sans attendre, Chmouel met le chèque dans sa poche. L'attente a été plus courte que celle du matin et Chmouel en est d'autant plus ravi.

Quelle belle après-midi ! Le soleil brille (si ce n'est pas dans le ciel, au moins dans le coeur de Chmouel) ; le monde entier semble s'offrir à notre personnage peu commun et ce dernier marche sur un nuage. À vrai dire, il a quelques difficultés à rester lié au monde physique, tant son esprit est élevé, joyeux.

Déjà le soleil se couche et la fin de journée se pointe à l'horizon. Chmouel reprend ses esprits ; pour un peu, il aurait oublié son troisième rendez-vous du jour... à la banque ! De nouveau, le même chemin, le même employé et... un chèque d'un montant identique. Le soir, l'attente est très courte ; 15 à 20 minutes, tout au plus.

L'esprit au beau fixe, Chmouel déambule les rues de son quartier avec le visage d'un extra-terrestre. La tristesse, l'inquiétude, le stress et tous les autres sentiments qui sont le lot de tant de personnes se sont entièrement dégoûtés d'un tel personnage : ils ne peuvent rien faire pour l'atteindre, aussi, ils le laissent tranquille.

Lorsque la nuit et tombée et lorsqu'il désire s'endormir, Chmouel apprécie pleinement sa chance d'avoir une telle banque. Il sait que le lendemain, la même journée recommencera ; du moins, l'espère-t-il.

Cette histoire semble trop belle pour être vraie ? Pourtant, c'est notre lot. Trois fois par jour, nous prions le Créateur. Quels rendez-vous spéciaux ! Lorsque nous terminons nos prières, nous resortons chaque fois de la synagogue avec un chèque important dans la poche : celui des 86 400 secondes qui nous séparent de la prochaine prière.

Remercions-nous à sa juste valeur D-ieu de nous accorder ce montant astronomique ? Et que faisons-nous du temps qui nous a été accordé pour vivre ? Pensons-nous le plus souvent à nous ou à D-ieu ? Il est écrit dans les Psaumes (42:9) : “La prière à D-ieu est ma vie !” Pouvons-nous réellement relever le défi ? Le voulons-nous vraiment ?