Ne plus exister... ou presque


Selon Rabbi Nathan de Breslev (Likouté Halakhoth, Hilkhoth Beth HaKnesseth, Halakha 5), même si nous devons prendre part aux activités quotidiennes (notamment, la poursuite d'une source de revenus), l'essence de la vie juive se concentre autour de l'étude de la Tora.

Etudier la Tora signifie s'annuler soi-même. Nous étudions la Tora afin de découvrir la Volonté divine, la façon dont nous devons nous comporter... Une personne qui étudie sans avoir ces objectifs en point de mire n'étudie pas telle qu'elle devrait le faire. Cela ne signifie pas qu'elle ne devrait pas étudier. Plutôt, elle doit prendre conscience que l'unique objectif de l'étude est l'annulation de la personne et qu'elle n'a pas encore atteint le niveau de vouloir réellement s'annuler.

Le bitoul (annulation) de soi-même nous fait saisir les évènements de la vie à travers le prisme de la Volonté divine, pas du nôtre. Ainsi, peu nous importe si nous apprécions ce qu'on nous dit, ce qu'on nous fait. Tout doit être jugé selon ce que nous pensons que D-ieu désire : de nous-mêmes, des personnes qui nous entourent...

Le bitoul signifie que la personne ne possède plus de “soi-même”. La conséquence du bitoul est de rendre obsolète les expressions : “J'aime” ; “Je n'aime pas” ; “Je veux” ; “Je ne veux pas”... En fin de compte, peu importe ce que nous aimons, ce que nous désirons. Notre seule volonté est celle de remplir celle du Créateur.

L'objectif semble-il hors d'atteinte et s'adresser qu'à un nombre infiniment petit d'êtres humains ? Cela est exact et ne devrait pas nous étonner. Après tout, peut-on réellement penser que la perfection s'adresse aux masses ? Cependant, nous commettrions une erreur si nous pensions que nous ne pouvons pas progresser sur l'échelle des valeurs du bitoul, de l'annulation de soi-même.

Le prochain test sera lorsqu'une personne nous dira quelque chose que nous réprouvons. Un mot mal placé, une attitude inappropriée, une insulte... Selon le cas, nous pouvons nous sentir simplement gênés ou carrément atteint dans notre personne. Dans ce type de situations, notre réaction révèlera notre niveau d'annulation.

La personne qui est insultée, mais que ne rétorque pas a atteint un niveau extrêmement élevé... même si elle bout en son for intérieur. Celle qui ne répond pas et qui ne ressent rein appartient à la classe restreinte d'individus que nous mentionnons plus haut. Cela n'est pas donné à tout le monde.

Peu importe notre niveau. Dans un premier temps, il faut éviter de riposter : physiquement bien sûr, mais également verbalement. Ensuite, il faudra se demander la raison pour laquelle nous nous sentons tellement touchés par l'insulteur. N'est-ce pas D-ieu Lui-même qui a décidé de nous mettre dans la situation de l'insulté ?

On le constate, croire en D-ieu n'est pas seulement lorsqu'on prie. Ne pas se sentir atteint par les insultes ou autres attaques du même genre est une des formes les plus évidentes de respect que nous démontrons envers D-ieu. Nous Lui disons : “Je sais que c'est Toi qui a voulu cela, seulement dans le but de me tester ; je sais qu'en ce moment aussi Tu Te tiens auprès de moi ; il est hors de question que je l'oublie et que je commence à riposter à celui qui m'insulte.”

Puissions-nous nous diriger vers la voie du bitoul (de l'annulation de soi-même) et persévérer dans nos efforts de nous rapprocher de D-ieu. Amen.