Disputes et divergences


Certains jours, il semble que nos dirigeants spirituels ne soient d'accord sur rien. Selon untel, une chose est permise et selon un autre elle est interdite. Selon mon Rav, il est permis d'aller à tel endroit et selon le Rav de mon ami, cela est interdit... Face à ces divergences, nous pourrions nous réconforter en pensant que l'obscurité spirituelle dans laquelle nous nous trouvons est également le lot des Justes. Il s'agirait d'une grave erreur.

Avant tout, le concept de la “foi envers les érudits” (“emounath 'Hakhamim”) est catégorique : nous devons avoir la certitude que nos Sages détiennent une parcelle de vérité plus importante que la nôtre et qu'ils sont – tous – plus prêts de la vérité que nous le sommes. Il est important de comprendre que selon ce concept, il faut avoir la foi envers tous les 'Hakhamim et pas seulement envers ceux que nous définissons comme “nôtres”.

En d'autres termes, si j'ai confiance en mon Rav pour me dire avec exactitude ce que D-ieu attend de moi, je dois être convaincu que le Rav de mon voisin a également raison, même s'il arrive à une conclusion différente. C'est précisément dans cette situation que le concept de foi joue son rôle. Rabbi Na'hman de Breslev l'a souvent dit : l'emouna (la foi) commence là où la raison s'arrête.

Prendre conscience de cet enjeu, c'est comprendre la raison pour laquelle nous entendons ces disputes et ces divergences. Dans la leçon 5 du Likouté Moharan, Rabbi Na'hman nous apprend que D-ieu entend nous tester en nous faisant entendre ces différences d'opinions.

Si nous commettons l'erreur de prendre position en dénonçant une des deux opinions, nous sommes tombés dans le piège du mauvais penchant. Si nous disons : “Comment tel ou tel Rav a-t-il pu dire ce qu'il a dit ?”, nous prononçons la médisance sur un des Sages d'Israël, que D-ieu nous protège. Plutôt, nous devons penser – et/ou dire – que nous suivons l'avis d'un des deux Sages car il s'agit – par exemple – de notre Rav, ou que nous devons bien prendre décision afin de savoir quoi faire. Cependant, il nous faut préciser qu'en agissant ainsi, nous ne jugeons pas de la valeur intrinsèque de l'autre Sage.

En adoptant cette attitude, nous ferons également preuve d'un minimum d'intelligence. Qu'on y pense : a-t-on déjà entendu un apprenti juger la décision de son maître ? Un étudiant en première année de médecine pourrait-il comprendre les raisons d'agir d'un grand chirurgien ? Pourtant, nous oublions ce minimum de logique lorsque nous nous permettons d'apporter notre appréciation sur l'avis d'un Sage.

Que D-ieu nous ouvre les yeux et nous aide à nous laisser à notre place : celle d'étudiants qui s'appuient totalement sur l'intelligence et l'intégrité de leurs dirigeants. Heureux est le lot de ceux qui font partie de ce groupe !