Mon frère, rentre à la maison


(Texte écrit quelques jours après l'attentat de l'Hypercacher à Paris, le 9 janvier 2015)

Mon frère,

Il a été long le chemin. À vrai dire, sa fin n'est pas encore complètement visible. Pourtant, depuis quelques jours, chaque pas que nous y faisons est chargé d'une signification encore plus grande.

Tu es bien loin de moi ; à des miliers des kilomètres. Pourtant, j'ai envie d'ouvrir mes bras et de t'enlacer. J'ai envie de pleurer avec toi ; pleurer de joie de te retrouver ici et pleurer pour la peine qui est la nôtre dans cet exil interminable.

Mon frère, la vie n'est pas facile. Les instants où tout semble nous submerger sont nombreux. Pourtant, nous ne devons jamais perdre de vue l'objectif.

J'entends ta voix et tes pleurs. Tu as raison : le réveil est douloureux. Cependant, la tristesse nous est interdite. C'est dans la joie que nous devons vivre, toujours et en chaque instant. Le désespoir n'est pas de ce monde !

Cela va te sembler incroyable, mais je suis heureux. Heureux de te dire que nous devons nous retrouver – sur notre terre, celle qu'Hachem nous a donnée – et que le moment n'a jamais été aussi favorable à nos retrouvailles.

La douleur est grande, mais la joie est à portée de main.

Sur la Terre d'Israël est notre place ; elle l'a toujours été et aujourd'hui, l'appel a pris la forme d'un quadruple crime.

Mon frère, il est temps de rentrer à la maison. Il est temps de rejoindre la terre où nos Pères ont vécu. Il est temps de rassembler la famille.

La douleur est immense et dans ces moments, c'est sous le même toit que nous devons être. L'exil n'est sans doute pas encore fini, mais c'est en étant proches les uns des autres que nous pouvons garder notre équilibre.

Je t'écris les larmes aux yeux car je connais la violence que peut représenter l'arrachement. Si je le pouvais, je la prendrais à ma charge. Malgré tout, il est temps de s'arracher d'une terre qui n'a jamais été la nôtre.

Le signal a été fort, très fort. La douleur intense qu'il a causée restera longtemps en nous. Viens à la maison pour en parler, pour la partager.

Si tu suis mon conseil, plus tôt tu pourras venir, le mieux cela sera. À n'en pas douter, les efforts seront grands. Pourtant, en rentrant à la maison, tu ressentiras une chose inouïe : celle d'être à ta place. Tu es la pièce d'un immense puzzle et ton absence seule serait remarquée.

Il est temps de venir ; plus que jamais. Il est temps de nous rassembler ; ce ne serait-ce que pour nous voir vivre heureux et dans la joie, sous le même toit.

Mon frère, je ne te propose pas un voyage de luxe. Les murs de notre maison sont à peine badigeonnés et la décoration tellement plus simple que la maison dans laquelle tu vis actuellement. Pourtant, ici, c'est notre maison. La tienne, la mienne et celle de chacun de nos frères.

Mon frère, je t'aime. Nous devons vivre ensemble. Si nous l'avions un peu oublié, que la mort de quatre Tsadiqim nous aide à nous retrouver.

Mon frère, dépêche-toi de venir vivre sur la Terre d'Israël.

David-Yits'haq