La bataille contre le sommeil

La bataille contre le sommeil

(Il s'agit de la quatorzième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la treizième partie en cliquant ici.)

Comme nous l'avons vu, le fait de briser son sommeil, à la fois dans le domaine physique et dans le domaine spirituel, constitue une partie importante du Tiqoun 'Hatsoth. Mais ceux qui veulent dormir pendant la première moitié de la nuit et se lever ensuite pour 'Hatsoth, comme l'enseigne la littérature consacrée à ce sujet, se trouvent aussitôt à contre-courant de la société moderne. À l'exception de ceux qui observent une garde de nuit, la majorité des gens dorment à l'heure où le juif de 'Hatsoth veut se réveiller. Et la plupart des activités sociales et autres ont lieu dans la soirée, précisément au moment où le juif de 'Hatsoth a besoin de quelques heures de sommeil.

D'aucuns sont prêts à sacrifier ces activités à l'exquise douceur de 'Hatsoth. Ils font leur prière de Ma'ariv le plus tôt possible et se couchent tout de suite. Ils ont quand même souvent l'impression de disposer de trop peu d'heures de sommeil avant de se réveiller pour 'Hatsoth.

La plupart de ceux qui ont entrepris un effort sérieux pour se lever régulièrement à 'Hatsoth se trouvent confrontés au problème du nombre d'heures de sommeil. Parfois, le réveil sonne la nuit, déjà ?!... et il semble impossible de se lever (sans parler des cas où on ne l'entend pas). Parfois, on se couche tôt dans l'intention de se lever frais et dispos pour le Tiqoun 'Hatsoth, mais ou bien on ne s'endort que trop tard, ou bien au moment de se lever, on se sent lourd, les yeux brouillés, l'esprit flou, incapable de se concentrer. 

Même quand on est en forme au moment où on se lève pour 'Hatsoth, il arrive souvent que le lendemain on se sente fatigué, fiévreux et incapable de se concentrer.

Dormir ? Vous avez-dit dormir ?

De combien d'heures de sommeil avons-nous réellement besoin ? Leur nombre semble varier d'un individu à l'autre. Peut-on toutefois s'entraîner à le changer sans courir aucun risque ? En bref : peut-on s'arranger à dormir moins qu'on ne semble en avoir besoin et dans ce cas, comment ?

Voici ce qu'écrit le Ben Ich 'Haï, qui donne le point de vue de la Tora sur ce sujet :

« On pense généralement que plus le sommeil est long, plus le corps est bénéficiaire. Or, toutes les autorités médicales s'accordent à penser qu'on doit dormir au minimum six heures et au maximum huit heures par nuit et qu'un sommeil excessif est nuisible. Nous voyons ainsi que les médecins considèrent qu'un sommeil de plus de huit heures peut nuire au corps, alors que celui qui dort pendant six heures a accompli son devoir de prendre soin de son corps. »

« Par conséquent, le juif – qui est obligé de prendre également soin de son Âme sainte – ne doit pas dormir plus de six heures par nuit ; il remplit ainsi l'obligation de prendre soin de sa santé physique. Pendant le reste de la nuit, il doit veiller à la santé de son âme en s'adonnant à l'étude de la Tora. Et s'il arrive parfois qu'on dorme moins que cette moyenne de six heures indispensable à la santé du corps et qu'on prolonge les heures destinées à veiller à la santé de l'âme, on peut être de ne nuire en aucun cas à sa santé physique. » ( Ben Ich 'Haï, Vayichla'h, 1)

D'aucuns peuvent facilement dormir moins de six heures par nuit. Pour d'autres cependant, les conseils du Ben Ich 'Haï peuvent constituer un idéal inaccessible. Ils ont beau aspirer à briser leur sommeil et augmenter leurs heures de veille, ils n'en pensent pas moins qu'en essayant de dormir moins de sept à huit heures par nuit, ils ne pourront pas être en forme le lendemain.

Comme nous l'avons vu, Rabbi Na'hman encourageait les gens à dormir autant qu'ils en avaient vraiment besoin. « Dors et mange, dit-il une fois à Rabbi Dov, l'essentiel est de surveiller ton temps !» Mais en nous enjoignant en même temps de dormir selon nos besoins et de ne pas perdre inutilement notre temps, Rabbi Na'hman nous invite à réfléchir : avons-nous réellement besoin de tout le sommeil que nous jugeons indispensable à présent ? Y aurait-il moyen de s'entraîner à dormir moins ?

Vous trouverez ci-dessous un certain nombre de suggestions fondées sur l'expérience de gens qui ont fait l'effort de se lever régulièrement pour 'Hatsoth :

1. La prière : c'est l'essentiel du succès. Se lever pour 'Hatsoth constitue l'une des formes les plus élevées du Service divin. Nous avons donc besoin de demander à D-ieu de nous aider à chacune des étapes de notre entreprise (nous verrons plus loin une sélection de prières à cet effet).

2. Repos : il ne sert à rien de lésiner sur le sommeil. Quelqu'un qui se lève pour 'Hatsoth après quatre ou cinq heures de sommeil a probablement besoin d'au moins une ou deux heures supplémentaires vers la fin de la nuit ou après Cha'harith : c'est une habitude commune à tous ceux qui se lèvent pour 'Hatsoth. Savoir exactement combien on doit dormir le matin peut prendre des semaines, voire des mois. 

Au début, on a souvent tendance à trop dormir le matin et on n'arrive à s'endormir le soir qui suit qu'après de longues heures. Il en résulte que tout l'emploi du temps de la journée est bouleversé et qu'il est difficile de se lever la nuit suivante pour 'Hatsoth. Cela peut être très décourageant, mais il faut l'admettre comme l'un des obstacles à surmonter pour accéder à ce niveau élevé de dévotion. Essayons encore.

3. Bonne forme et régime : dormir suffisamment n'est qu'un des facteurs qui contribuent à nous mettre en forme. L'exercice et le régime sont aussi d'une très grande importance. Une petite marche de vingt minutes par exemple peut contribuer à améliorer le métabolisme qui a un effet certain sur le sommeil. En ce qui concerne le régime, une nourriture excessive, mâchée insuffisamment ou consommée à un moment inopportun, peut conduire à une sensation de lassitude sans rapport avec le nombre d'heures de sommeil. 

Dans certains cas, ceux qui sont allergiques à certains aliments peuvent ressentir une impression de surmenage. Il convient d'adapter son régime à cet effet, ou même de consulter un diététicien qualifié, le cas échéant.

4. Café et autres stimulants : beaucoup pensent qu'un café fort les aidera à veiller la nuit. Il est vrai que la caféine stimule la production d'adrénaline, qui libère le glucose dans le sang et donne une sensation d'énergie et de vivacité ; le problème est que le corps réagit en produisant plus d'insuline afin de réduire le niveau de sucre dans le sang, ce qui peut conduire à une grande lassitude après la consommation de café !

Il serait tentant de l'éviter en essayant de boire plus de café, mais le fonctionnement des glandes adrénaliques peut être perturbé. C'est comme si on donnait des coups de fouet à un cheval pour lui donner un peu plus d'énergie avant qu'il ne s'effondre. Les gens qui ont réduit leur consommation de café, thé, coca-cola ou autres boissons contenant de la caféine, ou les ont complètement! supprimées, constatent une certaine amélioration de leur énergie et de leur état physique général.

5. Comment lutter contre ces accès de fatigue ? Au cours de vos prières ou de votre étude (de jour comme de nuit), il vous arrive de ressentir une fatigue excessive. Vous essayez parfois de la surmonter et même de jouir de quelques moments de répit, pour vous trouver bientôt confrontés à un accès encore plus accablant. Que faut-il faire alors : continuer à rester réveillé pour 'Hatsoth, ou bien céder et se remettre au lit ?

Il est évident que la fatigue nous signale souvent que nous avons vraiment besoin de sommeil ; néanmoins, ces accès de fatigue résultent parfois d'autres facteurs, soit physiques (comme le régime), soit psychologiques (y compris naturellement les incitations du mauvais penchant). Dans ce cas, il vaut mieux persévérer.

Parfois, la sensation de fatigue passe tout simplement après quelques minutes. À d'autres moments, il suffit de fermer les yeux ou de poser la tête sur son bras sur la table pendant quelques minutes pour se sentir mieux. Il serait bon aussi de respirer de l'air pur ou au moins de respirer profondément quelques minutes. Une bonne routine nocturne peut aider à savoir à quels moments de la nuit on se sent alerte et à quels moments on se sent las et de diversifier en rapport ses activités (étude concentrée, hithbodédouth, etc.). 

Pour vaincre les sensations de fatigue, les sources rabbiniques recommandent d'étudier et de prier debout ou de prononcer à haute voix les paroles dans son étude

6. Entraide mutuelle : si vous connaissez d'autres personnes qui sont prêtes à se lever pour 'Hatsoth, invitez-les à se joindre à vous, car « être à deux vaut mieux que d'être chacun seul. Si l'un d'eux tombe, son compagnon pourra le relever... et un triple lien est difficile à rompre.» (Ecclésiaste 4: 9-12)

7. Au-delà de la nature. Rabbi Na'hman enseigne que D-ieu règne sur toute la nature par la Providence et que même les lois de la nature sont en fait un aspect de la Providence divine. La conduite de la majorité des gens repose sur le postulat que tout est régi par les lois de la nature. Cependant, ceux dont la foi est solide sont traités avec une Providence spéciale qui transcende la nature et la prière a le pouvoir de changer les lois de la nature (cf. Liqouté Moharan I, 234 et 250, et II, 17).

Il en résulte que grâce à une prière intense, on peut réduire son besoin de sommeil. Paradoxalement, plus on investit d'énergie dans la prière, le matin, l'après-midi et le soir, plus on reçoit de vitalité, parce que, comme disait Rabbi Na'hman, « notre vitalité provient essentiellement de la prière, comme il est écrit (Psaume 42, 9) : 'Prière au D-ieu de ma vie'. » (Liqouté Moharan I, 9). Ailleurs, Rabbi Na'hman écrit : « Plus un homme se sanctifie, moins il a besoin de dormir » (Le Livre du Aleph Beth, Sommeil, 1).

a. Celui qui désire se lever pour le Tïqoun 'Hatsoth doit ajouter une courte prière à cet effet, dans la 'Amida de Ma'ariv par exemple, ou avant de se coucher.

b. Il faut toujours essayer de prier de toutes ses forces : cela s'applique plus particulièrement à Ma'ariv, la prière du soir. Quelqu'un qui tient à se lever à temps pour 'Hatsoth peut être tenté de réciter au plus vite sa prière de Ma'ariv et le Chéma' du soir. Mais, de façon paradoxale, comme nous l'avons vu, en investissant de l'énergie dans ces prières, on en reçoit davantage pour prier et étudier après 'Hatsoth.

c. Rabbi Na'hman enseigne qu'en se concentrant beaucoup sur une chose, on la réalise. Vous pouvez appliquer cette méthode au Tiqoun 'Hatsoth. La clé, c'est de visualiser exactement dans son esprit comment faire ce qu'on a l'intention de faire. « Concentre-toi si intensément que ta pensée en devienne une obsession. Si ton désir est fort et ta concentration suffisamment intense, ton projet sera exaucé. » (La Sagesse de Rabbi Na'hman, #62)

d. Ségouloth : Une ségoula est une pratique qui conduit à un certain effet, bien que son pouvoir ne puisse être expliqué selon les lois de la nature (cf. Liqouté Moharan l, 21:9). Une ségoula qui a pleinement donné ses preuves est de réciter en hébreu le verset des Psaumes (57:9) : « Oura kévodi oura hanével vékhinor a'ira cha'har » (« Réveille-toi, ô mon âme, réveillez-vous, ô luth et harpe, je veux réveiller l'aurore ») trois fois dans l'ordre et trois fois dans l'ordre inverse et de le faire suivre d'une courte prière mentionnant l'heure à laquelle on voudrait être réveillé, en invoquant l'Aide divine pour y arriver. 

Autres ségouloth pour se lever à 'Hatsoth : encourager les gens à se repentir et donner anonymement la charité à quelqu'un qu'on ne connaît pas (Cha'ar Hakavanoth, Drouch Halaylah, 9).


(Extrait du livre « L'appel de minuit » du Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

(Vous pouvez vous procurer le livre L'appel de minuit en cliquant ici.)