Minuit au Ciel

Minuit au Ciel

(Il s'agit de la onzième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la dixième partie en cliquant ici.)

Selon Rabbi Na'hman de Breslev, « le moment de 'Hatsoth commence six heures après la tombée de la nuit, aussi bien en hiver qu'en été et dure deux heures » (Liqouté Moharan 1, 149). En d'autres termes, Rabbi Na'hman soutient que la néqouda de 'Hatsoth a toujours lieu six heures après la tombée de la nuit, indépendamment des fluctuations saisonnières dans la longueur de la nuit. Selon ce point de vue, il est très facile de calculer l'heure de la néqouda. Tout ce qu'on a à faire, c'est d'établir le moment exact de la tombée de la nuit tel ou tel jour et d'ajouter six heures.

Ainsi, à Jérusalem, où la nuit tombe vingt minutes après le crépuscule, la néqouda varie de 22 h 59 au milieu de l'hiver à 2 h 11 minutes au milieu de l'été. À Paris, où la tombée de la nuit est approximativement 50-65 minutes après le crépuscule, la néqouda varie entre 23 h 50 en hiver à 4 h 05 la nuit la plus courte de l'été. (Les heures d'été à Jérusalem et Paris sont données selon l'horaire d'été).

Il est à priori un peu difficile de saisir la logique qui se cache derrière le point de vue de Rabbi Na'hman. Selon la loi juive, on ne calcule pas l'heure des prières quotidiennes d'après l'heure de la montre, mais d'après les heures saisonnières, qui varient suivant les différentes époques de l'année.

On considère selon cette méthode que le jour et la nuit comprennent douze heures chacun, mais en plein été, quand les journées sont longues et les nuits courtes, on considère que chacune des heures du jour représente le douzième du temps total de la journée – ce qui les rend plus longues qu'une heure de la montre – et que chacune des heures de la nuit représente le douzième de la longueur de la nuit, ce qui les rend plus courtes que l'heure de la montre. En hiver, c'est exactement l'inverse. Pourquoi, selon le point de vue de Rabbi Na'hman, n'applique-t-on pas ce principe pour le calcul de la néqouda de 'Hatsoth ?

Rabbi Na'hman partage le point de vue du Maguen Avraham (cf. Ora'h 'Haïm 1:2 et 233:1) basé sur un passage du Zohar (III, 195b) qui dit que « si la nuit comprend plus de douze heures (de la montre), les heures supplémentaires appartiennent au jour suivant, car la nuit n'a que douze heures.» Il en découle qu'en hiver, où la nuit dure plus de douze heures, seules les douze premières heures appartiennent à la nuit à proprement parler, tandis que le reste est considéré comme appartenant au jour. En été, c'est l'inverse. Selon cette conception, 'Hatsoth, qui est le milieu de la nuit, a toujours lieu six heures après la tombée de la nuit, en hiver comme en été.

Pour quelle raison cette définition inhabituelle de la nuit ? Le Maguen Avraham explique que le Zohar ne parle pas du cycle naturel de la nuit tel qu'on le vit sur terre, mais de la nuit céleste. Quand nous calculons le moment de nos prières, nous le faisons par rapport aux heures saisonnières de la terre. Mais en ce qui concerne 'Hatsoth, le Maguen Avraham explique :

« Nous devons viser le moment où se manifeste la Grâce divine » et c'est pour cette raison que nous suivons la nuit céleste, qui dure toujours douze heures. Le fait que, selon ce point de vue, les dernières heures de la nuit terrestre (l'obscurité), fassent partie du « jour » n'est pas un inconvénient puisque « pour l'Éternel, la nuit est lumineuse comme le jour » (Psaume 139:12).

À première vue, cette explication ne sert qu'à soulever une question plus profonde. Même si nous admettons que pour 'Hatsoth nous devons considérer le moment de grâce du Ciel et que la nuit céleste dure douze heures, pourquoi calculer l'heure de 'Hatsoth six heures après le commencement de la nuit terrestre ? Cela ne varie-t-il pas d'un endroit à l'autre ? Il peut bien y avoir un grand nombre de points médians de la nuit sur terre, mais il n'y en a sûrement qu'un dans le Ciel ! Selon ce point de vue, le moment de 'Hatsoth ne devrait-il pas être le même dans le monde entier ?

On peut répondre à cette question en citant l'extrait d'un commentaire de Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, auteur du Tanya : « Le moment de grâce dans le Ciel... est en fait au-delà du temps et de l'espace. Sa lumière imprègne cependant les mondes inférieurs à l'heure et à l'endroit appropriés. » (Choul'han 'Aroukh HaRav, Hachkamath Haboqer, 1:8)

En plein été, aux latitudes septentrionales, les nuits sont si courtes qu'il y a moins de six heures d'obscurité et on a l'habitude de ne pas réciter le Tiqoun 'Hatsoth en cette saison de l'année. Cette période s'étend environ de la fête de Chavou'oth au jeûne de Ticha' béav. Nous voyons ainsi dans le Livre de Ruth, qu'on lit à Chavou'oth, que Boaz dit à Ruth : « Dors jusqu'au matin » (Ruth 3:13).

En revanche, le prophète s'exclame dans les Lamentations qu'on lit à Ticha' béav : « Lève-toi, sanglote dans la nuit » (Lamentations 2:19). On considère que ces versets font allusion à la coutume de ne pas se lever pour le Tiqoun 'Hatsoth dans la diaspora, de Chavou'oth à Ticha' béav. Néanmoins, pendant les Trois Semaines de deuil pour la destruction du Temple, qui précède Ticha' béav, on a l'habitude de réciter quotidiennement 'Hatsoth à midi.

C'est par le Tiqoun 'Hatsoth qu'on accède au repentir. Celui qui ne peut le faire tous les soirs devrait s'assurer de le faire au moins une fois par semaine (Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, Iguéreth HaTéchouva, #10).

Rabbi Avraham Entabi était Rav de la ville d'Aram Tsova (Alep) en Syrie au 18ième siècle. Il écrit : « Dans ma jeunesse, il y avait un rabbin appelé Rabbi Yididiah ben Dayan, qui se levait avant 'Hatsoth et accompagné de bedeaux de la synagogue, frappait à la porte de tous les juifs pour les réveiller et les inciter à se rendre à la synagogue. D-ieu était avec lui et pratiquement personne ne refusait. Je puis dire en toute assurance que la majorité des membres de la communauté se levaient après 'Hatsoth et se rendaient à la synagogue où ils s'asseyaient en groupes. »

« Il y avait un groupe de jeunes érudits qui étudiaient le Talmud ; les uns étudiaient le Choul'han 'Aroukh ; d'autres le Zohar, d'autres enfin des œuvres d'éthique juive. Le jeudi soir, il y en avait qui passaient toute la nuit dans la synagogue. Avant le Chabath, Rabbi ben Dayan apportait assez d'huile pour éclairer toute la synagogue et toute la communauté venait réciter à l'unisson tout le livre des Psaumes, suivi du Cantique des Cantiques... »

« Je peux témoigner qu'ils mettaient constamment en pratique le verset : « Tous les enfants d'Israël avaient de la lumière dans leur demeure » (Exode 10, 23). Tout au long de ces années-là, il n'y eut aucune tragédie, et pas un seul juif ne souffrit... Ce fut une époque d'abondance et de prospérité. Personne n'avait de soucis. Personne ne mourut avant l'heure. De cette génération, je dis : « Et Ton peuple ne compte que des Justes » (Isaïe 60:21) (Qorban Ichéh, Introduction).
(Extrait du livre « L'appel de minuit » du Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

(Vous pouvez vous procurer le livre L'appel de minuit en cliquant ici.)