Le Tiqoun Léah

Le Tiqoun Léah


(Il s'agit de la huitième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la septième partie en cliquant ici.)

Le Tiqoun Léah a une verve bien différente de celle de Tiqoun Ra'hel. Le Tiqoun Léah commence par le magnifique éloge de la gloire de D-ieu du Psaume 24 : « À l'Éternel appartient la terre et tout ce qu'elle renferme.» Il est suivi du Psaume 42, avec son expression émouvante de celui qui aspire à la Divinité : « Comme la biche aspire aux cours d'eau, ainsi mon cœur aspire à Toi...» Ce Psaume contient aussi des références au Temple dans sa gloire et à l'amertume de l'exil. Viennent ensuite les Psaumes 43 et 20, qui expriment notre foi et confiance en la puissance du D-ieu rédempteur.

Le Psaume 67 « Que D-ieu nous prenne en grâce et nous bénisse » est une prière implorant D-ieu de bénir la terre entière et de se révéler à toutes les nations. Le Psaume 111 : « Je louerai l'Éternel de tout mon cœur...» est expression de foi en la véracité totale de la Tora et aux grandes récompenses qui attendent ceux qui y adhèrent. On récite ensuite un certain nombre de versets d'Isaïe qui prophétisent sur le jugement final des nations.

Le Psaume 51 qui suit est une confession émouvante du Roi David qui implore Dieu de lui pardonner et de se réconcilier avec lui. Ce Psaume est une bonne transition pour la séance de hithbodédouth que certains pratiquent à l'issue du Tiqoun 'Hatsoth (dans un certain nombre de communautés, on omet le Psaume 20, les versets d'Isaïe et le Psaume 51 les jours où ne dit pas Ta'hanoun.)

Le Tiqoun Léah se poursuit avec le Psaume 126, Chir Hama'aloth, « Cantique des degrés : quand l'Éternel ramena les captifs de Tsion...», qui rappelle la joie de la rédemption des juifs de l'exil de Babylone et comprend une prière pour la future rédemption.

Vient ensuite le beau poème : « Mon fiancé est descendu dans son jardin», acrostiche alphabétique composé par Rabbi 'Haïm HaCohen. Il se présente sous forme de dialogue entre l'Assemblée d'Israël (le peuple juif) et son Fiancé (D-ieu) sur les thèmes de l'exil et de la rédemption. Rabbi Na'hman de Breslev appréciait particulièrement ce poème qui remue le cœur dans ses profondeurs (cf. La Sagesse de Rabbi Na'hman, #268).

On récite ensuite le premier chapitre du traité Tamid qui évoque la garde nocturne des prêtres dans le Temple, l'ouverture des portes du Temple au commencement de la journée, et le tirage au sort pour le premier service de la journée, la prise des cendres de l'autel (cf. Lévitique 6:1-6).

Le Tiqoun Léah s'achève par une prière sur la reconstruction du Temple, le renouvellement du service des Cohanim, des Lévites et des Israélites, et le rassemblement des exilés. Ceux qui ne peuvent pas réciter tout le Tiqoun 'Hatsoth peuvent choisir les parties qui leur semblent les plus significatives.

Après le Tiqoun 'Hatsoth

La durée de la récitation du Tiqoun 'Hatsoth dépend de ce qu'on se sent capable de dire : de quelques minutes à une demi-heure ou plus. On peut très bien se rendormir après avoir récité Birkath Hacha'har et Tiqoun 'Hatsoth. Nombreux sont ceux qui se lèvent pour 'Hatsoth et éprouvent le besoin de se rendormir après, afin de pouvoir s'occuper convenablement de leurs affaires le lendemain. Il est très bon de rester éveillé après 'Hatsoth pour prier et étudier la Tora, a condition toutefois que cela n'entrave pas l'emploi du temps du lendemain.

Cependant, pour ceux qui ont la force de rester éveillés pour méditer, prier et étudier, « une heure avant la lumière du jour est préférable à plusieurs pendant la journée » (Rabbi 'Haikeleh, Mémoires).

Hithbodédouth

« La nuit se divise en trois gardes... Le symbole de la troisième est la femme qui discute avec son époux » (Bérakhoth, 3a). La « femme », c'est l'Assemblée d'Israël, le « peuple juif » qui s'exprime dans une prière pour demander à son « Époux », le Saint béni soit-Il, tout ce dont elle a besoin (Maharcha, ad. loc.)

La paix et la tranquillité qui règnent après 'Hatsoth sont particulièrement propices aux prières personnelles. 

Rabbi Na'hman écrit à ce sujet : « Au milieu de la nuit, le monde se libère de toute contrainte matérielle. Pendant la journée, la plupart des gens sont occupés à la satisfaction de leurs besoins matériels, ce qui dérange beaucoup celui qui veut s'attacher et s'abandonner à D-ieu... Il convient de chercher un coin isolé et de s'y rendre la nuit pour y vider son cœur et son esprit de tous les problèmes matériels. Il faut veiller à éliminer un par un tous les mauvais traits de son caractère : en en choisissant un et en implorant de l'Éternel une aide pour le vaincre. On pourra s'occuper ensuite du suivant, jusqu'à les éliminer tous » (Liqouté Moharan I, 52)

Où ?

Pour la plupart des gens, le meilleur endroit pour prier après 'Hatsoth est un coin isolé dans la maison. Mais ceux qui habitent près d'un champ ou d'un parc peuvent préférer pratiquer hithbodédouth en plein air, au moins de temps à autre. Pour se préserver de tout danger, il vaut mieux sortir avec un ami ou deux. Chacun choisit alors un coin où la solitude et le silence de la nuit l'aideront à fouiller les replis les plus secrets de son cœur et à s'adresser à D-ieu dans la plus grande franchise et sincérité.

Ceux qui habitent en ville et ont peu d'occasions de sortir peuvent par exemple profiter de leurs vacances pour aller dans les champs pratiquer hithbodédouth. Ils vivront ainsi des moments spéciaux qui les émouvront profondément.

Comment ?

Pour la plupart, l'expérience d'offrir leurs propres prières en leur propre langage dans un coin privé ouvre de larges horizons spirituels. Les ouvrages « Épanchement de l'Ame », « La porte du Ciel », « Un pont très étroit » (chapitre 9) et « Sous la table » (chapitre 6), récemment publiés, traitent en détail de la pratique de hithbodédouth.

Pour d'aucuns, il n'est pas difficile d'ouvrir la bouche et de parler à D-ieu ; mais d'autres, qui se sentent au début la langue liée, peuvent préférer commencer par lire des prières composées par d'autres, telles que celles de Rabbi Nathan, le disciple le plus éminent de Rabbi Na'hman, recueillies dans son œuvre classique « Liqouté Téfiloth ».

L'essence de hithbodédouth est de « s'adresser à D-ieu et Lui parler de tout son cœur.» Rabbi Na'hman nous suggère : « recherche les bons points qui sont en toi et purifie-les de tout mal. Tu finiras par déverser ton cœur comme de l'eau devant D-ieu. C'est ce qui conduit véritablement à la joie. Tu seras ainsi en mesure de vaincre le pouvoir de tout désir matériel, de te rappeler constamment le monde futur et de ne jamais perdre de vue le but ultime de cette vie. » (Liqouté Moharan I, 54, fin)

L'hithbodédouth fait ainsi partie intégrale de la quête de la conscience élevée de D-ieu qui constitue, comme nous l'avons vu, le thème essentiel du Tiqoun 'Hatsoth. Cette quête faisant partie de la bataille livrée pour introduire la lumière dans les ténèbres de ce monde, il est inévitable que nous devions souvent confronter des obstacles, plus particulièrement des barrières intérieures. Pour les vaincre, Rabbi Na'hman préconisait de se servir de toutes sortes d'arguments et plaidoiries devant D-ieu.

Le Talmud dit : « Chantons en l'honneur de Celui qui se réjouit lorsqu'Il est conquis » (Pessa'him 119a). Il est des moments où tu devras même conquérir D-ieu. Tu peux penser que D-ieu te rejette à cause de tes fautes. Tu peux penser que tu n'accomplis pas encore Sa volonté. Malgré tout, sois fort, jette-toi vers Lui, tends tes mains vers D-ieu et supplie-Le d'avoir pitié et de t'accorder de Le servir. Il se peut que tu penses qu'Il te repousse, mais crie : « Peu m'importe ! Je veux encore demeurer juif !» C'est de cette façon que tu vaincras D-ieu (La Sagesse de Rabbi Na'hman, #69).

Pour nous « réveiller » spirituellement, nous devons éliminer en nous toute trace de négativisme et rechercher les bons points qui sont en nous. C'est là tout le but du Tiqoun 'Hatsoth.

Lorsque la torpeur du sommeil s'empare de l'âme du juif, elle menace de l'écraser complètement, que D-ieu nous préserve. À cause de ses péchés et ses imperfections, il court le danger d'une chute dramatique. C'est alors le moment de rechercher ses bons points... Quand sa conscience atteint son degré le plus bas – quand il prétend que « son pied trébuche » – à ce moment l'amour de D-ieu le soutient, le tire de son sommeil et lui donne son appui. C'est le concept de « se lever pour 'Hatsoth », heure où la conscience est la plus réduite. C'est précisément à ce moment qu'on doit se réveiller de son « sommeil », et surmonter ses échecs, en recherchant ses points positifs.

Ceux qui se lèvent régulièrement à 'Hatsoth peuvent toujours s'« éveiller » de leur « sommeil » à « minuit » – c'est-à-dire au moment où un profond sommeil spirituel menace de les engloutir ; ils sont susceptibles de chuter; toutes sortes de choses peuvent leur arriver... Qu'importe ! Ils peuvent encore émerger même des profondeurs de leur détresse personnelle. Le tout petit bien qu'ils trouvent en eux peut toujours les réveiller à leur « minuit » personnel (Liqouté Halakhoth, Hachkantath Haboqer 1, 15 ; cf. aussi Azamra, p. 43-44).


(Extrait du livre « L'appel de minuit » du Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

(Vous pouvez vous procurer le livre L'appel de minuit en cliquant ici.)