La sincérité

La sincérité

(Il s'agit de la septième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la sixième partie en cliquant ici.)

Le Tiqoun 'Hatsoth est assez long : doit-on alors le réciter en entier ? La réponse est fournie par le Choul'han 'Aroukh : « Il vaut mieux peu de prières récitées avec concentration, qu'un grand nombre récitées sans concentration.» (Ora'h 'Haïm, 1:4) C'est une phrase qui figure juste après la recommandation de se lamenter sur la destruction du Temple.

La Michna Béroura (ad. loc., #12) ajoute : « Si on ne récite que peu de prières pour des raisons indépendantes de sa volonté – soit parce qu'on se trouve dans l'incapacité de réciter de longues prières, soit parce qu'on a l'impression que de longues prières entravent la concentration – et qu'on ne récite par conséquent que quelques prières mais avec une grande concentration, c'est comme si on avait le temps de réciter toutes les prières avec le maximum de concentration.»

Ceux qui ne peuvent pas réciter tout le Tiqoun Ra'hel peuvent choisir les chapitres qui leur semblent les plus significatifs. Nous suggérons qu'ils commencent par un Psaume ou deux, peut-être Lamentations 5, et une ou Kinoth. (Les cinq Kinoth ont été ajoutées à la liturgie par la suite, et ne figurent pas dans la version du Tiqoun 'Hatsoth récitée par les communautés séfarades).

Comment doit-on lire le texte ? Le Tiqoun Ra'hel se récite traditionnellement sur l'air des Kinoth de Ticha' béav, qui éveille des sentiments de chagrin et de tristesse. Les versets des Prophètes sont également récités sur le même air plutôt que selon la mélodie biblique habituelle. Ceux qui veulent réciter le Tiqoun 'Hatsoth en hébreu, mais ne sont pas familiarisés avec l'air des Kinoth, peuvent soit improviser, soit lire les mots sans les chanter. Ceux qui ne comprennent pas l'hébreu, ou le lisent difficilement, feraient bien de lire le Tiqoun 'Hatsoth dans sa traduction.

L'essentiel, c'est d'être sincère. En lisant les mots, on devrait veiller à ressentir ce qu'ils expriment. Citant une fois un certain nombre de versets du Tiqoun 'Hatsoth : « Comment le saint Temple fut-il détruit ?...», « Combien de temps encore devons-nous nous écrier du fond de notre exil ?...», « Jusqu'à quand ?...», Rabbi Na'hman explique que ces prières ont l'extraordinaire pouvoir d'émouvoir le cœur (La Sagesse de Rabbi Na'hman, #268).

À un certain niveau, la liturgie de 'Hatsoth est une expression de la situation du peuple juif en exil tout au long des siècles. Certains pourront rattacher les paroles des prières à leur propre connaissance des épreuves et souffrances subies par les juifs pendant l'Holocauste par exemple ou à cause du terrorisme international actuel... À un autre niveau, le Tiqoun 'Hatsoth se rapporte à la destruction du Sanctuaire qui siège dans notre cœur et à notre exil spirituel personnel. Rabbi Na'hman écrit à ce sujet :

« La récitation du Tiqoun 'Hatsoth peut t'aider à épancher ton cœur et à exprimer tes sentiments les plus intimes à D-ieu, tout comme pendant hithbodédouth. Les prières de 'Hatsoth ne se réfèrent pas seulement au passé historique. Elles se rapportent tout aussi bien aux épreuves subies dans le présent par chaque individu. Une fois qu'on comprend cela, on peut y découvrir tous les conflits intérieurs et toutes les batailles qu'on livre contre le mauvais penchant.» (Liqouté Moharan II, 101).

Voici un exemple de la façon dont on peut « traduire » et appliquer le Tiqoun 'Hatsoth à sa situation personnelle. Il est écrit : «Ô D-ieu, des païens ont envahi Ta na'halah (héritage), souillé Ton Hékhal (Sanctuaire), et réduit Jérusalem en un monceau de décombres.» (Psaumes 79:1)

Les écrits mystiques enseignent que na'halah fait allusion au da'ath, notre connaissance et notre conscience de D-ieu ; Hékhal se rapporte à la bouche et Jérusalem au cœur. « L'esprit juif, le Temple, doit renfermer le Talmud (de Babylone et de Jérusalem), le Midrach, le Zohar, Choul'han 'Aroukh, etc... et ne pas accorder tout son intérêt à la sagesse des nations...

La bouche du juif, ou hékhal, doit chanter les éloges de D-ieu, réciter des mots de Tora et de prière, prononcer des paroles de bonté et de réconfort pour notre famille et nos amis... au lieu de proférer des calomnies et de médire. Le cœur du juif, Jérusalem, la sainte Cité, doit se remplir de l'amour et de la crainte de D-ieu...et ne pas le réduire en un monceau de décombres. (Rabbi Elyahou 'Haïm Rosen)

KiNoTh = TiQouN

Le Tiqoun 'Hatsoth étant une expression aussi déchirante de douleur et d'angoisse, il représente la meilleure façon d'évacuer son propre chagrin. La liturgie peut ainsi nous servir de guide dans notre introspection, nous aider à comprendre où nous nous sommes égarés de notre vraie mission et à nous repentir sur nos mauvaises actions. Pour corriger ce que nous avons à corriger, nous devons bien prendre conscience de la vérité de notre condition et exprimer notre affliction devant D-ieu. Ainsi, comme le fait remarquer Rabbi Na'hman, les lettres du terme KiNoTh (Lamentations) sont les mêmes que celles de TiQouN (réparation) (Liqouté Moharan I, 247).

Ce sont précisément nos lamentations sur les « flammes de feu » – ces passions matérielles qui nous détournent de notre véritable objectif, qui nous serviront à éteindre le feu. Le terme MiTABeL (endeuillé) se compose ainsi des premières lettres des mots « Lo Teva'arou Ech Bekhol Mochévotékhem – Vous ne ferez point de feu dans aucune de vos demeures.» (Exode 35:3) Ce sont nos larmes mêmes qui introduisent l'esprit rédempteur du Machia'h dans le monde !

« La terre n'était que chaos et dévastation... et les ténèbres couvraient la face de l'abîme.» (Genèse l:2. D'après le Midrach, ce verset fait allusion aux différents royaumes qui chassèrent les juifs en exil, occultant de la sorte la lumière de D-ieu et celle des Tsadiqim. « Mais le Souffle divin planait sur la surface des eaux » (ibid.). Le Souffle divin, c'est celui du Machia'h qui viendra tout rectifier. Mais comment aurons-nous le mérite d'y accéder ? Par nos larmes et nos lamentations sur la destruction du Temple. C'est pourquoi le Souffle divin – celui du Machia'h – planait sur la surface des eaux – c'est-à-dire sur l'eau de nos larmes, comme il est écrit : « Déverse ton cœur comme de l'eau...» (Lamentations 2:19). « C'est pourquoi je pleure ; mes yeux ruissellent de larmes, car celui qui me réconforte est loin de moi » (id. 1:16). »

« Nous devons pleurer et verser des larmes sur le fait que le vrai Tsadiq, qui doit nous réconforter, se trouve loin de nous. Nous mériterons ainsi d'accéder au souffle – l'esprit – du Machia'h, puis à celui de D-ieu. L'esprit du Machia'h viendra alors, planant au-dessus des eaux de nos larmes. Alors « l'Éternel dit : 'Que la lumière soit.' Et la lumière fut » – les flammes de feu seront éteintes et la lumière radieuse brillera. » (Liqouté Halakhoth, Hilkhoth Matsranouth, 4)

« Il est vrai que l'on doit exprimer par des actions extérieures nos lamentations sur la destruction du Temple, plus particulièrement pendant les Trois Semaines, où on met des cendres sur la tête à l'emplacement des Téfilines et où on s'assoit à côté de la porte jour et nuit pour réciter le Tiqoun 'Hatsoth. Néanmoins, l'essentiel, ce ne sont pas les actions extérieures, mais les sentiments que l'on ressent. On doit sentir son cœur brisé, verser des larmes amères, soupirer et se lamenter sur l'affliction du Ciel. Cela dépend du niveau personnel de connaissance et de perspicacité de son amour de D-ieu et de la pureté de son âme. »

« Nous sommes peut-être tombés aujourd'hui jusqu'à un niveau très bas, et nul ne peut comprendre ce que nous avons perdu, ce que nos péchés ont causé, et ce que signifie réellement l'« exil de la Chékhina ». Ce manque de connaissance et de sensibilité seulement devrait nous faire courber sous l'affliction. Néanmoins, chacun ne peut faire que ce qui est en son pouvoir. Imaginons un peu ce que nous ressentirions en voyant notre mère tout de noir vêtue, qui hurle de douleur : « J'ai mal à la tête ! J'ai mal aux bras ! J'ai élevé des enfants... et ils se sont révoltés contre moi !» Il faut fixer son esprit et son cœur sur des images aussi noires et déverser son âme... Nous aurons alors peut être le mérite de voir la consolation de Tsion et la reconstruction du saint Temple dans toute sa splendeur, au plus vite, de nos jours. » (Pelé Yoèts, Aleph)

« Qui se lamente sur Jérusalem, zokhéh véroéh, mérite de voir sa joie (Ta'anith, 30b, etc.). C'est un fait que toutes les facultés de l'homme suivent ses pensées. L'essence de l'homme se trouve là où sont ses pensées. Par conséquent, lorsqu'on entretient des Pensées saintes sur Jérusalem et qu'on se lamente sur elle, on empreint de Sainteté ses pensées et son essence même. Le terme zokhéh (mérite) dénote une notion de purification (de zakh, pur). Les lamentations sur Yérouchalaïm purifient ; alors, même de nos jours, on peut dans une certaine mesure avoir une idée de la joie qui régnera à Jérusalem dans les temps à venir. » (Qédouchath Lévi)

(Extrait du livre « L'appel de minuit » du Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

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