L'infirme (2)

L'infirme (2)

Ceci est la deuxième partie d'une des "Histoires de Rabbi Na'hman" : "L'infirme." (Pour lire la première partie, cliquez ici.)

Le démon qui avait raconté tout cela fut amené devant le roi (des démons) et il répéta son histoire. Le roi déclara : "Rendons au roi (de l'île) sa force." Le démon dit alors : "L'un d'entre nous n'avait pas de force et nous lui avons donné la force du roi (de l'île)." Le roi reprit : "Reprenons-lui cette force et rendons-la au roi !" On dit alors au roi (des démons) que le démon à qui on avait donné la force du roi était devenu un nuage. Le roi des démons donna l'ordre de convoquer le nuage et de l'amener. On envoya un messager à la recherche du nuage.

Alors, l'infirme qui avait assisté à toute la scène, se dit : "En route. Allons voir comment ces gens deviennent des nuages." Il suivit le messager et arriva dans la ville où se trouvait le nuage. Il demanda aux habitants : "Pourquoi y-a-t-il un nuage au-dessus de la ville ?" Ils répondirent: "En fait, il n'y a jamais eu de nuage au-dessus de la ville. Ce n'est que depuis quelque temps qu'un tel nuage recouvre la ville". Le messager arriva, appela le nuage et ils repartirent. L'infirme décida de les suivre pour entendre leur conversation. Il entendit le messager qui demandait :

"Comment se fait-il que tu sois devenu un nuage ?" L'autre lui répondit: "Je vais te raconter une histoire : II était une fois dans un pays, un sage. L'empereur du pays était un grand hérétique et il rendit tout le pays hérétique. Le sage convoqua tous les gens de sa famille et leur dit : "Vous voyez que l'empereur est un grand hérétique et qu'il a rendu tout le pays hérétique, ainsi qu'une partie de notre famille. Par conséquent, partons dans le désert afin de conserver notre foi en Dieu Béni-Soit-Il. Tout le monde fut d'accord.

Le sage prononça un nom divin qui les transporta dans un désert. Ce désert ne plut pas au sage alors il prononça un nom divin encore une fois. Ils furent transportés dans un autre désert qui encore ne plut pas au sage. Il prononça encore un nom qui les transporta dans un autre désert. Ce désert plut au sage, et il était à proximité des deux mille montagnes. Le sage entreprit de tracer un cercle autour de lui et de sa famille, afin que nul ne pût s'approcher d'eux.

Il existe un arbre. Si cet arbre était arrosé, il ne resterait plus rien de nous, démons. C'est pourquoi certains d'entre nous creusent continuellement, jour et nuit près de l'arbre, afin que l'eau n'arrive pas jusqu'à lui."

Le messager demanda au nuage : "Pourquoi faut-il être présent là-bas jour et nuit, et creuser ? Il serait suffisant de creuser une seule fois pour empêcher l'eau d'arriver !"

L'autre répondit : "II y a parmi nous des Bavards. Ces Bavards vont causer la guerre entre un roi et un autre. Il y a donc des guerres qui ont pour résultat de faire trembler la terre. Et la terre qui est autour des tranchées s'effondre et l'eau peut arriver jusqu'à l'arbre. C'est pourquoi il faut être présent là-bas et creuser en permanence.

Lorsque nous nous choisissons un roi, nous faisons les bouffons et nous nous réjouissons. L'un d'entre nous raconte d'un ton moqueur comment il a brutalisé un enfant et comment la mère se lamente. Un autre nous fait part de quelque farce. Il y a ainsi toutes sortes de farces. Lorsque notre roi est réjoui, il va se promener avec les princes du royaume et il essaye de déraciner l'arbre. En effet, si cet arbre n'existait plus, ce serait tout à notre avantage. Le roi fortifie son cœur afin de pouvoir déraciner l'arbre. Mais lorsqu'il arrive près de l'arbre, ce dernier pousse un grand cri. Alors, l'effroi s'empare du roi qui est obligé de rebrousser chemin.

Un jour, nous eûmes un nouveau roi, devant qui nous nous conduisîmes comme des bouffons. Il en fut fort réjoui et son cœur en fut tout revigoré. Il voulut déraciner l'arbre et il partit se promener avec les princes. Son cœur était fort et il courut pour déraciner l'arbre. Lorsqu'il arriva près de l'arbre, ce dernier fit entendre un grand cri. Le roi prit peur, recula, et entra dans une grande colère. Il regarda autour de lui et aperçut des gens qui étaient installés là. (C'était le sage et sa famille.) Il envoya ses gens s'occuper d'eux. (C'est à dire les tuer, comme c'est l'habitude des démons).

En les voyant, la famille du sage eut très peur. Alors que les démons approchaient, l'ancien (le sage) dit à sa famille : "N'ayez pas peur !" Cependant, les démons ne purent pas avancer à cause du cercle qui entourait le sage et sa famille. Le roi des démons envoya d'autres hommes, mais ces derniers ne purent pas s'approcher. Le roi en conçut une grande colère et s'avança en personne. Mais il ne put pas s'approcher. Alors, il demanda au sage de le laisser entrer.

Le vieillard lui répondit : "Puisque tu me supplies, je vais te laisser entrer. Mais comme il n'est pas convenable qu'un roi aille seul, je te laisserai entrer avec quelqu'un d'autre." Il fit une ouverture dans le cercle, ils entrèrent, et le sage referma le cercle.

Le roi demanda au vieillard : "Comment se fait-il que vous soyez installés sur mon territoire ?" Le sage répondit : "Pourquoi est-ce ton territoire ? C'est mon territoire !" Le roi répliqua : 'Tu n'as pas peur de moi ?" Le vieillard répondit :

"Non !" Le roi reprit : "Tu n'as pas peur ?" Puis il se mit à grandir démesurément et voulut avaler le vieillard. Ce dernier dit : "Je n'ai toujours pas peur de toi. Mais si je le désire, alors toi tu auras peur de moi." Et il partit réciter quelques prières.

De gros nuages se formèrent et le tonnerre retentit. La foudre tua tous les princes qui étaient venus avec le roi. Il ne resta plus que le roi et son compagnon, qui étaient entrés dans le cercle. Le roi supplia le vieillard de faire cesser le tonnerre. Le tonnerre cessa. Le roi dit alors au vieillard : "Puisque tu es cette sorte d'homme, je vais t'offrir un livre où sont répertoriées toutes les familles de démons. Il y a des Maîtres des Noms qui ne connaissent qu'une famille, et encore ils ne savent pas tout sur cette famille. Mais dans le livre que je vais te donner sont répertoriées toutes les familles. Elles sont toutes répertoriées pour le bénéfice du roi. Même ceux qui naissent sont répertoriés pour le roi."

Le roi envoya son compagnon chercher le livre. (Il se trouve que le sage avait eu raison de faire entrer le roi avec quelqu'un d'autre, car sinon, qui le roi aurait-il envoyé?) L'autre rapporta le livre. Il ouvrit le livre et vit qu'il renfermait la liste de myriades de leurs familles. Le roi dit au vieillard que les démons ne détruiraient jamais personne de sa famille. Puis il ordonna de faire apporter les portraits de tous les membres de la famille du vieillard. Même si quelqu'un naissait dans sa famille, on devait aussitôt apporter son portrait, afin que personne, dans la famille du vieillard, ne fût tué.

Plus tard, lorsque fut venue la fin de ses jours en ce monde, le vieillard convoqua ses enfants et leur transmit ses dernières volontés en ces termes : "Je vous confie le livre. Vous savez que j'ai le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Cependant, je ne l'ai jamais utilisé, car j'ai confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Vous non plus, ne l'utilisez pas. Même si l'un d'entre vous peut l'utiliser avec sainteté, qu'il n'en fasse rien. Qu'il ait seulement confiance en D-ieu Béni-Soit-Il." Puis le sage mourut.

Le livre se transmit par héritage et arriva dans les mains du petit-fils du sage. Le petit-fils avait le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Mais il avait confiance en D-ieu Béni-Soit-Il et il n'utilisa pas le livre, ainsi que le sage l'avait voulu.

Les Bavards, qui existaient parmi les démons, essayèrent d'influencer le petit-fils du vieillard : "Étant donné que tes filles sont déjà grandes, et que tu n'as pas les moyens de les nourrir et de les marier, utilise le livre." Mais il ne sut pas que les démons essayaient de l'influencer. Il pensait que c'était son cœur qui lui parlait ainsi. Il se rendit sur la tombe de son grand-père et dit :

"Ta dernière volonté fut que l'on ne fît aucun usage du livre et que l'on eût seulement confiance en D-ieu Béni-Soit-Il. Aujourd'hui, mon cœur me pousse à utiliser le livre." Son grand-père (qui était mort) lui répondit : "Bien que tu puisses te servir du livre avec sainteté, mieux vaut avoir confiance en D-ieu Béni-Soit-Il et ne pas se servir du livre. D-ieu Béni-Soit-Il t'aidera." Il obéit.

Un jour, le roi du pays où vivait le petit-fils du vieillard tomba malade. Il consulta des docteurs qui ne purent pas le guérir. À cause de la grande chaleur qui régnait dans le pays, les remèdes n'avaient aucun effet. Le roi décréta que les Juifs prient pour lui.

Notre roi déclara : "Puisque le petit-fils a le pouvoir de se servir du livre avec sainteté et qu'il n'en fait rien, accordons lui quelque faveur." Le roi m'ordonna de devenir un nuage dans le pays du roi malade, pour que le roi guérisse grâce aux médicaments qu'il avait pris et grâce à ceux qu'il prendrait encore. Quant au petit-fils du sage, il ne sut rien de tout cela. Et c'est ainsi que je suis devenu un nuage."

Tout cela fut raconté au messager par le nuage. L'infirme, qui les avait suivis, avait tout entendu.

Le nuage fut amené devant le roi qui ordonna de lui reprendre sa force et de la rendre au roi qui en avait été dépouillé pour avoir construit sur le territoire des démons.

On rendit donc sa force au roi et le fils, dont le père et la mère pleuraient sur le sort, revint. Il était tout affaibli, sans forces, car il avait été torturé. Il était très en colère à cause du sorcier qui l'avait tant fait souffrir. Il demanda à ses enfants et à sa famille de se tenir constamment à l'affût du sorcier.

Les Bavards partirent pour avertir le sorcier qu'on était à sa recherche et qu'il devait se protéger. Le sorcier inventa des stratagèmes et fit appel à d'autres sorciers connaissant beaucoup de familles de démons, afin d'être protégé. Le fils, ainsi que sa famille, fut très en colère contre les Bavards qui avaient dévoilé le secret au sorcier.

Un jour, des membres de la famille du fils et des Bavards prirent ensembles leur tour de garde auprès du roi. La famille du fils calomnia les Bavards. Le roi fit tuer les Bavards. Les Bavards qui restaient furent très en colère et provoquèrent une guerre entre tous les rois. La famine, la maladie, la désolation et les épidémies s'abattirent sur les démons. Il y eut de grandes guerres entre tous les rois. La terre trembla, s'effondra et l'arbre fut entièrement arrosé. Il ne resta plus rien des démons, comme s'ils n'avaient jamais existé. Amen.

"Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs(....) Il sera comme un arbre planté auprès des cours d'eaux (...) (Psaumes 1:1-3). Toute cette histoire fait allusion à ce psaume. Celui qui a des yeux verra et celui qui a un cœur comprendra ce qui se passe dans le monde.

Fin.