Le livre de l'Aleph-Beth (1)


Le livre Aleph-Beth de Rabbi Na'hman de Breslev est un recueil d'aphorismes sur les divers traits de caractère, aussi bien positifs que négatifs, ainsi que d'autres aspects de la vie spirituelle juive. Ce livre est classé par sujet selon l'ordre alphabétique et divisé en deux parties.

La première partie fut transcrite par Rabbi Na'hman dans sa jeunesse. Il sélectionna à partir de nombreux ouvrages sacrés, ces morceaux qui traitent d'éthique et de vertus. Ce recueil facilite en quelque sorte l'étude et donc l'application de ces traits, car on a devant les yeux le bénéfice de chacune des vertus et le préjudice qu'un vice peut entraîner. Rabbi Na'hman était capable, par sa subtilité et sa finesse inhérente, d'expliquer les paroles des Sages sur ces vertus. En déduisant une chose d'une autre, il savait apporter l'éclaircissement nécessaire aux versets de la Bible ou aux enseignements du Talmud.

La seconde partie ressemble à la première dans sa forme et sa structure et les aphorismes traitent en principe des mêmes sujets. Cependant la deuxième partie qui fut connue sous le nom du Nouveau Aleph-Beth, fut écrite plus tard et Rabbi Na'hman révéla qu'il se basait sur une compréhension plus profonde à partir des sources. En conséquence, les raisonnements d'un bon nombre de passages, ne peuvent être vraiment compris que s'ils sont étudiés dans leur contexte d'origine comme, par exemple, le Liqouté Moharan.

Rabbi Na'hman garda secret l'existence de ce Aleph-Beth jusqu'à son arrivée à Breslev en 1802. Il commença alors à dicter la première partie de ce livre à Rabbi Nathan. Lors de la transcription du manuscrit, Rabbi Na'hman sélectionna soigneusement seulement les morceaux qu'il désirait révéler au monde. Ceci expliquerait pourquoi il ne donna jamais à copier en entier les notes originales et aussi la raison pour laquelle les références existantes dans son manuscrit ne furent jamais retranscrites.

Ce n'est seulement après la première édition de 1811, publiée sans référence, que Rabbi Nathan décida d'y apposer les siennes en 1821 et que plus tard, le Rav de Tchérin les enrichissait du fruit de ses recherches dans l'édition de 1873-4. En 1908-9, les références de Rabbi Tsadok HaCohen furent enfin ajoutées, mettant un terme au travail d'investigation entrepris.

Rabbi Nathan commença à transcrire la première partie du texte durant l'été 1803, mais ne fut capable d'achever qu'une page et seulement un peu plus, trois mois plus tard. Après quoi, le travail fut interrompu pendant deux ans. Ce n'est qu'à Hanouka (1805) que Rabbi Nathan eut la possibilité de se trouver à Breslev pour un temps prolongé.

Pendant trois semaines consécutives, Rabbi Nathan passait une grande partie de ses journées avec le Rebbe, jusqu'à ce que la première partie du Aleph-Beth fût achevée. Voici ce que raconte Rabbi Nathan à ce sujet : "C'était une tâche très difficile pour le Rebbe [qui dictait chaque morceau soigneusement, pesant et analysant chaque mot]. Mais parce qu'il savait le grand bénéfice que les gens pourraient en tirer et, à cause de son amour pour le Peuple d'Israël, il se voua entièrement à cette entreprise."

Rabbi Nathan nous dévoile aussi que le Rebbe possédait un nombre aussi important de notes qu'il gardait secret et ne révéla jamais : parmi elles, plus de 400 pages ne concernaient que la guérison et la santé.

Pour ce qui concerne la deuxième partie du livre, ce n'est qu'avant Roch Hachana, que le Rebbe distribua quelques feuilles sur ce sujet à ses disciples. Comme Rabbi Nathan n'était pas présent à ce moment, il demanda aux 'Hassidim de les ranger par ordre alphabétique. Quand Rabbi Nathan arriva, on lui donna ces feuilles auxquelles Rabénou apposa quelques nouvelles additions. Il intégra ces nouveaux éléments au texte original afin de le compléter.

Répondant à l'insistance du Rebbe, il reprit les morceaux qui pouvaient s'appliquer dans d'autres traits de caractères et les incorpora là où ils conviennent. D'où les répétitions existantes. Ce que Rabbi Na'hman voulait par cela, c'était de faciliter la lecture à celui qui voulait mettre en pratique ses conseils et d'utiliser ce livre comme un manuel pratique pour avancer dans le monde spirituel et sacré.

Et pour reprendre les paroles de Rabbi Nathan : "Puisse D-ieu nous guider dans les voies de vérité et que Celui qui nous a donné le mérite de publier cet ouvrage, nous donne l'occasion d'accomplir ce qu'il contient jusqu'au retour de tout Israël sur sa Terre... Que ceci se produise rapidement et de nos jours. Amen."


La vérité – Emeth

1. Celui qui veut s'attacher au Saint béni soit-Il, jusqu'à pouvoir aller par la pensée d'un HeKhal (Palais) à un autre, en voyant ces Palais d'un œil spirituel, doit s'abstenir de proférer des mensonges, même par inadvertance.

2. Il est permis de déformer [la vérité] pour préserver la paix.

3. Ceux qui mentent ne méritent pas de voir la Présence divine (Chekhina).

4. Un Tsadiq (Juste) peut délibérément tromper ceux qui trompent les autres.

5. Tout celui qui ajoute retranche.

6. Le mensonge amène des pensées d'idolâtrie.

7. En s'attachant à la vérité, une personne ne mourra pas avant son heure.

8. Le souffle de la bouche d'un menteur réveille le mauvais penchant. Lorsque le Messie viendra, le mensonge n'existera pas et il n'y aura donc plus de mauvaises tentations.

9. Un homme de vérité peut reconnaître si un autre ment.

10. Lorsqu'une personne rencontre une opposition d'une majorité [d'hommes sages], c'est un signe qu'elle dit des mensonges. Elle fait partie des trois [types de personnes] que D-ieu hait.

11. La raison ne tolère pas la tromperie d'une personne riche et elle deviendra elle-même méprisable à ses yeux.

12. Le fait de donner la charité constitue un remède et une réparation pour la parole.

13. La vérité protège le monde de toutes sortes de préjudices

14. La flatterie entraîne le mensonge.

15. Celui qui donne la charité atteindra la vérité.

16. Le menteur déteste l'humilité.

17. On peut reconnaître par les serviteurs d'une personne si elle a un penchant pour le mensonge car l'un dépend de l'autre. Parfois ses serviteurs commettent des fautes à cause de ses mensonges, et parfois c'est elle-même qui ment du fait qu'ils ne se conduisent pas comme il faudrait.

18. Là où il n'y a pas de vérité, la générosité n'existe pas et l'on se trouve dans l'impossibilité de prodiguer le bien autour de soi.

19. Le mensonge empêche la rédemption. Il dévoile les péchés de celui qui le dit afin qu'il ne trouve pas le salut.

20. La vérité sauve de tous les malheurs.

21. Il est préférable qu'un homme meure plutôt que de vivre et être considéré comme un menteur par les autres.

22. Là où se trouve la vérité, se trouve la paix.

23. Celui qui est loin de la vérité est loin de la charité.

24. La vérité protège le signe de l'Alliance.

25. En disant la vérité, une personne gagne une notoriété éternelle.

26. Lorsqu'un mari et sa femme s'habituent à dire des mensonges, leurs enfants deviendront rebelles et immoraux.

27. Un homme ment quand il a peur des autres.

28. Le mensonge fait que l'on oublie D-ieu.

29. Celui qui n'a pas confiance en D-ieu, débite des mensonges et en mentant, il lui est impossible de croire dans la vérité.

30. Plus une personne est éloignée de la vérité, plus elle considère celui qui s'écarte du mauvais chemin comme un fou.

31. Celui qui veut s'éloigner du mal, doit faire le fou quand il voit qu'il n'y a pas de vérité dans le monde.

32. Celui qui ne profère pas de mensonge. D-ieu le sauve au moment de détresse. Il méritera aussi d'avoir des enfants.

33. Les paroles vaines amènent les maladies qui affectent les enfants.

34. Celui qui est attaché aux choses vaines, perd la mémoire.

35. Le mensonge amène à l'immoralité et renforce les impies [dans leurs voies] afin qu'ils ne reviennent pas à D-ieu.

36. À cause de ses mensonges, une personne ne peut pas guérir, même si elle prend de nombreux médicaments.

37. Celui qui débite des mensonges, devient fou et meurt au fil de l'épée.

38. La crainte de D-ieu amène un homme à la vérité.

39. Celui qui se garde de mentir sort toujours victorieux.

40. Il est permis de déformer [la vérité] pour être sauvé.

41. Celui qui aime le mensonge, méprise le Tsadiq et il sera méprisé à son tour.

42. Celui qui débite des mensonges se perd.

43. Celui qui dit la vérité ne dira pas des paroles de médisance. Ses prières sont aussi agréées et lorsqu'il est jugé En Haut, on tient compte de ses mérites.

44. Un homme peut savoir, d'après ses rêves, si son cœur est vrai [et sincère] avec D-ieu.

45. Celui qui tient sa parole peut accomplir de grandes choses.

46. Celui qui n'est pas orgueilleux ne proférera pas des paroles mensongères.

47. Celui qui se garde de la frivolité et de la moquerie est sûrement un homme de vérité.

48. Celui qui était menteur dans sa vie antérieure, sera réincarné en gauche.

49. Celui qui fait attention à toujours dire la vérité est considéré comme s'il avait créé le ciel et la Terre, les mers et tout ce qu'ils contiennent.

50. Le mensonge ne s'applique que sur ce que l'on parle, mais pas sur ce que l'on écrit.

51. On trouve dans la Tora, les Prophètes et les Sages des exagérations (cf. 'Houlin 90b) [où certaines choses n'ont pas leur sens réels (cf. Rachi ad. Loc.).]

B

1. Les gens ne croient pas celui qui dit des mensonges et il peut devenir veuf plusieurs fois.

2. L'unité de D-ieu est révélée par la vérité.

3. Quand tu vois un menteur, sache que son guide spirituel est aussi un menteur.

4. Le mensonge conduit une personne à l'immoralité et au crime. Il fait aussi trébucher les gens droits dans de telles choses et leur montre des ''permissions'' dans la Tora.

5. Celui qui tient parole, peut abaisser les hautains et élever les humbles.

6. Un homme dont les paroles reflètent les idées de son cœur, n'a pas peur d'être noyé.

7. La vérité engendre la satiété.

8. La diarrhée et la constipation viennent du mensonge.

9. C'est la vérité qui amènera la rédemption finale.


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