À la veille de la 2ième Guerre mondiale, près de 300 000 Juifs vivaient dans la région de Lublin.

Haut lieu de la tradition et de la culture juive pendant trois cents ans, cette région fut la terre natale de nombreux Tsadiqim, comme Mordechai Joseph Leiner d’Izbica, Chaim Israël Morgenstrn de Pulawy ou Motele Rokeach de Bigoraj. C’est aussi de Bilgoraj que provenait la famille des plus célèbres écrivains juifs : Israël Joshua Singer et Isaac Bashavis Singer.

L’octroi de la chartre municipale date de 1317 et la première mention de la commune juive en 1336. En 1435, Casimir Jagellon accorda aux juifs le privilège du commerce libre et en 1523, l’égalité des droits avec les bourgeois, en contrepartie de leur contribution à la construction des fortifications.

En 1568, la division totale des deux communautés s’opéra, car la ville juive venait de recevoir le privilège de non tolerandis Christianis. Cet isolement dura jusqu’au milieu du XIXe siècle, de sorte qu’il est permis de parler de présence juive dans les limites de Stare Miasto (Vieille Ville) seulement à partir de 1862.
Un centre intellectuel important
Lublin jouait le rôle d’un centre intellectuel. Des académies talmudiques et des imprimeries hébraïques l’avaient élue pour siège. Les écoles de Ya'aqov ben Yehuda ha-Levi Kopelman,Chalom ben Joseph Chachna et Shlomo ben Yechiel Louria, surnommé Maharchal, appartenaient aux établissements supérieurs les plus célèbres de Lublin au XVI e siècle.

Les imprimeries les plus importantes étaient celles de Kolonymos – dès 1578 – et Kalmen et Levi – dès 1630-  qui éditaient des livres de prière et des ouvrages talmudiques. De 1580 à 1725, la ville devint le centre principal, à côté de Jaroslaw, de l’autonomie juive. C’est ici aussi que l’on convoquait la Diète des Quatres Terres (Waad Arba Aracot).

La chute du pays fut, pour les Juifs de Lublin, le commencement d’une terrible période. Pendant la guerre de 1655, les troupes de Bohdan Chmielnicki brûlèrent le quartier juif et 2 000 juifs périrent. En souvenir de cet événement, les Juifs de lublin font un jeûne spécial jusqu’au milieu de la veille de Soukkot .

La fin du XVIIième siècle apporta des querelles religieuses : d’abord, en 1670, le grand anathème fut jeté sur Sabataï Tsvi et ses adeptes. Ensuite, vint une longue période de schisme provoquée par la naissance du 'hassidisme et le développement autour du Tsadiq Ya'aqov Isaac ha-Levi Horovitz appelé le Hozé – celui qui voit – de Lublin. 42 000 Juifs (31% de la population) habitaient à Lublin à la veille de la IIième Guerre mondiale.

Cette grande communauté éditait son journal : Lubliner Tugblat. Elle avait également ses organisations sportives (Samson, Hapoel, Makkabi), ses théâtres d’amateurs, ses partis politiques (notamment le Bund avec Bela Shapiro) et des syndicats forts. Les relations avec les Polonais étaient correctes, même s'il faut insister sur l’isolement mutuel. Après 1945, on recensait 4 553 survivants ; en 1990 il ne restait que 45 juifs.

La visite de Lublin juive devrait idéalement commencer par la porte Grodzka.

C’était par là que l’on accédait à la ville juive : la Jérusalem de Pologne ou Mère d’Israël. Au delà du château, c’était un monde juif qui s’étendait, avec aux fenêtre desquelles les bougies de Chabbat s’allumaient.

Avant la guerre, le quartier composé des rues de Cyrulicza, Furmannska, Jalececzna, Kowalska, Krawiecka, Mostowa, Nadstawna, Podzamcze, Ruska et Szeroka était le cœur du Lublin Juif. Les Juifs ont drainé les marais autour du château de sorte que, bientôt, il fut ceint de l’ancien quartier juif, – appelé aussi cité juive. Le vaste square au pied du château a été tracé en 1950.

L’avenue Tysiaclecia conduit au Vieux cimetière Juif. La shul Maharchal fut érigée en 1567. Les Allemands la détruisirent en 1942.

Il existait deux synagogues : au rez-de-chaussée, la synagogue Maharchal et au premier étage, la synagogue Maharam, qui pouvait accueillir au total 3 000 personnes. Le mur en était légèrement arrondi à cause du cours de la rue Jateczna.

Jusqu’au XIXième siècle, c’est dans le vestibule que les coupables condamnés par le Beth-Din (tribunal rabbinique) purgeaient leur peine. La prière quotidienne se déroulait dans une petite pièce près du vestibule.

Dans l’entre-deux-guerres, les soldats juifs du VIIIième régiment des Légions, priaient là et chantaient devant la synagogue le célèbre chant patriotique : Boze, cos Polske (Dieu qui as protégé la Pologne depuis des siècles…). En face de la synagogue de Maharchal se trouvait celle de Kahal.

Les autres synagogues célèbres de Lublin étaient Laïfershul au 12 rue Podzamcze, la belle Kotlarshul au 2 de la rue Szeroka et la Beitmidrash de Rebbehassidique, dans la cour de la maison du Hozé de Lublin, au 28 de la rue Szeroka.

Aujourd’hui il n’en reste plus aucune trace.

À suivre...

Chantal Maas