Shabbat, c'est aussi ça…

Se rendre compte de ses faiblesses et de ses addictions, de ses difficultés à maintenir l'équilibre quand la Terre reprend ses droits et tremble. C'est marcher sur un fil barbelé et trébucher parfois, jusqu'à tomber sur les pointes. C'est ouvrir son coeur encore plus et pleurer face à la réalisation et à la prise de conscience.

C'est se relever quoi qu'il arrive et vouloir prendre des engagements en assumant son imperfection, en se disant que, lentement, timidement, presque maladroitement, les choses finiront bien par prendre leur place.

C'est être face à soi-même, dans sa plus intime totalité. C'est arriver à voir de plus en plus clairement des cordes qui jusque-là étaient encore invisibles et vouloir s'en détacher au fil du Temps.

C'est un juste retour des choses à celui qui pense maîtriser, à celui qui est ancré dans ses habitudes (autant dans ses infractions que dans sa sage observance et le respect de chaque loi), à celui qui croyait avoir fait résonner chaque note comme il le fallait… Il restait bel et bien un bémol ou peut être même un dièse à une note piquée.

C'est une belle leçon d'humilité mais en aucun cas une pression sur soi, encore moins une épreuve insurmontable. C'est un jour de libération, de profonde communion et il est loin d'être facile de se sentir libre et heureux quand encore emprisonné dans un corps, au fond, si étranger.

C'est une expérience particulière, une course contre la montre avec son alter-ego-ennemi dans laquelle il vaudrait mieux arriver le dernier. Pas si simple de contrer l'impact des rotations de la Terre, des planètes et des astres environnants.

Je les vois rire au loin et me rapproche afin de saisir la lame de leurs paroles aiguisées.

"Tu vois, tu commences à te rendre compte du poids des restrictions que tu t'imposes. Aujourd'hui tu trébuches d'un pied, demain des deux, après-demain tu chuteras et tu finiras par ramper. Et puis tu y trouveras tellement de confort que tu ne voudras même plus te relever. Tu seras privée de la vue du si beau Ciel que tu aimais contempler. Il n'y aura plus que la Terre et sa poussière, tu seras devenue Humaine trop Humaine et tu ne voudras même plus du Sable, ni de l'Éternel Feu de Camp."

"Tu voudras juste disparaître, fondre six pieds sous Elle et rejoindre le Magma en fusion. Tu exploseras de frustration et de rage mais il sera trop tard, le Confort t'auras bien trop conforté, réconforté. Tu seras tellement choyée dans ce foyer opaque que tu en oublieras même que le Volcan a fini par s'éteindre. Tu ne te rendras même plus compte de ton nouvel état, prisonnière de la roche, tellement tu seras libre de graviter ou non, de jouer comme bon te semble, n'importe quelle note, n'importe quel accord, consenti ou non, côtoyant et se mélangeant à n'importe quelle altération. Ce n'était pas ça que tu voulais, une Symphonie ? Dissonante, je le conçois mais tellement moderne, tellement…"

Reprendre ses esprits et lancer un "terne" accusateur et à la fois libérateur.

Le corps recouvert de plaies, à présent refermées, et de cicatrices presque étincelantes; embrasser son imperfection et se remettre en route vers ce qui nous fera autant pleurer de joie que de tristesse parfois, car un être qui pleure, ne l’oublions pas, est une âme vivante… Cheminer et presque danser, accepter pleinement le rythme de notre court passage Ici-bas. L’aimer plus fort que tout, comme jamais, sublimer chaque battement.

Il y en aura toujours qui se réjouiront de nos chutes et voudront nous offrir des ersatz de liberté en nous rendant esclaves de la facilité, tout ça pour briller de normalité bercée d'hypocrisie et déguisée d'animalité.

Dans ma tête, plus qu’un cri…

Non ! Leurs chimères ne m'auront pas ! Ils n'auront pas raison de ma Neshama.

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