Une personne qui consomme des laitages n’a pas le droit de placer de la viande sur la même table. Ou bien le contraire, une personne qui consomme de la viande, n’a pas le droit de placer des laitages sur la même table. Ceci par décret de nos maîtres.

Ce décret est expliqué de 2 façons différentes dans les Posqim (décisionnaires) :

Selon Rachi, ce décret a pour but d’empêcher que la viande et les laitages ne se touchent et qu’on en arrive à les consommer ensemble.

Selon le Rambam, ce décret a pour but d’empêcher que l’on ne mange par inadvertance, aussi le plat de viande ou de laitage se trouvant sur la table.

Cependant, on enseigne dans la Guemara ‘Houlin (107b) que cet interdit ne concerne que 2 personnes qui se connaissent et qui mangent à la même table, l’un de la viande et l’autre des laitages. Dans ce cas, nous craignons effectivement que le fait qu’ils se connaissent entraîne que l’un en arrive à consommer du plat de l’autre.

Mais s’il s’agit de 2 personnes qui ne se connaissent pas, par exemple, 2 clients d’un hôtel qui mangent à la même table, il n’y a pas d’interdit à ce qu’ils mangent à la même table, l’un de la viande et l’autre des laitages, car dans ce cas, il n’y a pas tellement à craindre que l’un en arrive à manger du plat de l’autre, puisqu’ils ne se connaissent pas.

Même 2 personnes qui se connaissent, même s’ils sont membres de la même famille, peuvent manger à la même table, l’un de la viande et l’autre des laitages, à la condition qu’ils fassent un signe distinct, par exemple en mangeant chacun sur une nappe différente (ou sur un set différent) ou bien en plaçant sur la table un objet qui n’a pas sa place habituellement sur la table, par exemple un morceau de pain si ni l’un, ni l’autre ne consomme de pain dans ce repas, ou bien aussi une bouteille qui ne sert pas à ce repas.

L’objet doit être en tout cas, assez haut pour être vu facilement. Mais il ne faut pas se contenter d’un objet de petite taille, comme une bague, car on peut facilement ne pas y porter d’attention.

Ces 2 personnes qui se connaissent et qui mangent ensemble à la même table, l’un de la viande et l’autre des laitages, même si par nature, ces personnes ne supportent absolument pas que l’on consomme de leur assiette, ce qui, dans ce cas, pourrait les autoriser à consommer sans placer quoi que se soit sur la table, ces personnes doivent, malgré tout, placer un signe distinctif, car nos ‘Hakhamim ont considéré que le risque persiste même dans cette situation.

Si 2 personnes consomment, l’un de la viande et l’autre des laitages, mais sur une très grande table, de sorte qu’elles sont très éloignées l’une de l’autre, au point où personne ne peut accéder à l’assiette de l’autre en tendant le bras, elles peuvent manger ainsi sans placer de signe distinctif.

Il est évident que tous ces Dinim (lois) sont valables même pour une personne qui mange seule. Il est interdit, même quand on mange seul, de placer sur la même table, de la viande et des laitages et cela même en plaçant un signe distinctif, car dans le cas d’une personne seule, il y a à craindre que la personne retire le signe distinctif et consomme par inadvertance. Ce qui n’est pas le cas lorsque l’on est accompagné d’une 2ème personne, puisque même si l’on en arrive à retirer le signe, l’autre personne nous rappelle de ne pas le retirer.

Cependant, si la 2ème personne ne mange pas avec la 1ère, mais qu’elle reste simplement présente lors du repas, on peut lui demander d’être « chomer » (surveillant), dans le but de rappeler la personne à l’ordre au cas où elle en viendrait à retirer le signe distinctif et avec ces 2 conditions - le chomer et le signe distinctif - même une personne seule peut manger de la viande sur une table où il y a des laitages ou le contraire.

On ne peut pas demander à un enfant (en dessous de 13 ans pour un garçon et en dessous de 12 ans pour une fille) d’être chomer (surveillent), car on ne peut se fier à sa surveillance pour ce qui est de risquer de consommer des interdits alimentaires.

Nous en déduisons que nous ne pouvons pas non plus manger à la même table qu’un enfant, quand nous mangeons de la viande et lui des laitages ou le contraire et cela, même avec un signe distinctif. Car il faut toujours 2 conditions : un signe distinctif et une personne fiable pour nous rappeler à l’ordre. Or, un enfant n’est pas fiable dans ces situations.

Bien qu’il y a des opinions halakhique qui tolèrent la surveillance d’un enfant sur ce Din et selon ces opinions, il serait permis de manger à la même table qu’un enfant, quand nous mangeons de la viande et lui des laitages ou le contraire. Cependant, le Gaon Rabbi Yits’haq Yossef chelita écrit qu’il y a lieu d’être ma’hmir (rigoureux) sur ce point.

Il n’y a donc que 2 possibilités pour manger à la même table qu’un enfant qui mange des laitages et nous de la viande, ou le contraire :

- En mangeant sur 2 tables différentes ;

- En mangeant sur la même table en plaçant un signe distinctif, mais en demandant l’assistance d’un autre adulte.

Halacha Yomit

Dédié à la guérison de Meïr ben Amélie

Rav Ovadia Yossef