Question : Accomplit-on la mitswa de « Tu raconteras à ton fils » le soir du Séder, même lorsqu’on enseigne le miracle de la sortie d’Égypte à ses filles ou bien la mitswa n’est accomplie que lorsqu’on raconte exclusivement à ses fils ?

Réponse : Au sujet de la mitswa d’enseigner aux enfants le miracle de la sortie d’Égypte le soir de Pessa'h, il est dit dans la Tora : « Tu raconteras ton fils.» C’est pourquoi nous avons l’usage de laisser les enfants poser les 4 questions et le père répond à chacun selon ses capacités intellectuelles, en leur racontant le miracle de la sortie d’Égypte, que ce soit par la lecture de la Haggada, ou en ajoutant d’autres éléments.

Mais en réalité, on peut se poser la question si l’essentiel de cette mitswa s’accomplit aussi avec des filles, car il est tout de même écrit explicitement dans la Tora « Tu raconteras à ton fils », ce qui sous entend que les filles ne sont pas incluses dans cette mitswa. Mais il y matière à dire que le terme employé par la Tora n’est pas un terme exhaustif mais uniquement un terme approprié au contexte traité dans une Paracha précise.

Notre grand maître le Rav z.ts.l. s’est longuement étendu sur ce sujet dans son livre Chouth 'Hazon 'Ovadia (chap.21) et il cite une preuve selon laquelle les filles sont également incluses dans cette mitswa.

En effet, le Teroumath Ha-Dechen écrit qu’il est interdit de donner une matsa nouvelle à un enfant la veille de Pessa'h, afin que la matsa soit quelque chose de nouveau pour l’enfant et que l’on puisse dialoguer avec lui du sujet de la matsa (comme nous le disons dans la Haggada : « Je ne parle que du moment où la matsa et le maror sont placés devant toi.»)

Le Maguen Avraham ajoute sur les propos du Teroumath Ha-Dechen qu’il en est de même pour une petite fille, afin que la matsa soit pour elle aussi une chose nouvelle le soir du Séder. Nous pouvons donc en déduire que les filles sont elles aussi concernées par la mitswa de « Tu raconteras à ton fils.»

Notre maître ajoute une preuve supplémentaire à partir de la Guemara Pessa'him (116a) où il est enseigné que si l’enfant est intelligent, c’est lui qui posera les questions et c’est le père qui y répondra. Si l’enfant n’est pas intelligent (ou n’a pas la capacité intellectuelle suffisante pour poser les questions), c’est la femme qui les posera.

Cette Guemara prouve donc que lorsque la Tora dit : « Tu raconteras à ton fils », cela ne vient pas exclure les filles, mais au contraire, elles sont elles aussi incluses dans cette mitswa, car lorsqu’un homme n’a pas d’enfant en mesure de poser les questions, c’est à sa femme de le faire.

Nous en déduisons donc que l’essentiel de la mitswa réside dans le fait de raconter la sortie d’Égypte à ses fils ou à ses filles ou à son épouse. 

En conclusion : Les filles sont également incluses dans la mitswa de « Tu raconteras à ton fils » et il faut leur raconter de façon la plus détaillée l’histoire de la sortie d’Égypte, afin d’accomplir la mitswa ordonnée par la Tora pour cette nuit là. 

(Halacha Yomit)

Dédié à la guérison de Manuel ben Sara

Rav Ovadia Yossef, z.ts.l.