Pas facile pour un conjoint quand il voit son autre « moitié » changer de point de vue spirituel tous les quatre matins.

J’ajouterais que.. pas facile pour son vis-à-vis de devoir chaque fois se justifier, donner des éléments sans trop, parler sans dire, vivre sa vie en solo avec pour seul vis-à-vis…… Hachem Lui-même. C’est déjà pas si mal, non ?

Lorsque je me suis retrouvée, propulsée d’une certaine manière, dans le noahisme, ça a été un choc pour lui. En fait, je me demande s’il est au courant même si choc il y a eu. Du jour au lendemain, je ne suis plus allée au culte le dimanche matin. Ce fut peut-être le plus difficile pour lui car c’était « sa » demi-journée et là il a fallu la partager.

Un autre choc pour lui, a été lorsque j’ai soutenu Israël dans tous les commentaires télévisés, pas toujours très objectifs, j’irais même jusqu’à dire, jamais objectifs. Mais évidemment, « sa » réponse a été « pourquoi eux ne seraient-ils pas objectifs et toi tu le serais ? » Comment justifier cela ? J’ai essayé, il a acquiescé mollement en disant que tout de même, tous ses palestiniens dont ils ont pris la terre, ça ce n’est tout de même pas inventé.

Du coup, j’ai fait comme d’habitude, j’ai fini par me taire.

Nos chemins spirituels ne vont pas, mais alors pas du tout dans le même sens. Mais au moins il me respecte dans ma différence, il nous est même arrivé d’en parler le jour de mon anniversaire, au restaurant. On n’allait tout de même pas se disputer au restaurant, surtout le jour de mon anniversaire ! Donc j’en ai profité.

Et finalement, à part le sujet Israël, sur les autre sujets, nous finissions par être plutôt d’accord. Il faut dire que, en langage populaire « je mets beaucoup d’eau dans mon vin ». Pas envie de manger la soupe à la grimace, pas envie de réflexions désagréables, juste envie de vivre en relative harmonie. Parfois je me demande si j’ai raison mais j’opte pour le chalom baÿt. Et si nous devons vivre encore 20 ans ensemble, autant que ce soit dans de bonnes conditions.

Alors statut quo. On ne parle que de ce sur quoi on est d’accord, autrement dit, pas de Dieu, pas d’argent. Mais ça va.

Évidemment, mes rêves s’effondrent. J’aurais tant voulu aller en Israël, ce ne sont pas les occasions qui manquent. Mais là où l’un des deux a toujours peur que la terre lui manque, là où il anticipe toujours sur ce que nous ferions si un jour on avait des besoins importants, comment lui demander de m’accompagner en Israël ? Oui, si j’y vais ce sera « avec » lui et non « sans » lui. Et puis, quel plaisir y trouverait-il ? Il faudrait un miracle, un très gros miracle. Mais je ne désespère jamais.

Il y a aussi la lecture du matin.

Étant donné que lorsqu’ « il » est là, il m’est, d’une part, impossible de m’enfermer dans une pièce, tout simplement parce que nous n’avons aucune pièce fermant à clef, et, d’autre part, dès qu’il ne me voit pas de trois minutes il me cherche partout, je me dois de me lever à l’aube pour avoir une heure minimum de lecture de la Paracha, des Psaumes, de prière, en étant certaine de ne pas être dérangée.

Parce que, lorsqu’il s’absente dans la journée, il a systématiquement quelque chose d’urgent à me demander, donc le téléphone va à coup sûr sonner dès qu’il a tourné le coin de la rue. Ou alors il a oublié quelque chose et il revient.

Mais 5 heures du matin parfois c’est difficile, pourtant je le fais coûte que coûte, à une demi-heure près dans un sens ou dans l’autre. Évidemment, pas question de suivre un quelconque enseignement en fin de journée, cela peut être frustrant, ça l’est mais je m’adapte.

Tout cela peut paraître bien compliqué. Mais finalement, ma vie n’est pas un cauchemar. J’ai décidé une fois pour toutes de privilégier la paix familiale et je m’y tiens.

Oui, je jongle un peu mais j’y parviens. Lorsque mon mari est à la maison, je suis à la maison. Donc il ne pâtit pas je pense de ma vie avec Hachem. J’aurais pu choisir la liberté. Mais je n’y songe même pas, je regarde ses qualités et je me dis qu’il ne mérite en aucune façon, un rejet de ma part. Et puis je me dis que Hachem connaît mes besoins et qu’Il pourvoit à toutes choses. Je Le laisse guider ma vie et je Lui fais confiance. Si je suis ici, aujourd’hui et dans les conditions qui sont les miennes, je suppose qu’Il a ses raisons.

“Il faudra se forcer à être heureux car la tristesse affaiblit et la joie renforce.” Rabbi Na'hman de Bresslev.

Dédié à la guérison de David fils de Ruth

Zoé Salet, Bath Noa'h