(Ceci est la neuvième partie d'un texte rédigé par le Rav Israël Salanter. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

La peur matérielle tire son énergie des sens, c'est-à-dire d'un niveau de conscience très bas, de l'âme animale. Cette peur va empêcher le niveau le plus élevé de conscience qu'est l'Âme divine (le supra-mental) de se révéler par le moyen du libre-arbitre. Cette peur animale développée par les sens va s'épancher dans toutes les parties du corps qui va empêcher le niveau de conscience suprême qui est le siège du libre-arbitre de se réveiller.

La perfection totale est que ce niveau de pure conscience prenne le contrôle de ces niveaux de conscience animale jusqu'à pouvoir contrôler par le moyen du libre-arbitre, les peurs et toutes les pulsions animales de l'ordre du réflexe.

Par contre cette crainte du Ciel est complètement spirituelle, déconnectée des chemins de préhension matérielle. Les sens ne sont pas le moyen d'amener cette notion spirituelle à l'esprit. Ainsi, tant que notre conscience animale, cet ego issu de notre mental, sera le principe fondateur de notre réflexion, il n'y aura aucune possibilité de réveiller cette peur complètement spirituelle.

À force de repli sur soi, de prise de conscience de plus en plus réelle, d'un ressenti du plus profond de nous-même, une conscience supérieure un supra-mental qui se diffuse dans tout notre corps et même au-delà, englobant tout notre corps, une sorte "corps astral" qui va se fondre dans tout le cosmos, alors cette impression de Direction divine de tout l'univers se dévoilera comme un rideau qui se lève pour révéler les trames qui composent cet habit qu'est la matérialité.

Ainsi se développera une véritable peur qui envahira le corps de l'homme mais d'une manière consciente qui sera un véritable travail du libre-arbitre et au contraire au lieu que la peur domine le libre-arbitre, c'est le libre-arbitre qui va générer cette peur car elle vient de la pure conscience qui est elle-même complètement spirituelle et non issus des sens.

C'est ce que Rabbi Yo'hanan ben Zakaï dit à la fin de sa vie à ses élèves : "Que soit la peur du Ciel sur vous aussi présente que la peur de l'homme." Cela n'est pas chose facile. Pour cela, il faut développer un niveau de conscience exceptionnelle pour que cette crainte envahisse tous nos sens physiques.

(Ci-dessous est une interprétation libre des paroles du Rabbin Israël Salanter).

En fait nous apprenons que cette quête de la Crainte divine n'est pas un travail à faire sur notre nature animale car elle n'est pas programmée pour être une des composantes des pulsions émises par le cœur comme toutes les sortes de peur qui sont générées par le cœur au contact de ce monde matériel. L'homme est séparé complètement d'elle. Elle est éloignée de ses reins.

Comment pourra-t-elle apparaître dans l'âme de celui qui la recherche ? Son appréhension ne peut se faire par une construction mentale et une logique intellectuelle car c'est un courant qui se projette du haut vers le bas et non du bas vers le haut. Tout n'est que Bonté divine, cadeau du Ciel.

Il est connu que cette Crainte divine dans ce monde a pour but de récompenser l'homme au final et lui faire hériter la félicité et la douceur de l'éternité. Jouir de la Proximité divine. Car c'est cela le salaire de la crainte. Le Dévoilement divin. Celui-ci ne venant que lorsque l'homme aura peiné afin d'accéder à la véritable Tora et aura accompli les mitswoth telles qu'elles doivent être accomplies.

Pour cela, D-ieu a placé cette énergie qui se libère par le libre-arbitre de l'homme afin que ses actes soient reliés et soient sous le contrôle de sa conscience et de sa volonté sans aucune contrainte et attirance vers une tendance préétablie qu'elle soit bonne ou mauvaise afin que son choix vers le bien soit complètement indépendant et ainsi mériter son salaire.

En fait cette conscience qui va ressentir cette Présence divine est issue de notre libre-arbitre qui lui est issu de cette Crainte divine.

Cependant puisque D-ieu a placé Ses lois et Ses jugements afin de donner à l'homme selon ses mérites, le salaire et la punition, si cette crainte du Ciel et la peur de la punition avaient été implantées dans le cœur de l'homme dès sa naissance, alors instinctivement sans passer par le processus du libre-arbitre, cette crainte empêcherait automatiquement de faire le mal et instinctivement l'homme s'engouffrerait dans les chemins du bien et de la droiture.

Cette nature viendrait en contradiction totale avec le principe du libre-arbitre et par cela viendrait empêcher le salaire de se répandre sur l'homme : c'est-à-dire le développement de cette conscience et par cela, ne pourrait ressentir la Présence divine.

D-ieu qui est la source de la bonté infinie, a fait en sorte que l'homme ait ce libre-arbitre complètement indépendant le rendant libre de ses actions afin de lui donner son salaire entier.

Suite...

Dédié à la guérison de Yossef ben Sarah

Rav Israël Salanter