(Ceci est la septième partie d'un texte rédigé par le Rav Israël Salanter. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

En vérité pourquoi cette crainte des cieux et la peur du châtiment ne sont-elles pas gravées dans le cœur de l'homme croyant ? Donc, sans aucune peine et sans aucun labeur, se réveilleraient ces pulsions car elles seraient en tant qu'héritage, patrimoine génétique, comme toutes les pulsions du corps qui sont devenues des instincts dans notre système nerveux et qui se réveillent sans aucun acte conscient comme la respiration et la foi !

Cette peur qui viendrait envahir le cœur, qui viendrait l'embraser sans possibilité de l'éteindre qui descendrait de l'âme jusqu'à la chair. De ce feu principe de la création qui n'est que 1/60ème de l'élément "feu" spirituel.

Lorsque nous savons que D-ieu scrute l'homme à chaque moment et qu'au bout du compte, il va se tenir devant Lui pour être jugé d'un jugement redoutable et que malgré cela, toutes ces vérités n'agissent pas sur ses sens et qu'il ne ressente aucune peur du ciel et de terreur de la punition dans son cœur, alors que va rajouter la peine qu'il va développer pour acquérir cette crainte ? Dans tous les cheminements d'acquisition d'une sensation telle que la peur, une fois qu'elle est intégrée dans l'esprit, elle se réveille automatiquement.

Exemple: traverser une route ; un enfant ne connaît pas les dangers au fur et à mesure qu'il grandit, il va éduquer son esprit aux dangers de cette route jusqu'à ce qu'à la fin, cette peur de la route va se transformer en instinct qui va se réveiller automatiquement sans avoir besoin de passer par un acte conscient. Alors pourquoi cette éducation de l'esprit ne marche pas à propos de la crainte des cieux et de la punition ?

À quoi sert ce dur labeur si cela ne va pas éduquer l'esprit ? Il faut donc comprendre que la crainte des cieux et de la punition ne s'acquiert pas ainsi. Alors comment s'acquiert-elle ? Où mettre notre peine et notre labeur pour réveiller cette crainte et cette peur ?

Il y a quelque chose d'extraordinaire dans la création de l'homme. Voici que les cheminements naturels qui réveillent la peur sont différents et s'inversent selon les caractères innés des hommes ; cela dépendra de sa constitution génétique. Certains ont une capacité à être très réceptifs à la peur (le moindre bruit réveille en eux cette peur) et certains, naturellement, ne ressentent aucune peur même au rugissement d'un lion.

C'est uniquement lorsqu'ils comprendront que le danger est proche, qu'alors leur esprit développera automatiquement ce sentiment de peur en sécrétant de l'adrénaline comme nous l'enseignent nos sages : "Le sage, ses yeux sont dans sa tête." Par son raisonnement, il peut arriver à prévoir l'avenir et ainsi s'éloigner des dangers. "Et l'imbécile dans l'obscurité, se déplace." Il s'empêche d'ouvrir les yeux et ferme son esprit pour ne pas réfléchir. Il ne voit plus et ne comprend pas ce qu'est le mal jusqu'à ce que le piège soit étendu à ses pieds.

Ainsi est l'idée dominante : les chemins qui mènent à la crainte des cieux et à la peur de la punition seraient les mêmes que ceux qui mènent à la peur physique des accidents que génère ce monde qui selon la qualité et la tendance naturelle de la personne et selon sa connaissance des sciences naturelles, va être proportionnellement développée.

Même si la qualité de la crainte des cieux est très faible et sans commune mesure ni comparaison avec les autres chemins menant aux peurs viscérales des accidents de ce monde, il aurait été logique que celle-ci se reconnaisse et se différencie selon les qualités de l'homme, s'il est intelligent ou idiot, craintif de nature ou bien courageux.

Avec grand étonnement, nous voyons par expérience que la crainte des cieux n'a aucun point commun avec les chemins de la crainte sécrétée par le corps de manière naturelle. Elle n'est pas générée par les pulsions naturelles et les qualités physiques de l'homme et ni par les sentiments diffusés par le cœur et ni par des raisonnements intellectuels et philosophiques. Pour cela, il n'y a aucune différence entre le sage et l'idiot, ni entre le craintif de nature ou le courageux. Car tout un chacun aura la sensation que tout va bien dans sa vie spirituelle.

Suite...

Dédié à la guérison de Daniel ben Ra'hel

Rav Israël Salanter