(Ceci est la sixième partie d'un texte rédigé par le Rav Israël Salanter. Afin de lire la partie précédente, cliquez ici.)

Nous avons appris que la crainte et la peur de la punition est une clef servant à ouvrir la porte extérieure qui mène au trésor que sont la Tora et le Service divin.

Mais où se trouve cette clef ? Il est évident qu'elle est extrêmement bien cachée ; elle ne peut se laisser attraper facilement. Elle est introuvable et inaccessible, cachée des yeux de tout le monde. Personne connaît l'endroit où elle se trouve. Car en fait, le cheminement pour arriver à la crainte des cieux et la peur de la punition est unique en son genre.

Cette peur est différente des autres peurs que le corps génère comme la peur des hommes ou des animaux ou même du vide, du noir ou de l'inconnu. Car ces peurs sont des peurs naturelles que l'esprit et la raison comprennent et acceptent. Voici que par la connaissance et le raisonnement, la peur est gérée. La peur arrive automatiquement et les sens agissent d'eux-mêmes sans aucune volonté propre de notre être profond.

Dans tous les recoins du cœur, sera ressenti cette peur et cette terreur. Tel est le processus. Les sens perçoivent des signaux extérieurs qui sont envoyés au cerceau. Celui-ci va traduire ces signaux en pulsions qui vont être dirigées vers le cœur qui va les transformer en sensations de peur. Bien que l'homme ait la force de contenir cette peur, de la dominer et ainsi malgré elle, d'agir avec courage, elle est toujours présente.

La nature elle-même de la peur, l'homme n'a aucun pouvoir de l'arrêter et aucune sagesse ne pourra l'éteindre des recoins de son cœur car ce n'est que la résultante des émotions émises par le corps par l'intermédiaire des sens.

Cependant, les chemins de la crainte de D-ieu et de la peur de la punition ne sont pas les mêmes. Car cette crainte n'est pas une crainte matérielle donc elle ne peut être générée par le corps automatiquement et n'est pas intégrée dans les fonctions de cette fabuleuse machine qu'est le corps humain.

La confiance, la connaissance et les chemins de la logique ne pourront être les véhicules qui amèneront la Crainte divine et la peur de la punition au plus profond de son être dans les recoins de son cœur et les sens ne seront d'aucune utilité pour réveiller cette peur. L'homme sait, connaît et est certain que D-ieu scrute tous ses faits et gestes et rien n'est caché de ses yeux et que toutes ses actions seront passées sur le fil du jugement.

Pourtant, est-ce que cette connaissance, ce savoir et cette confiance en D-ieu agissent-ils sur l'homme pour le réveiller et diffuser en lui cette crainte du Ciel et cette peur du châtiment? Force est de constater que non.

La raison est que cette crainte des cieux qui se diffuse par la puissance de la croyance et des raisonnements de l'esprit n'est pas une pulsion naturelle que les sens peuvent développer. La crainte des cieux ne se perçoit pas par les sens. Ni la peur du jugement. Même la peur de la mort ne peut pas être perçue par les sens car la matière a cette sensation d'être éternelle.

Même au moment de la faute, la peur ne s'emparera pas de lui. Même lorsqu'il accomplira une mitswa, la joie spirituelle n'envahira pas les recoins de son cœur et il ne se réjouira pas du salaire qui plus tard lui sera accordé pour l'accomplissement de la mitswa, de même, il ne sera pas triste par la perte de ce salaire.

Il faut que l'homme mette une attention soutenue de tous les instants, qu'il développe une conscience permanente, qu'il peine à rechercher la Crainte divine, la sagesse et le travail sur les instincts "pulsioniques". Arriver à développer une conscience permanente qui diffuse continuellement cette crainte dans son esprit qui alors va se propager dans tout son corps et prendre possession de ses sens et ainsi ressentir crainte et terreur de même qu'amour et envie de cette richesse qu'est le monde spirituel.

Au lieu que nos sens soient le moteur de nos émotions, moteur naturel, cette conscience va prendre le contrôle de notre esprit qui va diffuser cette crainte et cet amour de D-ieu dans tout notre corps et envahir nos sens. Comme ce que la lecture du "Chém'a" nous enseigne: "Écoute Israël, Avaya est notre D-ieu, Avaya est Un."

Une fois que ma conscience vit cette réalité qu'est l'unité d'avec le Divin, qu'il n'y a rien d'autre que sa réalité, alors il est écrit: "Tu aimeras D-ieu." L'amour de D-ieu pourra se déverser sur tout mon corps et envahir mes sens et prendre ainsi le contrôle de ce corps.

C'est ce qui est fait allusion dans cet enseignement de nos Sages : "Tout est dirigé par les cieux sauf la crainte des cieux." Celle-ci ne peut se développer que par une prise de conscience phénoménale de notre réalité pour ainsi déverser cette crainte sur notre corps. La clef de la Crainte divine se trouve dans le développement de cette conscience qui va diriger l'esprit.

Suite...

Dédié à la guérison de Myriam bath 'Haya

Rav Israël Salanter