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(Si certaines personnes placent D-ieu au centre de leur vie, d'autres mènent encore la vie des nations du monde. Entre la volonté du Ciel et notre désir de vivre entièrement comme nous le souhaitons, le cœur de chacun d'entre nous balance le plus souvent. Ce qui suit est la deuxième lettre d'un échange fictif de courrier entre deux amis : Naftali et Benyamin. Si l'un de ces amis a fait téchouva, l'autre reste éloigné du mode de vie juif. Cet échange s'inspire de l'ouvrage : « Dix-neuf lettres » écrit par le Rav S.R. Hirsch, sans prétendre correspondre à la pensée du Rav Hirsch.)

Cher Benyamin,

Je te remercie pour ta lettre. Je suis très excité à l'idée d'être en contact avec toi par l'intermédiaire de ces quelques feuilles écrites à la main. De nos jours, tout le monde communique par email, téléphone, texto... et les lettres sont devenues des objets de l'antiquité ! Ainsi, j'apprécie le temps que tu prends pour partager avec moi tes idées ; surtout, ne crois pas qu'elles m'aient choquées, même si je ne les partage pas.
Un passé commun
Avant tout, je te rappelle que nous avons le même passé et que nous avons fréquenté les même écoles. Aussi, le chemin que j'ai pris depuis quelques années est sans doute très différent du tien – et de celui de la majorité de nos amis de lycée – mais sache qu'il est ouvert à tous et à toutes. La condition essentielle pour envisager de l'emprunter est la réflexion et un minimum de recul par rapport au monde dans lequel nous vivons.

La réflexion à laquelle je fais référence a été le fruit de mes constations à l'époque où je partageais avec toi les amphithéâtres de l'université. Voilà ce qui m'avait étonné : chaque personne choisissait son avenir professionnel en fonction des statistiques (à propos du taux de chômage), des salaires envisagés (dans telle ou telle profession), des chances d'admission (dans les programmes universitaires)... Où se trouvait les grands idéaux et les grandes questions que l'homme est censé se poser sur son existence et sur son passage en ce monde ?

C'est pour cette raison que je fréquentais à cette époque – comme tu me le faisais souvent remarquer – un nombre important d'élèves du département de philosophie. Voici les personnes qui se posaient les questions dignes d'intérêt. Cependant, j'étais insatisfait avec leur attitude face au fait religieux et la quasi totale opposition qui était la leur face à tout ce qui touchait au spirituel. « Pour quelle raison » me demandais-je, « s'opposer aussi fortement à quelque chose que nous ne connaissons pas vraiment ? »

C'est avec une grande naïveté que j'avais fait la suggestion à un professeur de nous enseigner les rudiments des religions de ce monde. Quelle ne fut pas son étonnement, qu'il ne pouvait d'ailleurs pas cacher sur son visage ! Pourtant, je persiste à penser qu'il eut tort de refuser ma proposition. Pour quelle raison devrions-nous apprendre un tas de choses, à l'exception des religions ? Cela ne concerne-t-il pas l'espèce humaine et ce, depuis la nuit des temps ?

Je dois te dire une chose importante. Si je parle de la façon dont je parle et si je pense de la façon dont je pense, cela n'est pas dû au fait que je sois religieux. Plutôt, je suis devenu religieux parce que je me suis mis à penser de la sorte, chaque jour un peu plus. Voici ce que j'attends de toi : que tu accordes à la personne qui vit dans l'émouna (foi) la même force et puissance intellectuelle que celle qui vit en dehors de l'émouna.

Trop souvent, les gens pensent qu'être croyant revient à être stupide, simplet, peu éduqué... Quelle insulte à l'intelligence des gens de foi et quel orgueil de leur part ! J'espère que tu ne fais pas partie de ces individus infréquentables et détestables. Le respect de l'Autre est le minimum que l'on est en droit d'attendre pour établir une relation saine entre deux personnes.

Suite...

Dédié à la guérison d'Amram ben Cathy

David-Yits'haq Trauttman