(Si certaines personnes placent D-ieu au centre de leur vie, d'autres mènent encore la vie des nations du monde. Entre la volonté du Ciel et notre désir de vivre entièrement comme nous le souhaitons, le cœur de chacun d'entre nous balance le plus souvent. Ce qui suit est la première lettre d'un échange fictif de courrier entre deux amis : Naftali et Benyamin. Si l'un de ces amis a fait téchouva, l'autre reste éloigné du mode de vie juif. Cet échange s'inspire de l'ouvrage : « Dix-neuf lettres » écrit par le Rav S.R. Hirsch, sans prétendre correspondre à la pensée du Rav Hirsch.)

Cher Naftali,

Quel plaisir de t'avoir vu et parlé ! Cela faisait plusieurs années que je n'avais pas eu de tes nouvelles et la vision de ton visage m'a réellement rempli de joie. Même si l'heure à laquelle je devais me rendre à l'aéroport a interrompu rapidement notre conversation, tu ne peux pas imaginer à quel point le sujet de notre discussion a soulevé mon intérêt et tout l'espoir que je mets en ta promesse de rester en contact avec moi, malgré nos différences.

Un ami nouvellement religieux !
Je t'ai fait part de mon étonnement devant ta nouvelle façon de vivre. Deux amis ne doivent-ils pas être francs l'un envers l'autre ? Tu a mis ma tendance naturelle à la tolérance à rude épreuve. Je ne m'attendais pas à te voir habillé en juif religieux ! Tes vêtements noir et blanc, ta barbe d'un autre âge, les bénédictions que tu fais sans compter... que de changements avec le Naftali que je connaissais il y a quelques années !

Est-ce la même personne avec laquelle j'avais fait le tour d'Europe en camping et en autostop ? Je n'ai eu le temps que de poser les questions qui brûlaient mes lèvres : « Depuis quand as-tu fait téchouva ? » ; « Pourquoi un tel changement dans ta vie ? » ; « Qu'en pensent tes parents ? » Etc.

Tu n'avais pas le temps de me répondre et c'est pour cela que je suis impatient de recevoir ta réponse. Dans ta gentillesse, tu m'as laissé porter les nombreuses accusations que je formule régulièrement à l'encontre du judaïsme et que mes lectures universitaires m'ont permis de développer avec encore plus de précision. Quelle est ma surprise de constater une telle différence entre ce que j'ai lu – et lis encore – et tes idées sur la vie ! Tu ne me sembles pas avoir bénéficié des avantages de la culture générale et de l'érudition des plus grands intellectuels de ce monde.

Tu n'as pas eu le temps de dire grand chose. Après m'avoir écouté, tu as simplement dit : « Crois-tu sincèrement que tu comprends tout ce que tu dis ? Penses-tu réellement connaître le judaïsme et la profondeur de ses concepts ? As-tu étudié honnêtement ce que j'ai étudié avant de te faire une telle opinion de ce sujet ? » J'ai senti que tu avais de nombreuses autres questions, mais le temps pressait.

Tu as pu m'expliquer que ma connaissance de la religion de nos parents puisait sa source dans les écrits d'auteurs qui s'y opposent. « Que peux-tu attendre d'eux ? » t'es-tu exclamé ! Tu a également relevé l'attitude généralement négative à l'encontre des religions de la part des médias. Tu m'as rappelé combien l'attitude violente de certains musulmans – au nom de l'islam – porte une ombre épaisse sur les notions spirituelles. Je suis le premier à penser que les religions sont la cause des guerres, conflits et luttes de notre époque. Le conflit israélo-palestinien n'en est-il pas une preuve irréfutable ?

Certes, j'ai été obligé d'admettre que je possédais peu de connaissance du judaïsme. Je t'ai demandé sans honte de m'enseigner ce que tu sais. Je sais que si tu es resté mon ami, tu te feras un devoir de m'aider à aiguiser mes idées, si cela est possible sur un sujet qui me paraît tellement démodé. C'est avec enthousiasme que j'attends tes conseils, tes idées et ton avis sur le sujet.

C'est à cet instant – et tandis que je t'ouvrais mon cœur – qu'il a fallut que je te quitte. « Je t'écrirai ! » fut tout ce que je pus te dire. Ainsi, mon cher Naftali, tu as instillé le doute sur mon propre choix de vie, mais sans l'implanter suffisamment pour que je pense véritablement devoir changer mon style de vie. Tes questions ont peut-être touché un point sensible de ma pensée, j'imagine avec difficulté les réponses que tu pourras me donner pour me faire changer d'avis.

Suite...

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