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Ahmed,

Devenir musulman est bien différent de se convertir au judaïsme.

J'ai lu avec attention votre longue et détaillée explication à propos de l'importance – selon l'islam – à favoriser la conversion à cette religion. Je comprends votre volonté de rapprocher le plus grand nombre de personnes du Créateur et la facilité qui est déployée afin d'arriver à cet objectif.

J'ai tout de même été surpris en apprenant qu'il suffit de prononcer deux phrases pour devenir musulman. Si je vous ai bien compris, aucune connaissance est requise, aucune rencontre ou discussion avec une personne experte en islam est demandée. Pour reprendre votre expression : « Seule, et en face de son ordinateur, une personne peut lire sur son écran ces deux phrases et elle deviendra musulmane. »

Il en va autrement pour devenir juif : 1) Les personnes qui désirent se convertir sont dissuadées de le faire et 2) Se convertir est un processus qui dure plusieurs années pendant lesquelles une étude intense est demandée au candidat.

La raison pour cette attitude est simple : 1) En devenant juive, une personne annonce au Maître du monde qu'elle prend sur elle de respecter les nombreux commandements écrits dans la Tora (il y en a 613 !).

En sachant qu'une conversion est définitive, il est important de ne pas mettre la personne dans une situation où elle pourrait regretter par la suite de s'être convertie et abandonnerait éventuelle la pratique de ces commandements. Si cela se produisait, elle serait coupable aux yeux d'Hachem car elle aurait acquis le statut de « juif ». Il me semble que c'est faire preuve d'amour – à l'égard de cette personne – de lui offrir la possibilité de réfléchir à deux fois avant de prendre une telle décision.

D'autre part, comment se convertir à une croyance religieuse sans en connaître auparavant les principaux aspects ? Se convertir n'est-il pas embrasser avec ferveur et joie les commandements du Créateur. Mais si une personne ne connaît pas ces commandements, qu'embrasse-t-elle ? Comment peut-elle être certaine qu'elle les pratiquera ?

En ce qui concerne votre deuxième affirmation – selon laquelle aucune autre religion ne donne autant d'importance à la connaissance que la religion de l'islam – je suis également surpris. Le peuple juif n'est-il pas appelé le peuple du Livre ?

Une des raisons est que l'étude de la Tora – jour et nuit et toute la vie – reste l'idéal de la vie juive. Le peuple du Livre mérite son nom en étudiant la nombreuse littérature qui est à sa disposition : la Tora, le Talmud, les textes de loi, les Midrachim, la kabbale pour certains... En fait, l'étude est tellement importante que chaque juif prononce cette phrase dans la prière du matin : « L'étude de la Tora équivaut à l'ensemble de tous les autres commandements. »

Loin de moi l'idée de penser que les musulmans n'étudient pas leurs textes sacrés. Cependant, penser que c'est l'islam qui accorde le plus de place à la connaissance est pour le moins erroné. On peut penser également qu'il est curieux de vouloir s'attribuer un titre d'excellence qui ne peut que rabaisser la valeur de l'Autre. N'est-il pas plus sage de dire que « la recherche de la connaissance tient une place prépondérante » dans l'islam ?

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David-Yits'haq Trauttman