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Il aimait la Terre d'Israël... Il aimait tellement cette terre.

Lorsqu'il était venu y habiter – à l'âge adulte, déjà – il avait reçu un véritable choc. Chacun de ses pas, chacune de ses respirations étaient de véritables miracles. Lui qui se sentait si peu de chose en ce monde avait le mérite de vivre sur la véritable terre des juifs. La seule que le Maître du monde leur avait donnée. À chaque instant, il essayait de réaliser son privilège.

Depuis son arrivée en Eretz Israël, son amour pour cette terre avait chaque jour grandi encore plus. Il ne manquait aucune occasion pour partager sa passion avec les personnes qu'il croisait : les membres de sa famille bien sûr, mais aussi ses amis, ses contacts professionnels et même les inconnus qu'il rencontrait de temps en temps et avec lesquels il pouvait échanger quelques mots.

Au fil des années – et sans qu'il y prête réellement attention – son âme l'avait rapproché des juifs qui partageaint le même amour pour cette terre... et qui y vivaient le plus souvent. En même temps, il se sentait de plus en plus différent de ceux qui n'avaient pas développé le même discours à propos de cette belle terre.

Son deuxième amour – la Tora – le faisait s'identifier au peuple juif et partager un grand nombre de points communs avec ceux qui respectent ses commandements et ceux de nos Sages. Vivre pleinement le Chabath, prier à n'en plus finir, tirer une immense satisfaction en réalisant qu'on suit la Volonté divine... Tous ces aspects primordiaux de la vie d'un juif qui essaie chaque jour de se rapprocher d'Hachem, il les connaissait très bien.

Un jour, il rencontra un rabbin – homme très apprécié pour sa gentillesse et son savoir – avec lequel il discuta... de la Terre d'Israël. L'image était belle : deux âmes juives qui vivent en Eretz Israël discutent de la Parole divine. Peut-on rêver donner un plus grand plaisir au Créateur ? Pourtant, notre ami sentait que la chimie merveilleuse de cette rencontre ne faisait pas naître en lui ce sentiment unique qui aurait pourtant dû surgir, celui de « Ahavath Israël », l'amour à l'égard de chaque juif.

Après quelques minutes de discussion, la situation devint plus claire. Le blocage – car c'est bien de cela dont il s'agissait – venait de l'usage d'un mot employé par le rabbin : à propos d'une âme juive vivant en Eretz Israël, le rabbin décrivait cela comme : « une bonne chose ». Diantre, notre ami attendait plus ! Cela n'était-il donc pas une mitswa ? Ne s'agissait-il pas d'un commandement de D-ieu ?

À sa réaction, le rabbin répondit que selon le livre de base qui guide la vie juive – le Choul'han 'Aroukh – vivre en Terre d'Israël est certes une bonne chose, mais que le mot « mitswa » n'était pas utilisé. Le rabbin pouvait-il donc créer de toutes pièces une mitswa qui n'existe pas selon le Choul'han 'Aroukh ?

Cela fit déborder la goutte et notre ami quitta la discussion. Le point commun qui devait faire naître un amour sans fin entre ses deux âmes – la volonté de chacune de suivre les commandements d'Hachem – avait buté sur la conviction de l'une de respecter la parole du Choul'han 'Aroukh ; en d'autres termes, ce qui devait les rapprocher les avait séparés.

Qu'il fut regrettable qu'une idéologie – étrangère au Choul'han 'Aroukh – puisse séparer deux âmes juives ! Qu'il est dommage qu'un concept contraire au Choul'han 'Aroukh puisse avoir frayé son chemin dans l'esprit d'une âme juive et y tenir une si grande place, plus grande même que le Choul'han 'Aroukh !

Qu'il est ennuyeux qu'on puisse aimer la Terre d'Israël encore plus qu'une âme juive, même lorsque les deux s'attachent à suivre la volonté du Maître du monde !

Dédié à la guérison de Gad ben Sabrina

David-Yits'haq Trauttman