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(Il s'agit de la sixième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la cinquième partie en cliquant ici.)

Comme nous l'avons vu, selon la littérature mystique, l'idéal pour un juif est de dormir pendant la première moitié de la nuit et de se réveiller pour prier et étudier la Tora après 'Hatsoth. Cependant, en pratique, il est très difficile – sinon impossible – pour la plupart des gens de fixer leur emploi du temps de façon telle qu'ils puissent le faire régulièrement. Cela ne doit pas nous empêcher de réciter le Tiqoun 'Hatsoth.

Rabbi Na'hman de Breslev, qui insiste tellement sur l'importance du Tiqoun 'Hatsoth, ne cesse d'apprécier tout geste destiné à rapprocher le juif de D-ieu. Pour la plupart des gens, il est plus facile de réciter Tiqoun 'Hatsoth vers la fin du jour, avant de se coucher. Cela est naturellement bien plus valable que de ne pas réciter du tout le Tiqoun 'Hatsoth.

Ceux qui se sont couchés et désirent se lever pour le Tiqoun 'Hatsoth doivent se laver les mains selon la procédure rituelle. Ils doivent aller aux toilettes, se laver le visage et se laver de nouveau les mains à la sortie de la salle de bains (ceux qui ont l'intention de se remettre au lit après leTiqoun 'Hatsoth peuvent le réciter même dans leurs vêtements de nuit). Ceux qui ont l'intention d'étudier la Tora après 'Hatsoth doivent réciter les bénédictions sur la Tora, et les bénédictions du matin s'ils le désirent (voir l'article prochain à propos des halakhoth.)
Tiqoun Ra'hel et Tiqoun Léah
Même ceux qui se sont familiarisés avec le concept du Tiqoun 'Hatsoth ont tendance à l'associer aux lamentations sur la destruction du Temple. Ce n'est toutefois qu'un aspect du Tiqoun 'Hatsoth, qui se divise en deux parties. La première, connue sous le nom de Tiqoun Ra'hel, se compose en fait essentiellement de lamentations. Cependant, la seconde, Tiqoun Léah, se compose de Psaumes, d'éloges de Dieu, d'aspirations et de nostalgie à la Divinité.

Nos mères, Ra'hel et Léah, ont accédé à des niveaux si élevés de Sainteté que leurs noms dépeignent certains aspects de la Chékhina. En général, Léah représente l'aspect de la Chékhinaqui diffuse un flux constant de Bénédiction divine pour faire subsister la création dans son ensemble, indépendamment de la conduite des êtres humains. En revanche, Ra'hel reflète cet aspect de la Chékhina qui influence le cours du monde conformément à l'action des hommes. Quand les gens suivent les commandements de D-ieu, ils peuvent aider à révéler la Divinité ; dans le cas contraire, la Divinité se retire et la Chékhina va en « exil ».

Le thème central du Tiqoun Ra'hel est donc celui des lamentations sur l' « exil de la Chékhina ». C'est pourquoi on ne le récite pas les jours qui ont un caractère de fête, où la Sainteté supplémentaire du jour nous élevé au-dessus des lamentations sur l'exil. C'est ainsi qu'on ne récite pas Tiqoun Ra'hel le Chabath et les jours de fête, Roch 'Hodech'HanoucaPourim et les jours où on ne récite pas les Ta'hanounim, alors qu'on récite ces jours-là le Tiqoun Léah qui a pour thème les éloges de D-ieu et les aspirations à la Divinité...
Tiqoun Ra'hel
À l'origine, ceux qui récitaient le Tiqoun 'Hatsoth commençaient avec des signes évidents de deuil. Le Pri Ets 'Haïm parle ainsi de « mettre des cendres sur la tête, là où l'on pose les Téfilines..., d'ôter ses chaussures, d'aller vers la porte [allusion à la Chékhina, porte des mondes célestes] et de s'asseoir par terre comme un endeuillé [il faudrait mettre un drap ou un petit coussin, etc... pour éviter de s'asseoir à même le sol]. On doit baisser la tête vers le sol, en versant à profusion des larmes et en se lamentant sur la destruction du Temple sur le fait que la Tora a été brûlée et que ses secrets ont été livrés aux forces profanes.» (Pri Ets 'HaimCha'ar Tiqoun 'Hatsoth, 3).

Toutefois, nombre de ceux qui de nos jours récitent le Tiqoun 'Hatsoth ne suivent pas ces pratiques, et le disent debout ou assis sur une chaise. « Il est plus important de se lever pour réciter les prières du Tiqoun 'Hatsoth et se concentrer sur les mots que de s'intéresser aux coutumes supplémentaires qui y sont associées », disait un des grands dirigeants de la dernière génération des 'hassidé Breslev qui, pendant plus de soixante ans, s'était levé sans faillir pour'Hatsoth (Rabbi Elyahou 'Haïm Rosen, 1899-1984)
La prise de responsabilité
Le Tiqoun Ra'hel commence par la confession de nos péchés. C'est qu'il ne s'agit pas seulement de l'exil du peuple juif, mais celui de tout juif à titre individuel. Pour réparer le monde, il convient auparavant de se corriger. Si la Rédemption signifie l'introduction de la lumière de la Tora dans notre vie, la première question qui se pose est : qu'ai-je fait pour cela jusqu'à présent ?

Dans la tradition juive, la confession des péchés ne vise pas à accabler l'individu d'une sensation de culpabilité. Se confesser, c'est examiner sa conduite soigneusement et dans le calme à la lumière des enseignements de la Tora. Dans la mesure où nous nous en sommes éloignés, nous devons honnêtement le reconnaître et en prendre la pleine responsabilité. Nous devons essayer de comprendre les effets négatifs du péché et regretter nos fautes. Ne nous laissons toutefois pas abattre ; ne désespérons jamais. Notre contrition doit renforcer notre détermination à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ne pas récidiver.

« Nous devons nous repentir et pleurer sur nos péchés et défauts, proportionnellement à leur gravité. Ce sont eux qui ont fait « pleurer » la Chékhina et retiré du monde la lumière radieuse de la spiritualité. D-ieu prend alors pitié de nous et remplace EpheR, les cendres de la destruction, par PéER, la gloire de la reconstruction. » (Likouté HalakhothHilkhoth Arba'ah Minim, 1:2.)

Le Tiqoun Ra'hel se compose d'une sélection de Psaumes et de Kinoth, poèmes de lamentations traitant tous de la destruction du Temple et des tragédies du peuple juif en exil. Le premier Psaume (137) « sur les fleuves de Babylone » évoque la destruction du Temple et la Tora brûlée. Il est suivi du Psaume 79, qui pleure la mort des Tsadiqim, aussi bien pendant la période de la destruction du Temple qu'au cours des attaques qui ont eu lieu tout au long de l'histoire juive jusqu'à nos jours.

Nous récitons ensuite le chapitre 5 des Lamentations, qui brosse un vibrant tableau des douleurs de l'exil et montre comment l'Attribut divin de miséricorde s'est transformé en sévérité à cause de nos péchés. Suit ensuite une sélection de versets d'Isaïe, de Jérémie et des Lamentations, qui expriment la peine que nous ressentons sur notre exil et supplient D-ieu – en présentant même des arguments – de nous envoyer la Rédemption.

Ces passages des Écritures sont suivis par cinq Kinoth composées par quelques-uns des plus grands mystiques du seizième siècle, notamment Rabbi Moché Alchekh et Rabbi 'Haïm HaCohend'Aram Tsova (Alep). Chacune représente un riche recueil de locutions et images de toute la Bible, et plus particulièrement des Prophètes.

Les Kinoth sont le plus souvent présentées sous forme de dialogues entre le Saint béni soit-Il et laChékhina, ou entre D-ieu et le peuple juif. Elles expriment l'affliction amère de la Chékhina en exil, les souffrances du peuple juif aux mains de ses persécuteurs et la flétrissure de la gloire du Tout Puissant causée par la destruction du Temple. D-ieu répond par des paroles de réconfort, nous assurant que le Peuple juif sera bientôt vengé et le Temple reconstruit.

Ceux qui récitent le Tiqoun 'Hatsoth assis par terre se lèvent à la fin des Kinoth, qui sont suivies d'un certain nombre de versets de réconfort d'Isaïe, de Daniel et des Psaumes. Ils nous rappellent que D-ieu finira par ramener tous les exilés d'Israël, reconstruira Jérusalem qui recouvrera toute sa gloire.

À suivre...

(Extrait du livre « L'appel de minuit » du Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

Dédié à la guérison de Michelle bath Arielle

Rav Avraham Greenbaum