(Il s'agit de la cinquième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la quatrième partie en cliquant ici.)

Pour la plupart des gens, le jour est défini comme le moment où on se lève, on sort pour travailler et faire ce qu'on a à faire, et la nuit le moment de la journée où rentre chez soi pour se détendre, se distraire et se coucher. Mais en termes de Tora, la lumière du jour signifie la Révélation divine et la conscience, tandis que l'obscurité de la nuit est une métaphore pour le retrait spirituel.

Les gens qui s'occupent de leurs affaires en plein jour peuvent être en fait « dans le noir » : leur poursuite alerte et active des choses de ce monde peut en réalité constituer une forme de « sommeil », qui signifie un terrible manque de conscience de la réalité essentielle de la vie ; à savoir que c'est le monde qui appartient à D-ieu.

D-ieu veut se révéler, et ainsi la Chékhina « pousse des cris » devant la douleur de l'exil. C'est un écho de ce cri qui nous parvient quand nous nous lamentons nous-mêmes sur l'état du monde, ou que nous ressentons un certain malaise et une certaine frustration devant les innombrables barrières, intérieures et extérieures, qui semblent nous séparer de D-ieu. Pour bon nombre d'entre nous, si nous prenons conscience de la distance qui nous sépare de D-ieu et que nous aspirons fortement à faire quelque chose en ce sens, cela signifie que nous avons accédé à un niveau spirituel considérable.

Comment pouvons-nous nous souvenir de D-ieu ? Comment pouvons nous briser les ténèbres de l'exil et la nuit spirituelle de ce monde ? Comment pouvons-nous nous réveiller ?
Quand commence le jour ?
Quand commence le jour ? Le matin, évidemment. N'est-ce pas le matin que la plupart des gens « normaux » se lèvent pour commencer une nouvelle journée et vaquer à leurs occupations ? Ils mangent, travaillent, mangent de nouveau, se détendent, et font n'importe quoi d'autre. La journée se termine ; la nuit arrive, et ils vont se coucher à vingt-deux heures, vingt-trois heures, minuit ou plus tard, plongeant dans un doux et profond sommeil pour être capables de se lever revigorés le lendemain et attaquer une nouvelle journée.

Le point de vue de la Tora quant au commencement du jour est différent : « Et il fut soir, et il fut matin...» (Genèse l:5). La journée nouvelle commence non pas le matin, mais à la tombée de la nuit. La tombée de la nuit ne représente pas seulement la fin du jour. L'obscurité annonce la lumière du jour qui va bientôt pointer : création unique, jusque-là inconnue, qui vient révéler une facette complètement différente de la Lumière divine.

La nuit et le jour de cette terre sont des métaphores pour ce monde-ci et le monde futur. Tout comme chaque jour ici-bas commence avec le soir qui l'a précédé, le monde entier plongé dans les ténèbres est en réalité le début et la préparation du « jour » du monde futur.

« La lumière du soleil et de la lune de ce monde symbolise la lumière de la conscience spirituelle que D-ieu fait briller dans notre esprit tous les jours pour nous rappeler que notre ultime destinée se trouve dans le monde futur, et c'est la seule raison pour laquelle nous sommes venus dans ce monde. Chaque jour, « D-ieu ouvre les portes de l'Orient, lève les voiles du firmament, fait sortir le soleil de son palais, la lune de son séjour... » Le but de toutes les merveilles de la Création est qu'en les voyant tous les jours, nous nous rappelions D-ieu et nous attachions à Lui. Se rappeler le monde futur, c'est Le voir face à face.»

« Dans ce monde, nous devons constamment œuvrer à garder cela en mémoire... En termes généraux, la lumière radieuse du soleil symbolise le rappel du monde futur. Celle de la lune est réfléchie, et beaucoup moins intense : cela nous enseigne que nous devons rechercher des allusions à notre destinée ultime dans le monde futur qui se reflètent dans les détails de notre vie dans ce monde.»

« Car la lumière infinie de D-ieu est contractée dans ce monde afin d'être accessible au niveau de chaque individu. Elle lui montre comment se rapprocher de D-ieu par les différentes expériences qu'il vit chaque jour, ainsi que par ses pensées, ses paroles et ses actes. » (Likouté HalakhothBirkath HaRéiya'h 5:11).

Pour imprégner nos esprits de la Lumière divine, il convient d'étudier la Tora et de prier afin de mettre en pratique ce qu'on a appris. La Tora nous nantit d'un critère nous permettant d'évaluer ce monde et la vie que nous y menons, nous apprendre à distinguer le bien du mal et nous montrer comment agir.

L'étude des lois de la Tora nous familiarise avec ce que D-ieu nous demande. Toutefois, introduire la Tora dans la structure même de notre vie exige quelque chose de plus : nous avons appris laTora ; notre tâche consiste maintenant à nous juger dans notre conduite, au moyen de ce critère. Comment nous jauger ? Comment pouvons-nous nous améliorer ? Nous devons nous galvaniser pour parfaire notre accomplissement de la Tora. Nous y arriverons en implorant D-ieu de nous aider à accomplir les mitswoth dans tous leurs détails.

C'est ainsi que nous menons à bien notre devoir d'introduire la Lumière divine dans ce monde. C'est dans ces ténèbres mêmes de la « nuit » que nous devons commencer à chercher la lumière du « jour » nouveau, celle de la révélation de D-ieu. À un certain niveau, cela s'applique métaphoriquement : en termes généraux, comme nous l'avons vu, ce monde, c'est la « nuit », et notre tâche consiste à l'illuminer en imprégnant notre vie de la lumière de la Tora.

Cependant, dans la tradition spirituelle juive, briser les ténèbres de la nuit est plus qu'une simple métaphore. C'est une prescription pratique détaillant l'emploi du temps quotidien du juif pieux. Ceux qui sont vraiment affligés par l'exil de la Chékhina doivent commencer leur journée, bien avant sept ou six heures du matin, même avant l'aube, à 'Hatsoth.

Nous devons certes dormir. Mais quand ? Selon la tradition mystique, à la tombée de la nuit, non seulement le monde est enveloppé de ténèbres au sens physique du terme, mais la lumière de la spiritualité elle-même se ternit, à un point tel que, pendant la première moitié de la nuit, le monde entier se trouve sous l'emprise des forces de retrait et des sentences rigoureuses. Il est au-dessus de nos possibilités humaines de trouver et réclamer par nous-mêmes, à ce moment, les étincelles de Divinité exilées. Il ne nous reste qu'à confier notre âme à D-ieu, en Lui demandant de guider le monde, et de le libérer de son exil.

Ainsi, pendant la première moitié de la nuit (sauf le Chabath), notre tâche consiste à renforcer notre foi dans le pouvoir rédempteur de D-ieu, et à dormir selon nos besoins. C'est pourquoi les mystiques essaient généralement de faire leur prière du soir immédiatement après la tombée de la nuit. Ils étudient ensuite un peu pour accomplir la mitswa de méditer sur la Tora, affirment fermement leur foi en D-ieu en récitant le Chéma' avec le maximum d'intensité, confient leur âme à D-ieu et s'endorment.

L'homme assoiffé de spiritualité se couche, non pour se livrer à ses délices, mais pour renouveler son corps et son esprit pour le Service divin. Comme l'enseignait Rabbi Na'hman, « l'excès de sommeil n'est pas bon, il fait perdre à l'homme son Âme divine » (Le Livre du Aleph-Beth, sommeil 2). Le manque de sommeil n'est pas meilleur : il peut nuire à l'esprit (Likouté Moharan I:253). Chacun doit savoir évaluer la durée de son sommeil par ses propres moyens: ni trop, ni trop peu.

L'homme assoiffé de spiritualité dort pendant la première moitié de la nuit en vue de se réveiller le plus près possible de 'Hatsoth. En effet, 'Hatsoth représente le tournant de la nuit : l'obscurité est à son point le plus dense, mais c'est à ce moment même que commence le processus qui mène à la lumière du jour. Ce que nous disons ici ne s'applique pas seulement au domaine physique, mais au domaine spirituel. C'est par les prières de Tiqoun 'Hatsoth, suivies par l'étude de la Tora et la méditation que nous faisons descendre la lumière de la révélation divine pour dissiper les ténèbres de l'exil et la matérialité de ce monde. C'est le début de la rédemption.

« Au cours de notre sommeil, la lumière de l'intelligence nous quitte (c'est la raison pour laquelle on doit réciter le Chéma' avant de s'endormir. Le Nom du Saint béni soit-Il nous fortifie et nous protège de l'assaut des « flammes de feu » que sont les désirs corporels et les passions qui menacent d'éteindre totalement cette lumière). Mais quand arrive minuit, nous devons briser notre sommeil, diviser la nuit en deux en nous levant à 'Hatsoth. C'est le moment le plus propice pour lutter contre le mal inhérent aux quatre éléments fondamentaux de la création dans lesquels le bien et le mal sont mêlés.»

« Le mal règne pendant la nuit. En brisant notre sommeil et en nous levant à minuit, nous ramenons à nous la lumière radieuse de l'esprit et nous en imprégnons. Nos facultés mentales nous sont restituées, et la lumière de l'esprit se renforce sensiblement jusqu'à éteindre les flammes du feu par lequel le Temple a été détruit. » (Liqouté HalakhothHilkhoth Nizké Mamon3:5).

« Celui qui se lève régulièrement pour le Tiqoun 'Hatsoth est un Tsadiq. Un fil de grâce est tendu au-dessus de lui pour l'épargner de tous les accusateurs. Il est considéré comme membre de la Cour du Roi. Sa subsistance lui est assurée. Il porte le titre de « craignant D-ieu », « aimant le Roi », « fils du Saint béni soit-Il»... Nul ne dit du mal de lui.»

« C'est à lui que s'applique le verset : « L'Éternel est proche de ceux qui L'invoquent. » Il est attaché au monde futur, et le Saint béni soit-II et tous les Tsadiqim du Jardin d'Éden écoutent sa voix... Le Zohar écrit qu'à minuit la Grâce divine se révèle pour annuler toutes les sentences rigoureuses; il en résulte qu'en récompense, son âme s'élèvera à un moment de faveur. » (Sidourdu CheLa'h).

« Si le peuple juif avait à cœur de se lever pour le Tiqoun 'Hatsoth, ses ennemis seraient vaincus et ne décréteraient aucune sentence rigoureuse contre lui. Toutes nos souffrances dans cet exil amer proviennent du fait que nous ne nous levons pas pour étudier la Tora et entonner des chants de louange après 'Hatsoth.» (Zohar 'HaïBéréchith, 77).

Suite...

(Extrait du livre « L'appel de minuit » du >Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

Dédié à la guérison de Gérard ben Laurence

Rav Avraham Greenbaum