(Il s'agit de la quatrième partie du livre "L'appel de minuit". Vous pouvez lire la troisième partie en cliquant ici.)
La lumière radieuse contre les flammes de feu
Où sont la paix et l'harmonie qui régnaient du temps du Temple? Il suffit de jeter un regard autour de nous pour voir où nous vivons: dans un monde de conflits. Partout sévissent des guerres: les nations se livrent des batailles; les guerres intestines font rage. Des siècles de cupidité, d'extravagance et d'indifférence ont causé d'énormes problèmes sociaux, économiques et d'environnement sur toute la surface du globe. Les dirigeants promettent à leurs électeurs un avenir meil­leur, mais en réalité, ils ne peuvent même pas maîtriser le présent. Ils prêchent la paix et se préparent à la guerre.

En l'absence de valeurs spirituelles solides, la plupart des gens font tout pour s'enrichir et connaître le plaisir matériel. Une publicité grossière dépeint la béatitude (!) du consommateur potentiel... mais la réalité est le plus souvent bien plus grise : c'est le vide intégral, on ne parle que de frustration, de dépression, et plus particulièrement quand la jeunesse fait place à la vieil­lesse.

Les ruines du saint Temple constituent le symbole le plus marquant de la situation de notre monde. Plus de place pour D-ieu ! C'est le Temple qui éclairait le monde, en lui enseignant qu'on ne peut accéder au vrai bonheur que si on se soumet au Royaume de Dieu et qu'on mène une vie de vérité, de justice et de bonté. Mais cette soumission doit être une concession gratuite; elle ne peu être forcée. Pour parfaire sa destinée, l'homme doit jouir de l'exercice du libre arbitre. Si la Lumière divine était révélée dans le Temple, le monde devait également lutter contre les forces qui cherchaient à cacher cette lumière, les forces du dénigrement et de l'athéisme.

La leçon de soumission et de modération qui émanait du Temple était un affront pour ceux qui subissaient l'influence des idéologies obscurantistes. La liberté permettait la satisfaction de leurs instincts matériels et ils préféraient le feu de la passion humaine à la lumière froide s font et claire de l'esprit. Le Temple devait représenter l'œi du monde, mais ses ennemis le considéraient avec dédain et dégoût et jetaient sur le peuple juif le « mauvais œil » de la jalousie et de la haine.

L'un des effets du mauvais œil est que la victime est susceptible de se voir comme la voit son ennemi. Ainsi, au cours des dernières années des premier et second Temples, un nombre de juifs sans cesse croissant commencèrent à se dépouiller de la Conscience divine qui leur avait été octroyée par le Temple, s'assimilant au regard mesquin et terre à terre de leurs ennemis en devenant leur proie. Pour eux, les rites du Temple devinrent démodés. Ils en arrivèrent à les mépriser et épousèrent à la place les mœurs, la culture et les plaisirs des non-juifs.

L'un des buts essentiels du rituel du Temple était de maintenir une harmonie dynamique entre les éléments contraires de la Création. La nature du feu est de détruire. Cependant, à l'intérieur du Temple, le pouvoir du feu était maîtrisé, sublimé. Les sacrifices qui brûlaient sur l'autel libéraient des « Étincelles divines » ; l'huile d'olive qui brûlait dans le candélabre diffusait dans le monde une vive lumière spirituelle. Mais le bel équilibre était rompu par le feu des passions matérielles. Les forces de l'obscurantisme et de l'athéisme ne cessèrent de s'intensifier et le feu finit par éteindre la lumière spirituelle du Temple. Le feu des passions humaines détruisit le bâtiment.

Pour le peuple juif, l'exil qui s'ensuivit fut à la fois géographique et spirituel. Les juifs commencèrent à errer, des siècles durant, d'une terre à l'autre. L'exil spirituel est plus difficile à retracer, ne serait-ce que parce que nous y sommes encore enlisés. Au début, le souvenir du Temple conserva toute sa force : les lois et destruction de traditions du judaïsme que le Sanhédrin avait consacrées sur le Mont du Temple étaient étudiées avec respect et amour. La synagogue de la Diaspora elle-même – foyer de la vie communautaire – se transforma en « petit sanctuaire ».

Le rôle principal des prêtres fit place à celui des maîtres : les grands sages et Tsadiqim de toutes les générations, qui incarnaient la Tora dans leur être même et en éclairaient leurs disciples. On retrouvait un peu de la beauté du Temple dans l'âme de ceux qui avaient accédé à la sagesse qu'avaient reflétée les bâtiments, les cours et le rituel.

Cependant, vivant dans un environnement hostile, les juifs étaient plus que jamais exposés au mauvais œil de la jalousie et de la haine. Le véritable aspect de Jérusalem, ce n'est pas seulement son aspect physique. C'est le cœur de tout juif qui craint le Ciel ; YeRouCHaLayiM peut se lire aussi : YiRah ChaLeM ou « crainte totale » de D-ieu, conscience spirituelle.

Ainsi, la guerre du feu contre la lumière n'était pas seulement dirigée contre les bâtiments du Temple. C'est une guerre qui se livre dans le monde microcosmique de toute âme juive. La Lumière divine qui brille dans le cœur du juif renforce sa foi en la présence de D-ieu dans sa vie, lui faisant consacrer toute son énergie à la prière, l'étude de Tora et l'accomplissement des mitswoth. Mais, au fur et à mesure qu'il s'affaiblit, il s'abandonne au feu des désirs matériels.

« II y a trois passions qui détruisent Jérusalem : la cupidité, l'abus de nourriture et du plaisir sexuel » (Likouté Moharan II, 1:2). Si le Temple correspond à la forme du corps humain, sa destruction correspond à la destruction de la Conscience divine chez ceux qui suivent les désirs de leur cœur et dont les facultés mentales et physiques sont asservies à la satisfaction des plaisirs matériels. La lumière de l'esprit – la lumière de la Tora et des Tsadiqim – est masquée par le feu du désir corporel.
L'exil de la Chékhina
Le message principal du Temple était de faire prendre conscience de D-ieu, de se rappeler. L'exil a fait perdre conscience aux gens de ce fait et ils en oublient D-ieu. Le monde entier est une Création divine. Même quand on oublie D-ieu, le monde continue d'exister ! Mais la Divinité qui anime tout se cache sous une épaisse carapace d'apparences trompeuses. Les gens pensent et agissent comme si tout était régi par les lois de la nature et par le hasard.

C'est ce qu'on appelle Galouth haChékhina, l'exil de la Providence divine, qui donne la vie à toute création, y compris les forces mêmes qui cachent la Divinité. Mais lorsque ces forces deviennent si actives que le monde apparaît dépourvu de Divinité, c'est comme si l'Énergie divine qui anime toute chose avait été « prise en captivité » par les forces de retrait.

Au niveau de la personnalité de l'individu, cet état d'exil décrit la capture de ses sentiments, de ses facultés de pensée, de langage et d'action par les parties inférieures de l'âme. L'homme a été pourvu de différentes facultés pour poursuivre sa Mission divine dans ce monde. Mais quand c'est l'âme « animale » qui s'en empare pour ne rechercher que des buts matériels, les hauts niveaux de l'Âme divine ne sont plus en mesure de se révéler.

Parfois, l'exil est partiel : l'individu peut être déchiré entre les aspirations spirituelles d'un côté et les désirs matériels qui semblent irrésistibles, de l'autre. Mais l'exil est parfois total et l'individu développe une personnalité entièrement orientée vers les buts de ce monde, même s'ils constituent la négation de son essence authentique.

Suite...

(Extrait du livre « L'appel de minuit » du Rav Avraham Greenbaum, publié aux Éditions Breslev)

Dédié à la guérison de Sandra bath Esther

Rav Avraham Greenbaum