Du point de vue du judaïsme, cela peut paraître si simple que d’être Ben Noa'h. Si simple car, pas de Chabath à respecter point par point, pas de nourriture kachère, pas d’observance stricte des 613 mitswoth, que dire.. tant de différences.

Me lever la nuit pour prier, pour étudier la Tora, j’aimerais bien mais ne m’en sens pas le courage. Rien ne m’y oblige.

Aller à la synagogue ? Personne ne m’y invite et y serais-je bien accueillie ? Et où se trouve la synagogue de ma ville ? Aucune idée. Quelle est la communauté juive ? Toujours pas d’idée.

Je peux vaquer à mes multiples occupations du lundi matin jusqu’au dimanche soir. Rien ni personne ne m’oblige à pratiquer quoi que ce soit… sous quelque forme que ce soit.

Alors, quel est mon but sur cette terre, dans cet espace noahide ? Hachem m’a-t-il vraiment appelée, moi, une femme lambda, n’ayant rien de bon, rien de particulier, un être que l’on croise dans la rue et que l’on ne remarque pas… Ah si, on peut me remarquer car je souris à tous. Mais le sourire ne rend pas pour autant appelé par D-ieu.

Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que les choses ont changé. Ce que je sais, c’est que quelques mois ont suffi pour que ma soif s’intensifie. Et non pas vraiment qu’elle s’intensifie car elle était déjà grande, mais elle trouve un assouvissement. Les nombreuses questions que je me posais, j’y trouve réponse. Mes incompréhensions multiples, les paradoxes si nombreux qui obstruaient mes pensées, ont trouvé clef. Et cette soif, cette soif, cette faim, cette faim, trouvent matière à être contentées.

Mais cela peut paraître une folie car Hachem aime Son peuple, mais Il lui demande une vie basée sur tant d’éléments que, qui pourrait en venir à bout, s’il n’était pas équipé de quelque chose de « spécial »?

Alors Hachem aimerait-Il ces quelques Bnei Noa'h dispersés parmi les nations ? Ces Bnei Noa'h qui ne respectent finalement pas grand-chose si ce n’est sept petites lois qui se confondent avec les lois humaines.

Bien sûr, tout le monde, ici ou ailleurs, croyant ou incroyant, essaie au mieux (mais cela change peut-être, tout doucement), s’il veut avoir une vie digne, s’il veut « bien présenter », de les suivre. Mais ce n’est pas si simple. Comment parvenir à se tenir droit dans un monde tordu ?

Comment parvenir à se vêtir avec pudeur dans ce débordement de folies vestimentaires ? Comment filtrer ce que l’on voit sur les affiches des magazines, à l’arrière des autobus, dans la rue ? Ces gifles que l’on prend en pleine vue, ces appels à l’impudicité, à la drogue, à la violence. Comment se tenir digne dans un monde indigne ? Comment ne pas répondre à l’incivilité par l’indifférence ? Comment se sentir exister tout en n’existant pas selon les critères de ce monde ?

Non, ce n’est pas si facile que cela… La barre n’est pas au ras du sol comme nous pourrions le penser ; il nous faut une belle dose d’énergie pour étudier la Tora, pratiquer l’Hitbodedouth, prier pour les uns, pour les autres, lire et méditer les Tehilim, écouter, lire, demander.

Une belle dose d’énergie pour se lever à l’aube si l’on veut passer un peu de temps avec Hachem et encore et encore dans la journée, alors que les journées sont bien remplies. Mais surtout, alors que rien autour de nous ne nous incite à cela. C’est certainement le plus difficile, cette solitude face au monde, permanente.

Mais notre moteur est puissant ; au fil du temps, tout cela devient essentiel et incontournable ; cette énergie n’est plus la nôtre, elle nous est donnée.

Nous recevons tout ce dont nous avons besoin, lorsque nous en avons besoin ; il suffit de le vouloir et surtout de le demander.

“La prière possède deux aspects : les louanges faites à D-ieu et les demandes liées à nos besoins.” (Rabbi Na'hman, Likouté Moharan I, 2)

Dédié à la guérison de Pierre fils de Danny

Françoise Della